L’IA selon Nvidia

Une fois encore, la publication des résultats de la première capitalisation mondiale était très attendue. En effet, la valeur est désormais considérée comme le baromètre de l’Intelligence Artificielle (IA) en bourse à elle seule. Les investisseurs attendaient cet évènement avec beaucoup d’anxiété. Cette thématique d’investissement a porté l’indice NASDAQ 100 au zénith jusqu’à la fin janvier 2026, avec à la clé une forte augmentation de la pondération des valeurs technologiques dans l’indice S&P 500.

De surcroît, des doutes sur la pérennité du modèle économique d’OpenAI et sur la soutenabilité des investissements massifs de ses principaux clients ont précédemment provoqué un mouvement récent de défiance envers les « Sept Magnifiques ». Nous pouvons être rassurés, car Nvidia démontre qu’elle demeure incontournable dans cette révolution technologique. Et ce, avec une forte augmentation de 65 % de ses revenus et de 67 % de son bénéfice par action. Pourtant, cette belle performance n’a pas été saluée en bourse.

Pourquoi les investisseurs ont-ils boudé le titre, entraînant une baisse de 5,46 % après la publication ? Est-ce la fin de l’histoire d’amour avec Nvidia ?

Comme toujours dans un examen, il y a l’épreuve écrite (les chiffres publiés) et l’oral (la conférence de presse). Contrairement au marché, nous jugeons les données financières très satisfaisantes. Le chiffre d'affaire est en augmentation de 85 milliards de dollars en un an (à périmètre comparable, sans fusion ni acquisition). Le flux de trésorerie disponible (ou free cash-flow) atteint 96,6 milliards de dollars pour ce seul exercice comptable achevé. 

Nvidia est donc une entreprise exceptionnelle. Elle défie tous les manuels de finance dans lesquels les étudiants apprennent qu’une valeur en forte croissance a besoin d’investir massivement pour soutenir son développement.

De ce fait, ce type de société a, en théorie, une capacité limitée à retourner du cash à ses actionnaires. Contrairement à cet adage, Nvidia dispose d’un modèle économique nécessitant peu d’actifs physiques. La marge brute de 75 % a représenté plus de 153 Md$ en une seule année. Ceci a permis d’investir massivement dans la recherche et le développement, à hauteur de plus de 18,5 Md$. Le tout, en retournant à ses actionnaires plus de 41 Md$ sous forme de rachats de titres et de dividendes. C’est donc une entreprise riche (avec plus de 62 milliards de dollars de liquidités), qui dispose de tous les moyens pour réaliser ses ambitions.

Le consensus attendait auparavant 315 Md$ de revenus pour cette année comptable dont la clôture est prévue en janvier 2027. Avec une prévision autour de 78 Md$ rien que pour le premier trimestre, Nvidia démontre que les estimations annuelles initiales des analystes seront dépassées. Et donc révisées à la hausse. Ce mouvement est, à moyen terme, très positif pour le cours de bourse.

Jensen Huang, le CEO et fondateur de Nvidia, explique que l’IA agentique - celle capable de lire et de prendre des décisions - est en pleine phase d’adoption par les entreprises. Ceci provoque une explosion exponentielle du nombre de tokens, ces petites unités de texte que les modèles de langage lisent et exécutent. Ce phénomène va continuer et s’accélérer.

Il constitue la source du besoin colossal d’infrastructures actuelles et futures, non seulement pour les centres de données mais aussi pour les connecteurs. L’efficience en IA repose sur l’énergie, en watts consommés par token, et sur le coût, en dollars par token. L’ensemble des nouveaux produits de Nvidia est 50 fois plus performant par watt consommé et 35 fois plus performant par dollar dépensé que les précédents.

Cette innovation constante permet au groupe de maintenir des marges élevées et d’assurer sa croissance. Le besoin de calcul est tellement énorme que les capacités de calcul et d’infrastructures seront insuffisantes. La course est donc vers plus de puissance et d’efficience. Le nouveau GPU Vera Rubin a une puissance de calcul de 50 PetaFLOPS (1 billiard ou 1 million de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde). 

Celle-ci peut se résumer en deux axes principaux. La gamme de produits de Nvidia est diversifiée et ne comprend pas uniquement des GPU (unités de processeurs graphiques) utilisés à l’origine dans les cartes graphiques et capables d’effectuer des milliards de calculs instantanément. Le groupe a créé les fameux racks (armoires informatiques complètes) comprenant des dizaines de GPU, des CPU et des modules de réseau pour la connectivité.

Cet ensemble constitue un supercalculateur idéal pour l’utilisation de l’IA. L’entreprise est donc présente aussi bien : sur les plateformes d’équipements, que sur les plateformes de calcul et de codage avec son produit Cuda, utilisé par les programmeurs et les modèles de langage, ainsi que dans tous les environnements cloud. Le second point est en lien étroit avec les principaux créateurs de modèles de langage (Anthropic, Meta, OpenAI et xAI). Il concerne aussi bien les équipements (les racks) que les modèles de codage (Codex d’OpenAI et Claude Code d’Anthropic). Selon Jensen Huang, plus de 1,5 M d’utilisateurs de modèles de langage codent.

Vous l’aurez compris, nous restons fondamentalement optimistes sur les besoins en calcul et en infrastructure liés à l’IA. Face à une révolution et une explosion de la demande, les défis seront nombreux. A la fois en quantité et en efficacité. Cela nécessite un renouvellement constant de produits innovants et devrait contribuer à la poursuite de la croissance. Ne nous étonnons pas lorsque les investisseurs réagissent négativement à une superbe publication et pointent du doigt une croissance dans le calcul plus faible que dans les réseaux. La diversification des produits et des clients permet, au global, d’afficher une superbe croissance. Et ce, avec une faible compression des multiples de valorisation, tout à fait normale à ce stade du cycle.

- 96,6 milliards de dollars. Le flux de trésorerie disponible  (free cash-flow en anglais) de Nvidia l’année passée.

- 62 milliards de dollars. La trésorerie disponible de Nvidia au 31/01/26.

- 50,01 %. La participation de la famille Arnault dans LVMH, avec 65,94 % des droits de vote.