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Une épopée industrielle

Le 27 mars 1999, Louis Schweitzer finalise à Tokyo le lancement de l’alliance Renault-Nissan. On se souvient de la conférence tenue à Paris quelques jours auparavant où était annoncée l’entrée du constructeur automobile français au capital du japonais pour 643 milliards de yens (cinq  milliards d’euros). A l’époque, les investisseurs et la presse sont sceptiques sur les chances de succès de cette nouvelle aventure. Un nom est cité pour prendre les reines de cet étonnant projet et surtout redresser Nissan au bord de la faillite : Carlos Ghosn. L’homme est inconnu du grand public aussi bien dans l’hexagone que dans l’archipel du soleil levant. Ce choix s’avèrera être judicieux car en deux ans, le constructeur nippon est non seulement sauvé mais l’alliance se révèle être une redoutable machine de guerre industrielle qui rationalise les plateformes de production, les achats et la logistique. En 1999, Renault, pourtant privatisé en 1996, porte encore les stigmates de son ancien statut de régie.  C’est l’héritage de sa nationalisation en janvier 1945 pour collaboration avec l’Allemagne à cause de son activité dans les chars. En moins de deux décennies, la firme française, est devenu en 2017 le premier constructeur mondial si on intègre toutes les marques sous cette entité globalisée. D’autres sociétés ont depuis rejoint le groupe souvent pour être sauvées comme le tchèque Dacia ou le Russe Autolav, propriétaire de Lada. Au-delà des délits commis et condamnables s’ils sont confirmés, se joue la gouvernance de cette structure qui gagne des parts de marché et suscite les convoitises. Espérons qu’elle ne sera pas disséquée pour raison d’état.

Du côté des chiffres économiques, L’OCDE a de nouveau abaissé ses prévisions de croissance mondiale à 3,5% pour 2018 contre 3,7% auparavant à cause de la guerre commerciale et du ralentissement dans les pays émergents. Aucune statistique publiée cette semaine ne peut véritablement faire espérer une accélération de l’activité même si celle-ci n’est pas en récession. Aux Etats-Unis en octobre, la production industrielle a progressé moins que prévue à (+0,1% contre +0,2%) comme l’indicateur avancé. Les commandes de biens durables ont été forts décevantes (-4,4% ou +0,1% hors transport). Les mises en chantier ont toutefois rebondi de plus de 2%. Dans la zone euro, l’inflation est restée stable en octobre à 2,2% sur un an et à 1,1% pour l’indice de base. L’écart entre les deux données devrait diminuer à l’avenir du fait de la poursuite de la baisse des prix du pétrole, victime de la surproduction de l’OPEP et du ralentissement actuel.

Après les élections de mi-mandat, les opérateurs espéraient une fin imminente concernant le bras de fer portant sur les hausses des taxes douanières. Les espoirs ont été pour le moment déçus même si des rencontres sino-américaines sont prévues pour fin novembre pendant la tenue du G20 en Argentine. Sur le front du Brexit, Theresa May résiste à la fronde des conservateurs. Ceux-ci n’ont pas obtenu pour le moment le nombre de lettre pour lancer une motion de censure. Les négociations avec l’Union se poursuivent et on attend l’issue du sommet européen ce week-end. Une position commune des états membres permettrait peut-être à la première ministre britannique de renforcer sa légitimité au Royaume-Uni. Malgré la pression domestique, celle-ci garde le cap et mène son épineux dossier d’une manière qui suscite l’admiration outre-manche. Nul n’est prophète dans son pays.