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« Sarò l’avvocato difensore degli italiani » – « je serai l’avocat de la défense du peuple italien »

Sans gouvernement depuis les élections du 4 mars derniers, les italiens semblent avoir trouvé une solution à l’imbroglio politique : Giuseppe Conte, premier ministre nommé par le président italien Sergio Mattarella. La formation du gouvernement reflètera le rapport de force entre le M5S et la Ligue du Nord : les ministères de l’intérieur et du travail sont respectivement plébiscités par Salvini et Di Maio. Au sein de ce nouveau gouvernement antisystème, la nomination du futur ministre des finances est source d’inquiétude. Le candidat proposé par la Ligue, Paolo Savona, est connu pour son féroce euroscepticisme, opposé au traité de Maastricht, décrivant l’euro comme une « cage allemande ». Au cœur de la dialectique de la Ligue du Nord, le discours anti-euro du prétendant au poste est sujet de nombreuses réserves de la part du président italien. L’éventuelle nomination de Paolo Savona à ce poste clé risquerait d’être vue comme un signe de plus de la tentation d’un « Italexit », farouchement défendu par Matteo Salvini au contraire de Di Maio. L’évocation d’une procédure de sortie de la zone euro ou d’un effacement de la dette a donné des sueurs froides aux marchés de taux : le rendement des emprunts d’Etat italien à 10 ans a touché 2.40% soit un plus haut depuis 3 ans. Avec une dette de 2250 mds d’euros, soit 131.8% du PIB, le ratio dette/PIB italien est le plus élevé de l’Europe après celui de la Grèce, et le secteur bancaire reste très vulnérable. La poussée de fièvre du BTP 10 ans a eu des conséquences sur le Bund de même maturité qui a atteint un plus haut hebdomadaire de 0.643%. Toutefois, la nomination de Conte a pour conséquence de réduire le spread entre les rendements d’états italien et allemand à 180 bps.

Outre-Atlantique, la perception par les investisseurs que la Fed agirait de facçon plus forte et plus rapide qu’anticipé a pour conséquence de raffermir le dollar (1€=1.17$). A la veille d’élections présidentielles anticipées en Turquie le 24 juin 2018 (au lieu du 3 novembre 2019…), la livre turque est l’une des devises qui a été touchée de plein fouet par le « sell-off » sur les marchés émergents. Depuis le début de l’année, la livre turque s’est dépréciée de 19% comparé au dollar. Afin de freiner la chute de sa devise, la banque centrale turque a relevé de +300 bp ses taux d’intérêt de référence à 16.5%. La banque centrale turque a perdu sa crédibilité auprès des investisseurs étrangers qui ont le sentiment qu’Erdogan fixe les règles monétaires en fonction de ses contraintes politiques et non selon les déséquilibres macroéconomiques. Avec un déficit courant important supérieur à 5% du PIB (reflet de forts besoins de financement externe du pays notamment une forte dépendance énergétique), un faible taux d’épargne (besoin de financement par des capitaux étrangers), un déficit budgétaire élevé (creusé par la hausse des dépenses publiques par le gouvernement Erdogan en vue de remporter les élections présidentielle et législative), et un endettement élevé (dette des entreprises non financières= 63% PIB), une inflation élevée et persistante (10.9%), la Turquie semble engluée dans un cercle vieux : la dépréciation de la livre entraîne la hausse des anticipations et l’inflation.