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« Les institutions européennes ne sont pas du côté du peuple » Giuseppe Conte

Cette phrase du premier ministre italien, lors de son discours du jeudi 04 octobre au parlement pour présenter son projet de budget 2019, résume toute sa pensée populiste et souverainiste. En effet, le fameux chiffre de 2,4% de déficit par rapport au PIB fait trembler les marchés européens ces dernières séances, avec une forte remontée des taux de la dette transalpine. Au-delà du bras de fer qui s’annonce avec Bruxelles et les agences de notation, se joue bien l’autonomie politique et économique d’une nation dont les électeurs sont de plus en plus eurosceptiques sur fond de crise migratoire sans précédent. Pas facile de choisir entre rigueur et plans de relance pour un pays à la traîne avec une croissance révisée à la baisse à 1,5% pour cette année. Le feuilleton est à suivre ces prochaines semaines en parallèle avec celui du Brexit dont l’échéance approche à grand pas.

Outre Atlantique, un autre populiste du nom de Donald Trump ne se pose pas de questions et a définitivement enterré l’austérité pour l’expansion. Ainsi, la loi fiscale « Tax Cuts and Jobs Act » adoptée fin 2017 représente un cadeau aux entreprises et particuliers d’un montant cumulé de plus de 1500 milliards de dollars sur une décennie. Ce « booster », dans une économie en quasi surchauffe, a des conséquences formidables à court terme. Les dernières publications donnent le tournis :  les Etats-Unis ont créé 230 000 emplois en septembre selon l’institut de recherche ADP et surtout l’ISM non manufacturier a battu un record historique de plus de 21 ans à 61,6. Ces statistiques ont tout d’abord permis au Dow-Jones de battre son 101ème record depuis l’élection présidentielle du 04 novembre 2016 ! Rappelons que les actions américaines (dividendes réinvestis) ont progressé de 52% selon le même indice en devise locale. De ce fait, certains politologues anticipent déjà une victoire pour le locataire de la maison blanche en 2020. Pour les élections de mi-mandat le 06 novembre, le consensus penche plutôt pour une chambre des représentants démocrate et un sénat républicain. Mais cet « abus de potion magique » a toutefois des effets pervers. La FED se voit contrainte de durcir d’avantage sa politique monétaire. Sa prévision de taux directeur médian à 3,4% pour 2020 doit être intégrée complètement, et les taux à long terme ont connu un plus haut depuis 5 ans. Les arbitrages jeudi ont été immédiats et en faveur des financières et des cycliques, et au détriment des valeurs de croissance. Ce phénomène va-t-il se poursuivre ? C’est actuellement le dilemme des investisseurs.

Revenons sur le vieux continent, où il est bon de rappeler que nous ne sommes pas en récession comme le témoigne l’entreprise IHS Markit. Ainsi, les annonces de PMI composite ressortent au-dessus des attentes en France (54 contre 53,6), en Italie (52,4 contre 51,8), mais en-dessous en Allemagne (55 contre 55,3) et en Espagne (52,5 contre 53,1). Soulignons également que le taux de chômage dans la zone euro continue de baisser à 8,1% avec une inflation des prix de la production à 0,3% sur un mois et à 4,2% sur un an glissant. Ceci est dû principalement à l’évolution des prix des matières premières sur un an alors que le dernier chiffre des prix à la consommation dits « cœur » était resté largement inférieur à l’objectif de la BCE de 2%.