Obamacare Forever?

Quelle surprise ! Nous attendions avec impatience la nouvelle réforme de santé américaine et voilà que le nouveau projet de loi a été retiré faute d’une majorité sur fonds de désaccord entre les Républicains. Il s’agit là d’un scénario que personne n’avait envisagé pouvant constituer une source potentielle de volatilité pour les marchés.

Quelles sont les causes de cet échec pour Donald Trump ?

Sur le papier, le nouveau président a tous les pouvoirs avec une majorité au Congrès aussi bien à la Chambre des Représentants qu’au Sénat. Fort de ce constat, le novice en politique souhaitait faire passer sa nouvelle loi très rapidement soit 2 mois après sa prise de fonction. C’était une erreur ! En effet, sur un sujet de société aussi important, le parti au pouvoir est très divisé. D’un côté on trouve les modérés, soucieux de ne pas exclure davantage de gens de toute couverture médicale et de l’autre les durs, ne supportant pas le coût de plus en plus élevé à la charge de l’état fédéral. Il semble qu’une partie de ces derniers, regroupés au sein du « Freedom Caucus » totalisant une trentaine de membres, ait refusé catégoriquement un projet qualifié de « Obama Light ».

Quelles sont les conséquences pour les marchés ?

Pour le secteur de la santé et plus particulièrement celui de la biotechnologie, nous jugeons favorable le maintien du régime actuel où les prix sont libres bénéficiant à plus de personnes. En effet, la clause de non interférence du gouvernement sur le prix des médicaments inscrite dans le marbre dans la loi de 2003 (« Medicare Modernization Act ») signée par Georges Bush s’applique toujours. De plus, c’est un des succès incontestables de l’ObamaCare : en 2010, 18% des américains non âgés ne disposaient d’aucune protection contre 10,5% aujourd’hui. Par conséquent, nous maintenons notre exposition santé qui avait été augmentée le 9 novembre dernier à l’issue de l’élection présidentielle américaine.

Pour l’ensemble des marchés et notamment les actions et le change, il s’agit potentiellement d’une source d’incertitudes. En effet, la forte hausse depuis ces derniers mois est due non seulement à l’amélioration incontestable des données économiques mais également à une hausse des prévisions des bénéfices par action liée à la nouvelle loi fiscale aux Etats-Unis. Ce fiasco peut faire douter les investisseurs quant à la capacité du gouvernement à faire adopter cette autre réforme prioritaire de la nouvelle administration.  Selon les Républicains, le nouveau régime de santé devait faire économiser plus de 300 milliards sur 10 ans. Il va falloir trouver des économies supplémentaires pour pallier à ce manque à gagner. Toutefois, nous pensons que ce parti est beaucoup plus soudé sur les sujets fiscaux. Il devrait donc à terme mener à bout cette nouvelle loi. Le temps presse toutefois car le fameux « fiscal cliff » revient. En effet, sans augmentation du plafond de la dette, le gouvernement devra fermer partiellement ses bureaux le 29 avril prochain faute de financement.

Alors Obamacare pour toujours ?

Il convient de rester lucide. Les Etats-Unis, comme d’autres nations industrialisées, doivent réformer régulièrement leur système de santé, faute de risques d’implosion. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’OCDE en 2014 et ajusté de l’inflation et du coût de la vie, ce pays dépense 2 fois plus par habitant en soins médicaux que la France et pour une espérance de vie inférieure (79 ans contre 82 ans). Le sujet va donc revenir à moyen terme. La question est : avant les élections de mi-mandat de novembre 2018 ou après ? Donc, affaire à suivre !