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Valravn : du folklore danois décrivant un troll diabolique au plus impressionnant grand huit du monde, le terme se prête à la situation des marchés cette semaine.

 

Dans un marché de plus en plus nerveux en raison de la hausse des rendements obligataires, la correction a commencé vendredi dernier sous le coup d’une envolée des rendements obligataires, expliquée par l’annonce d’une croissance soutenue de l’emploi et des salaires aux Etats-Unis, et une série de résultats d’entreprises jugés décevants. Les investisseurs ont commencé à corriger leurs anticipations d’inflation tandis que la Fed accélère sa hausse des taux. Le VIX, indice de la peur, a grimpé en séance jusqu’à 50.30 points avant de descendre à 37 points en clôture mardi, une situation inédite depuis août 2015. Le bref rebond de mercredi a été un échec, les marchés ont creusé des pertes hier dans un climat d’aversion au risque avec des prises de bénéfice.

 

La crainte d’une accélération du resserrement monétaire a été amplifiée ce jeudi par la Banque d’Angleterre qui a averti qu’elle pourrait relever son taux directeur plus tôt et plus vite qu’en novembre en raison d’une croissance vigoureuse au Royaume-Uni. Le message de la BoE a fait grimper les gilts britanniques à 10 ans de 8 points en séance et la livre jusqu’à plus de 1% face au dollar. Les taux sont sous tensions, le rendement du Bund à 10 ans dépasse les 0.8%, pour la première fois depuis septembre 2015 tandis que l’OAT passe les 1%. Aux Etats-Unis, le rendement des bons du Trésor 10 ans a de nouveau dépassé les 2.83%, profitant d’une demande en retrait lors de l’annonce d’un accord sur le budget fédéral au Sénat qui prévoit près de 300 milliards de dollars de nouveaux crédits. Cela implique un creusement du déficit et une augmentation des émissions de dette.

 

En résumé, les fondamentaux n’ont pas changé. La correction de début de semaine était une opportunité d’achat alors que les stratégies hedge-funds et long-only vendaient la volatilité. Globalement, les marchés ont renforcé leurs positions stratégiques sur les technologies, les secteurs cycliques ont battu les défensifs. Désormais, le baromètre des marchés devient le momentum qui reflète en quelque sorte le niveau de confiance des investisseurs. Au grand dam de Donald Trump qui déplore que les bonnes nouvelles (la résolution budgétaire de deux années adoptée à Washington) soient accueillies par une baisse du marché, l’annonce a entraîné une réaction négative sur les actions du fait de l’appréciation du dollar et de la tension des rendements obligataires. Contrairement au début de semaine, les mouvements observés ce jeudi ne sont pas dus aux stratégies systématiques mais plutôt à la vente massive de stratégies actives. Alors que le marché considérait la crispation de début de semaine comme une opportunité d’achat, une fois les flux systématiques passés, très peu de protection a été achetée, fragilisant ainsi le marché. Les marchés ont été tiraillés entre les réactions de la Fed face à une économie plus forte pour contenir le retour de l’inflation, ce qui n’est pas bon signe pour les valorisations, et la crainte d’un arrêt brutal de la croissance américaine, voire une possible récession. A l’approche des 3% sur les bons du trésor américains, il est difficile de valoriser les gros noms de la technologie américaine, vendus massivement hier. Toutefois, la surprise dans cet environnement est qu’il n’y a pas de mouvement majeur vers des actifs refuges.