lettreinfo299

« Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent »
Jules Romains, dans Knock ou le Triomphe de la médecine, appelait à la vigilance et dénonçait la manipulation, de médecine ou de toute idéologie, comme de n’importe quel commerce. Sa vision épouse en quelque sorte l’analyse qu’on peut tirer de l’année 2017, marquée par des records à la hausse et d’un alignement des astres presque parfait. Toutefois, les niveaux de valorisation inquiètent alors que les Etats-Unis entament leur 103ème mois de cycle haussier de leur économie, laissant à penser qu’ils pourraient établir un nouveau record et délivrer le cycle économique et financier le plus long de leur histoire.

Wall Street débute 2018 en fanfare avec des clôtures record pour le S&P 500, le Nasdaq et le Dow Jones (supérieur à 25000 points), prolongeant la tendance de 2017. L’inflation demeure au coeur du débat des banques centrales, les responsables de la Fed jugeant que les trois hausses de taux en 2017 et la récente réforme fiscale devraient stimuler les dépenses de consommation. En Europe, après une première séance dans le rouge à cause d’un euro passant la barre des 1.2080, la tendance est positive sur le reste de la semaine, après un rapport encourageant sur l’emploi privé s’ajoutant au sentiment général d’une croissance robuste à l’échelle mondiale. Le PMI composite définitif en zone euro est au plus haut depuis février 2011. La BCE a réduit ses achats de dettes d’entreprises en décembre à leur niveau le plus bas depuis le lancement du programme en 2016, et a aussi allégé ses achats d’obligations souveraines avec une réduction moins marquée que pour la dette « corporate ». L’institution s’engage à poursuivre jusqu’en septembre minimum son programme de rachat d’actifs de 2.550 milliards d’euros afin de raviver l’inflation dans la zone euro. Le pétrole revient sur son plus haut niveau, atteint en mai 2015, à 62 dollars le baril de WTI et 68 dollars le baril de brent.

Les marchés ont vu entrer en vigueur la directive européenne de MiFID II qui vise à rendre les marchés financiers de l’Union Européennes plus sûrs et plus transparents. Ce nouveau régime oblige les différents organismes à fournir des informations détaillées sur leurs transactions afin de surveiller les échanges et repérer la formation de bulles spéculatives pour éviter une crise semblable à 2007-2009. Environ deux milliards de dollars ont été dépensés par les grandes banques et principaux gestionnaires d’actifs pour se préparer au changement. En ce début d’année, la faiblesse des volumes contribue à une transition en douceur. L’implémentation de cette directive avait été retardée d’un an pour laisser le temps aux acteurs financiers de se préparer. Les régulateurs s’engagent à ne pas sanctionner d’éventuelles insuffisances dès que les participants font preuve de bonne foi. MiFID II vise à la transparisation des transactions via leur transfert des « dark pools » (marchés opaques) vers des marchés réglementés où chacun peut voir les prix offerts. Le régime oblige les banques à coopérer davantage avec les autorités de tutelle et proposer des systèmes de tarification plus clairs avec les produits, distinguant ainsi les frais et les commissions. Enfin, le prix de la recherche financière est désormais séparé des frais d’exécution alors que jusqu’ici elle était fournie gracieusement par les brokers qui se rémunéraient sur le passage des ordres.