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Le pouvoir de la rue !

Un de nos confrères a récemment intitulé son édito « de l’intérêt de prendre du recul…[1]» ; depuis plusieurs mois désormais, les nuages s’amoncelaient au-dessus des investisseurs, et octobre aura cristallisé l’ensemble des craintes pour aboutir à l’une des plus importantes corrections depuis 2011. D’un point de vue de la théorie financière, la prime de risque sur les marchés augmente relativement aux taux souverains. Un ajustement était sans aucun doute nécessaire après l’euphorie de 2017. Pour autant, ce sell-off n’a rien d’une juste compression des multiples et s’apparente clairement, depuis quelques jours, à un krach rampant.

Est-ce justifié ? Nous attendions un recul des marchés américains, bien plus chers que les marchés européens, mais nos places boursières corrigent bien plus suite à la publication des résultats du troisième trimestre. Les chefs d’entreprise se veulent prudents, et à juste titre, nous leur avons tellement reproché leur assurance effrontée fin 2007 ! Certes les taux remontent, mais toute raison gardée nous sommes toujours à des niveaux historiquement bas. Un pétrole trop cher ? Ce dernier a perdu près de 25% depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, et l’Arabie Saoudite ne semble plus en position de force !

Alors oui, en Europe, les risques politiques sont bien là, et ils le sont depuis 2011. Ces périodes de risque accru se sont d’ailleurs révélées être des opportunités d’investissements, voilà pourquoi nous avons fait le choix de relever notre exposition actions depuis fin octobre. L’inefficience de marché dure généralement entre six et neuf mois, et nous pouvons considérer que lorsque des sociétés publient des croissances bénéficiaires supérieures aux attentes du consensus et qu’elles sont malgré ce sanctionnées, nous nous trouvons dans une période d’inefficience. Certaines valeurs de moyenne capitalisation ont généré sur les douze derniers mois plus de 30% de croissance des bénéfices, et leurs cours de bourse ont parfois chuté de près de 40% ! Vous nous savez très attachés à la liquidité, mais cela dépasse désormais cette thématique et l’anomalie sur certains titres est bien réelle !

Le marché peut-il encore baisser ? Dans les semaines à venir, la volatilité court terme devrait perdurer au rythme des nouvelles sur l’Italie et le Brexit. En revanche, ce qui devrait se normaliser est bien la vente sans discrétion de toutes les valeurs, quelles que soient leurs qualités.

Peut-on avoir des espoirs de rebond ? Nous le pouvons. Si ce dernier se produit, comme la baisse, il est susceptible d’être violent car le moral des investisseurs est au plus bas, et les gérants ont, en majorité, de fortes positions de couverture. Il s’agira donc plus probablement d’un rebond dit « technique » que « fondamental », jusqu’à ce que la visibilité soit restaurée.

Il est une chose inédite dans cette correction, les gérants professionnels sont quotidiennement instrumentalisés par les tweets laconiques du Président de la première puissance mondiale ! Cela présage-t-il du pouvoir futur de la rue ? De l’importance de conserver notre esprit critique…

[1] Financière Arbevel, 11 octobre 2018