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Les taux longs de la Grèce inférieurs à ceux des Etats-Unis

C’est un fait inédit depuis fin 2007. Le rendement à 10 ans de la dette grecque (2,01%) est tombé en-dessous de celui de la dette américaine (2,08%). Cet évènement est survenu ce mercredi 23 juillet. Les investisseurs ont donc plus qu’entériné cette crise financière qui avait fait trembler toute la zone euro de 2010 à 2012. A l’époque, la péninsule hellénique était quasiment en faillite et avait nécessité plusieurs plans de sauvetage. Les Etats de la zone euro et le FMI sont devenus les principaux détenteurs de la dette du pays, désormais évalué à 337 milliards d’euros soit 182% du PIB. Entre temps, la notation est passée de A- (de bonne qualité) à B+ (soit un rang dit « pourri » ou « junk »). Pourtant, celle des Etats-Unis, évaluée par Moody’s et Fitch, est encore à AAA (la meilleure qui soit) et AA+ chez Standard & Poor’s. Alors pourquoi les prêteurs exigent-ils une rémunération supérieure pour une créance américaine ? On peut noter deux explications principales. Tout d’abord, la devise de la Grèce est l’euro (une monnaie de réserve internationale) et non plus le drachme. De ce fait, ces emprunts bénéficient de la politique monétaire ultra accommodante de la BCE. Au royaume des taux négatifs, c’est la ruée vers des titres souverains à taux positifs ! La deuxième explication est plus fine et sans doute plus structurelle. Athènes est en liberté surveillée avec la « Troika », véritable gendarme de rigueur budgétaire, imposée par les Etats de l’Union et le FMI. De ce fait, le peuple a dû consentir d’énormes sacrifices pour redresser les finances publiques avec un déficit passé de 15% du PIB en 2009 à 1,1% en 2018. La situation est désormais assainie avec même un excédent primaire (avant la charge des intérêts). A l’inverse, outre-Atlantique, le déséquilibre devrait s’accentuer encore en 2019, soit à 4,7% du PIB selon les propres estimations de « l’US Federal Dash Board ». Un accord bipartisan vient d’être négocié avec les parlementaires pour une augmentation des dépenses de 320 milliards de dollars sur deux ans. Le plafond de la dette a été également augmenté pour permettre au gouvernement fédéral de fonctionner jusqu’au 31 juillet 2021. Celle-ci a dépassé le cap des 22 500 milliards de dollars, soit presque 105% du PIB. On ne peut donc pas avoir une politique budgétaire de forte relance économique dans un pays de plein emploi sans contrepartie : des taux d’intérêts plus élevés.

Ce jeudi 25 juillet, la BCE n’a pas modifié ses taux directeurs. Cependant, Il a été évoqué la possibilité de taux de dépôts spécifiques pour les réserves excédentaires des banques commerciales. Ce serait clairement une mesure visant les bons élèves pénalisés par cet environnement de taux négatifs. Tout le secteur financier en a profité. La fête a été gâchée par le fait que l’institution monétaire ne voyait pas une récession à court terme. De facto, les anticipations de baisse des taux dès le 12 septembre ont été échaudées. Toutefois, sans amélioration des indicateurs économiques, Mario Draghi ne pourra déroger à une nouvelle série de mesures monétaires.