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La Chine continue de ralentir

C’est un fait inéluctable. L’expansion de l’Empire du Milieu est au plus bas depuis plus d’un quart de siècle. Ainsi, la croissance de l’économie chinoise affiche un modeste 6,2% sur un an glissant au deuxième trimestre. C’en est fini du fabuleux 15% de mi 2007 et du début 1993 ! Dans la foulée, le président américain s’est félicité de cette faiblesse en voyant les effets, selon lui positifs, de sa guerre commerciale. Le but étant d’affaiblir Pékin pour négocier un accord plus favorable pour les Etats-Unis. Peut-on se réjouir de cette situation ? La réponse est non à court terme et plus nuancée à moyen terme. Dans l’immédiat, cette redistribution des cartes de la richesse mondiale est très perturbante. En effet, la croissance globale est au plus bas depuis 2016 (l’OCDE prévoit désormais 3,2% en 2019), et celle du commerce mondial est presque au point-mort avec des importations chinoises désormais en baisse. L’Allemagne, premier exportateur mondial, est le pays développé le plus affecté et a connu un appauvrissement au dernier semestre 2018. Le colosse américain, malgré le plein emploi, n’est pas non plus épargné par l’international. Le dernier indicateur avancé du Conference Board est en baisse de 0,3% en juin. Les économistes attendent désormais un modeste +1,8% de progression du PIB au deuxième trimestre 2019, contre +3,1% au premier trimestre.
Ce coup de frein commence à alerter sérieusement les banquiers centraux de la FED et de la BCE. Après avoir annoncé en juin une politique monétaire à venir plus accommodante, les déclarations sont dernièrement divergentes dans l’ampleur des mesures à adopter. John Williams, le président de la FED de New York, vient d’évoquer lors d’un congrès d’étudiants, la nécessité d’agir vite et que les taux neutres se situaient plutôt vers 0,50%. Le marché a fortement réagi lors de la séance du 18 juillet avant un communiqué rectificatif de la FED nuançant les propos du gouverneur régional. Cela alimente les spéculations pour le prochain rendez-vous du 31 juillet, sur une baisse de 25 ou de 50 points de base des taux directeurs. Notons également en Europe, un communiqué non innocent de la BCE sur la possible révision de son objectif d’inflation à moyen terme de 2%. C’est tout un symbole qui se voit contredit devant l’impuissance de notre institution monétaire à remplir sa mission de hausse des prix contenue dans le cadre de son double mandat. Les investisseurs, n’anticipant plus aucune perspective de hausse de taux pour les prochains mois, continuent d’acheter des obligations. La meilleure illustration de cette ruée vers cette classe d’actifs est le nouveau record, atteint en juillet, de plus de 13 000 milliards de dollars de dettes à taux négatif dans le monde.
Un des effets positifs de ce ralentissement chinois est le donc le crédit quasi gratuit pour un grand nombre d’acteurs : les états développés, à l’exception de celui des Etats-Unis au grand regret de Donald Trump, et les entreprises non américaines avec une notation de bonne qualité. Cela explique la bonne tenue des actifs financiers malgré la faiblesse de la conjoncture.