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Courbe américaine des taux inversée de 3 mois à 10 ans

C’est fait ! Un des fameux indicateurs traditionnellement annonciateurs d’une récession aux Etats-Unis a flashé vendredi 22 mars. Ainsi, la courbe des taux souverains est inversée entre la maturité à 3 mois (2,41%) et celle à 10 ans (2,39%). Par onde de choc, cet évènement a fait plonger les marchés actions, notamment les valeurs cycliques et bancaires avant une reprise en fin de semaine. Pourquoi cette inversion de la courbe des taux sur ces échéances est-elle si importante pour les opérateurs ? Historiquement, cette configuration est arrivée à sept reprises depuis 1966 et a été précurseur d’une récession à cinq reprises, de 5 à 16 mois (en 1973, 1979,1980, 1989 et 2006). Dans les deux autres cas (en 1966 et 1998), la contraction de l’activité est survenue après respectivement 39 et 30 mois, un délai suffisamment long pour les considérer comme de faux signaux. Le débat est donc ouvert même si la statistique est défavorable. Pourtant, les optimistes citent deux faits à ne pas oublier. Tout d’abord, c’est la première fois que cela se produit après plusieurs programmes d’achats d’actifs des banques centrales, quand les liquidités sur les marchés sont très abondantes. Le deuxième point est plus technique. Le graphique des rendements est en réalité inversé entre 6 mois (à 2,44%) et 3 ans (à 2,20%). Après 2022, les taux remontent progressivement jusqu’à 2,83% pour le 30 ans. Tout ceci indique tout simplement que les investisseurs anticipent désormais une baisse des taux de la FED à partir de la fin de l’année pour les remonter par la suite. Elle répondrait ainsi à la faiblesse passagère de l’activité comme elle l’avait fait en 1998 pour éviter une récession. L’affaire est suffisamment sérieuse pour être scrupuleusement suivie ces prochaines semaines.

Revenons aux publications économiques. En Europe, les PMI manufacturiers de l’agence Markit sont ressortis bien en-dessous de 50 (seuil de récession) pour celui de la zone euro (à 47,6), de la France (à 49,8) et de l’Allemagne (à 44,7). Pourtant, le climat des affaires IFO en mars a redonné quelques espoirs outre-Rhin. Celui-ci s’affiche en hausse à 99,6 contre 98,5 en février. L’inflation dans ce pays est également en baisse à 1,3% en glissement annuel contre 1,5% précédemment. Ceci laisse encore plus de marge de manœuvre à la BCE. Selon des fuites, elle envisagerait de ne plus appliquer de taux de dépôt négatif sur les réserves excédentaires des banques. Après avoir annoncé officiellement un nouveau TLTRO (pour soutenir les banques les plus fragiles), elle donnerait un coup de pouce aux établissements les plus solides, sans doute par souci d’équité.

Les Etats-Unis connaissent également des chiffres plus faibles qu’attendus mais à un niveau plus robuste que le continent européen. Ainsi, le PMI manufacturier de mars affiche 52.5 contre 53 le mois précédent et celui des services 54,8 contre 56. En février, les mises en chantier ressortent à 1 162 000 contre 1 273 000 en janvier. Les permis de construire sont également en baisse de 1,6% tandis que les ventes de logements existants progressent de 11,8. La confiance des consommateurs du Conference Board est aussi en retrait à 124.1 en mars contre 131.4 en février. Cet indicateur revient au niveau du 1er semestre 2018 et est toujours conforme à une expansion économique proche de 2% plutôt qu’une récession. Les ménages dans les pays développés sont donc les éléments clés pour ne pas basculer dans la crise.