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Est-il possible d’échapper au temps ? (sujet de l’épreuve de philosophie du baccalauréat série L)

Contrairement à l’homme, prisonnier de son destin métaphysique, les banques centrales ont démontré cette semaine toute leur faculté de pouvoir gagner du temps vis-à-vis des marchés. Ainsi, grâce à une rhétorique puissante et efficace, la FED et la BCE ont fait plier la plupart des indicateurs de stress sans dégainer leurs armes. Le simple fait d’annoncer l’imminence d’un assouplissement monétaire ou d’un nouveau programme d’achats d’actifs a eu un effet quasi-similaire à ces mesures, sans les avoir actionnées. Cela permet aux gendarmes monétaires de disposer d’un délai supplémentaire (donc d’échapper provisoirement au temps), de collecter davantage de données et d’attendre une éventuelle issue à la guerre commerciale avant d’agir. En effet, il n’est pas inné pour la FED de relancer l’économie quand le chômage est quasiment au plus bas depuis 50 ans avec une politique budgétaire toujours expansionniste. A l’inverse, le risque est de trop attendre et donc de rendre moins efficace ces prochaines mesures quand celles-ci seront adoptées. Mais soyons factuels : les Etats-Unis ont émis ce jeudi un bon du Trésor à 1 mois au taux de 2,14% alors que celui-ci se situait à 2,42% début mai. La baisse des taux est donc immédiate ! Le seul bémol de ce formidable tour de magie est que toute la courbe américaine des taux souverains s’est déplacée vers le bas. De facto, le fameux écart de rendement entre l’échéance 10 ans et celle du 3 mois est resté stable et toujours négatif à -0,10%. Pour que ce rebond des marchés soit pérenne, il est donc indispensable que les taux longs remontent pour faire rebondir les valeurs bancaires et cycliques. Il faudrait sans doute des chiffres macroéconomiques plus positifs en même temps que des banques centrales bienveillantes et accommodantes.

Or les récentes statistiques publiées outre-Atlantique demeurent faibles et contradictoires. D’un côté, nous avons apprécié la hausse des ventes de détail en mai de 0,5% après une baisse initialement estimée à 0,2% en avril. En parallèle, la hausse de la production industrielle ce même mois est ressortie à +0,4% contre une baisse de -0,5% le mois précédent. Les déceptions proviennent de l’indice Empire Manufacturing à -8,6 en juin contre +17,8 en mai et des perspectives d’affaires de la FED de Philadelphie à 0,3 (toujours en juin) contre 16,6 précédemment. L’indicateur avancé en mai est inchangé contre +0,2% en avril. Il est bon de signaler que c’est le chiffre le plus faible depuis janvier dernier. Ce tableau de bord de l’activité indiquant un ralentissement de l’économie a donc contraint la FED d’agir verbalement. Mario Draghi avait devancé son homologue américain ce mardi à un forum de la BCE à Sintra au Portugal. Le banquier central européen annoncé que l’institution européenne annoncerait des mesures de stimuli supplémentaires si la situation économique se détériorerait davantage. Il est clair que les taux d’inflation de la BCE sont toujours largement en-dessous de l’objectif des 2% en mai avec une progression de 1,2% pour l’indice nominal et de 0,8% pour celui de base. Cela pose l’épineux problème récurrent de l’efficacité des mesures existantes pour la zone euro.