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« Au cours de la dernière année, l’économie a connu une croissance à un rythme soutenu, le taux de chômage a été proche des plus bas historiques, et l’inflation a été faible et stable. Toutes ces choses demeurent vraies aujourd’hui. » Jay Powell, président de le Réserve Fédérale.

Le début du discours du numéro un de la banque centrale traduit bien l’état satisfaisant de l’économie américaine. Celle-ci connait en 2018 une activité robuste avec une inflation maîtrisée. Fort de ce constat, les taux directeurs ont été relevés d’un quart de point ce mercredi 19 décembre, désormais à 2.50%. Il a été également précisé que les prévisions de croissance pour 2019 ont été révisées à la baisse à 2,3% contre 2,5%. De facto, il est donc envisagé deux hausses de taux supplémentaires l’année prochaine et non trois. La FED a donc fait un choix : augmenter les taux aujourd’hui avec un discours plus accommandant pour l’avenir. Cette attitude de vigilance vis-à-vis d’une situation de plein emploi est très certainement due à la politique fiscale expansionniste du gouvernement pour 2018 et 2019. Quoiqu’il en soit, cette décision a été mal perçue par les marchés. Ils ont signé leur pire séance le jour d’un comité (FOMC) depuis 1994. A l’époque, l’institution, sous la direction d’Alan Greenspan, ne communiquait pas et avait pris les financiers par surprise en enclenchant un cycle de resserrement monétaire de 3% (passant les FED Funds de 3% à 6%) sur 15 mois. Mais, prenons du recul. Les investisseurs s’attendaient peut-être à ce que le mouvement de mercredi soit le dernier d’un cycle de hausse très gradué depuis 3 ans de 225 points de base. Il est tout à fait envisageable que la Réserve Fédérale fasse une pause de neuf mois avant de reprendre éventuellement son durcissement en septembre prochain si la longue période d’expansion se poursuit. Cette potentielle phase de statu quo est en théorie suffisante pour calmer le sentiment de panique actuel. N’oublions pas que cette banque centrale a été dans le passé très réactive face aux situations d’urgence. Ce fut le cas en 1998, où elle a baissé les taux de 0,75% en deux fois, à la suite de la faillite du hedge fund LTCM. Lors de la pire crise financière de l’histoire en 2008, Ben Bernanke, le président alors surnommé « l’hélicoptère », avait sorti le « Bazooka » et toutes les armes conventionnelles et non conventionnelles (achats massifs de titres) pour éviter une déflation à la japonaise. Soyons certains que la communication sera reprécisée ces prochaines semaines et si besoin de nouvelles actions concrètes seront prises pour stabiliser les actif financiers. En attendant, le marché américain a effacé une grosse partie de sa survalorisation. Il se traite à 16,8 fois les bénéfices 2018 et 15,13 fois ceux de 2019. Même si ces derniers seront sans doute rabaissés, la hausse induite de la prime de risque représente un élément important dans le choix des allocations d’actifs. Il est vrai que le marché n’a pas connu de rallye de fin d’année. Les investisseurs frileux resteront probablement dans leur tanière avant les fêtes. Pour le début de l’année prochaine, les taux longs souverains outre-Atlantique seront le reflet du sentiment général. S’ils restent à ces niveaux actuels avec une pentification très faible, les stratégistes continueront à privilégier les secteurs défensifs (télécommunication, pharmacie, etc) au détriment de ceux cycliques.