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La Grèce revient sur les marchés financiers et la BCE annonce un nouveau TLTRO 

C’est un évènement quasi passé inaperçu mais qui marque peut-être l’épilogue d’une période de perte totale de capacité de financement autonome d’Athènes. En effet, la Grèce a levé ce mardi 5 mars 2,5 milliards d’euros à 10 ans au taux de 3,9%. C’est sa première émission sur cette échéance depuis la crise financière en 2010. Témoignage de la confiance retrouvée, les investisseurs se sont rués sur cette offre avec une demande cumulée de 11,8 milliards d’euros. En début d’année, l’archipel hellénique avait emprunté 2,5 milliards d’euros à 5 ans à 3,6%. L’agence Moody’s a récemment relevé la note de la dette de B3 à B1. Alors, est-ce le début d’une indépendance pécuniaire ? Pas tout à fait, car si les nouveaux appels au marché sont désormais possibles, les dépenses sont toujours scrutées par ses principaux créanciers (le FMI, l’Union Européenne et la fameuse « Troïka »). Il est encore trop tôt pour savoir quand le contribuable européen sera remboursé, ou s’il le sera un jour. Le montant de l’arriéré totalise 335 milliards d’euros soit plus de 180% du PIB 2018. Mais cette « liberté surveillée » plaît aux nouveaux créanciers, qui apprécient une prime de rendement élevée pour un membre de la zone euro.

La BCE a surpris ce jeudi 7 mars en annonçant un nouveau « TLTRO » (opérations de refinancement permettant d’octroyer des prêts long terme aux banques et de les inciter à prêter aux entreprises et aux consommateurs de la zone euro) à 2 ans effectif en septembre. Si la communication de plusieurs personnages clés de l’institution francfortoise laissait envisager ce nouveau dispositif, peu s’attendait à son officialisation aussi rapidement. Cette nouvelle est en théorie positive surtout pour le secteur bancaire. Toutefois, les marchés ont terminé dans le rouge car les prévisions ont été également modifiées. Désormais la banque centrale n’envisage plus d’augmenter ses taux directeurs en septembre tel que cela était initialement prévu. De plus, elle a nettement abaissé ses prévisions de croissance pour la zone euro à 1,1% en 2019 contre 1,7% initialement. Cette révision survient au lendemain de celle de l’OCDE. La croissance mondiale est revue à la baisse à 3,3% et celle de l’Allemagne à 0,7%. Le ralentissement tant redouté est donc une réalité qui pourrait persister la première partie de l’année. La Chine n’échappe pas à ce mouvement car elle a officiellement modifié son objectif de croissance entre 6 et 6,5% pour 2019. Pour contrer cette plus faible expansion, le gouvernement chinois a réduit de 3% son taux de TVA.

Les Etats-Unis se sont distingués en publiant quelques données économiques encourageantes. Outre le fait que l’OCDE prévoit 2,6% de croissance pour cette année, les créations d’emplois de février selon l’ADP sont ressorties à 183 000 contre 190 000 attendus. Mais le chiffre de janvier a été fortement révisé à la hausse (300 000 contre 213 000). La productivité est restée soutenue à 1,4% au 4ème trimestre 2018 avec un coût unitaire de la main d’œuvre en progression de 2%. C’est une tendance positive pour la consommation des ménages. L’indice ISM manufacturier affiche un robuste 59,7 points pour février. Ces indicateurs positifs n’ont pas suffi à soutenir le marché américain, en baisse cette semaine. Les opérateurs se posent des questions sur les valeurs cycliques et le secteur bancaire dans un environnement où les taux longs devraient à court terme rester bas.