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« Un sondage n’est pas un substitut à la réflexion » ! Surnommé « l’oracle d’Omaha », l’homme d’affaires et investisseur américain, Warren Buffet, appelle les électeurs à se détacher des échantillons d’opinion et à se prononcer impartialement pour la « res publica » !

Les marchés s’apprêtent à passer une nuit blanche en ce dimanche 23 avril alors que les sondages sont de plus en plus serrés entre les quatre candidats ayant le plus d’intentions de vote : Emmanuel Macron (23%), Marine Le Pen (22%), François Fillon (21%) et Jean-Luc Mélenchon (18%). Alors que les marchés redoutent un duo des extrêmes autour de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et donc une nouvelle victoire de l’anti establishment, ce « black swan » (cygne noir) est craint aussi par l’ensemble des citoyens qui se sentent plus concernés par cette consultation populaire. Le scénario du 21 avril 2002 hante les esprits (Jacques Chirac, président sortant, a recueilli près de 20% des suffrages exprimés au premier tour face à Jean-Marie Le Pen au coude-à-coude avec Lionel Jospin, sortant), et le « vote utile » est plus que jamais plébiscité ! Véritable baromètre des élections présidentielles françaises, la dette française retrouve la faveur du marché, le risque d’avoir un second tour entre deux candidats eurosceptiques se réduisant. L’écart entre les OAT (obligations françaises) et le Bund (obligations allemandes) à 10 ans n’est plus qu’à 62 points (après un pic à 90 points à l’été 2016). Le risque (géo)politique de ces élections se cristallise dans une Europe qui gronde face aux incompréhensions de Bruxelles. Néanmoins, il est nécessaire d’avoir à l’esprit que les programmes des candidats ne seront véritablement effectifs que s’ils obtiennent la majorité aux élections législatives !

Le risque n’est pas que tricolore, celui-ci étant même marginal face à la montée des tensions géopolitiques en Syrie, en Corée du Nord, et aux Etats-Unis où l’application militaire d’une « pax americana » n’a pas été anticipée durant les 100 premiers jours de la nouvelle présidence américaine. Cette dernière ne rassure plus les marchés, Donald Trump ayant des difficultés à avoir l’aval du Congrès pour amender la réforme de la santé (Obamacare) et le report de la réforme fiscale. « Evet », le oui de la victoire (étriquée ou truquée ?) du peuple turc à la concentration des pouvoirs du président Erdogan (qui pourra diriger le pays jusqu’en 2029), inquiète : projet d’adhésion à l’Union Européenne en sursis, offensive en Irak envisageable, quid du nationalisme kurde…A court terme, ce oui fait espérer un retour à la stabilité qui fait défaut mais à moyen terme les investisseurs ont une confiance affaiblie dans les institutions d’une société polarisée et freinée par le retard des réformes structurelles.

In fine, ce climat de peur naissant en ce début du XXI° siècle n’est-il pas l’occasion de discuter de la démocratisation de la démocratie alors que les périls sont à la fois de plus en plus identifiés mais de plus en plus ignorés ? Plus qu’un droit, le vote se dote de la notion de devoir citoyen afin que nos droits les plus fondamentaux ne soient pas contestés.