lettreinfo274

« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau »

Précurseur de la huitième édition de la cinquième république, Alexis de Tocqueville aurait sans doute vu dans cette dernière élection un remaniement très politique. Après les législatives et les départs de Richard Ferrand (ministre de la cohésion des territoires), Sylvie Goulard (armées), François Bayrou (justice) et Marielle de Sarnez (affaires européennes), le remaniement a été plus important que prévu. Le deuxième gouvernement d’Edouard Philippe compte trente membres, respecte une parité stricte…et donne la voix à la liberté civile. Contestées par les uns pour cause d’abstentionnisme spectaculaire (57.4%), adulées par les autres qui saluent l’humiliation des principaux partis français et repoussant le défi populiste, ces élections ont confirmé que le risque politique continue de se dissiper en Europe. A l’occasion d’élections municipales partielles en Italie, le mouvement 5 étoiles (M5S) de Beppe Grillo, eurosceptique, a été éliminé au premier tour, redorant le blason du bipolarisme politique traditionnel au niveau local lors du second tour de ces consultations le 25 juin prochain. Les sondages affichent cependant un tripolarisme quasi parfait avec un centre-gauche fragile, un centre-droit otage de la guerre des chefs entre Silvio Berlusconi et Matteo Salvini et le M5S dans le spectre d’élections législatives anticipées à l’automne, à la même date que les consultations populaires allemandes. Ici, alors qu’on pleure le décès d’Helmut Kohl, chancelier de l’unité, célèbre pour sa formule 1+1=1, père de l’Union Européenne et de l’euro, et incarnant la réconciliation franco-allemande, le risque politique semble maîtrisé. Selon les derniers sondages, le CDU (parti d’Angela Merkel) aurait un avantage certain sur le SPD de Martin Schulz, et écarte sans conteste le parti d’extrême droite Alternative fur Deutschland.

Les risques sur la croissance mondiale semblent avoir diminué, les marchés financiers s’accommodant du resserrement monétaire de la Fed, selon la BCE. Néanmoins, les perspectives sont orientées à la baisse. Les Etats-Unis inquiètent en raison d’une orientation plus protectionniste en matière de politique commerciale. La faiblesse des prix du pétrole relance les craintes sur les perspectives d’inflation et alimente les doutes sur le resserrement monétaire en cours aux Etats-Unis, pesant sur les taux et les valeurs financières. Les rendement obligataires européens évoluent en baisse, le Bund allemand reculant sous 0.25% tandis que la courbe des Treasuries s’aplatit à son niveau le plus bas depuis décembre 2007. Le spread entre les papiers de 5 ans et 30 ans n’est que de 96 bps. Un baril faible fait craindre aux investisseurs des poussées inflationnistes moins fortes qu’attendues alors que la Fed poursuit sans inflexion la normalisation de sa politique monétaire. Outre-Atlantique, les 34 plus grandes banques américaines ont toutes passé avec succès la première étape des stress tests annuels, rassurant ainsi sur leur solidité pour supporter des conditions de récession extrêmes tout en maintenant leurs fonds propres au-dessus du niveau minimal requis. Le pire scénario serait celui d’une perte sur prêts de 383 milliards de dollars mais leurs fonds propres durs resteraient au-dessus du minimum requis et se sont même améliorés par rapport à l’an dernier.