Un nouveau conflit pour combien de temps ?

La folie des hommes l’a encore emporté. Après les négociations infructueuses, vient la période des armes et des victimes. Les États-Unis et Israël ont lancé, ce 27 février, les opérations baptisées « Fureur Épique » et « Lion Rugissant ». Celles-ci visent à détruire massivement les capacités militaires et nucléaires iraniennes.

Les Perses ont répondu par des attaques de missiles et de drones, visant entre autres des infrastructures pétrolières situées dans des pays voisins. Le fameux détroit d’Ormuz est désormais fermé et le trafic maritime international dans la zone suspendu. Le prix de l’énergie flambe et les cours des actifs risqués chutent, surtout en Europe et en Asie. 

Quelle va être l’évolution des marchés ces prochaines semaines et quels sont les facteurs qui seront déterminants ?

Nous assistons au troisième conflit au Moyen-Orient impliquant les États-Unis. Après la première guerre du Golfe en 1990-1991 et celle en Irak en 2003.

Quels points communs peut-on établir entre ces hostilités ? Le premier, évident, est leur durée de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Ainsi, l’invasion et la libération du Koweït ont eu lieu entre le 2 août 1990 et le 28 février 1991. La seconde guerre d’Irak s’est officiellement déroulée entre le 20 mars 2003 et le 1er mai 2003. De ce fait, il est plus réaliste d’intégrer un conflit actuel long, d’au moins quelques semaines, même si le déploiement de troupes au sol est, pour le moment, exclu. C’est le côté négatif.

Le point positif est que le marché, dans tous les cas, n’a pas attendu la fin de ces luttes armées pour rebondir. Ainsi, le 17 janvier 1991, le jour du début de l’opération baptisée « Tempête du Désert », les indices boursiers avaient fortement monté après la destruction des capacités offensives de l’Irak.

En 2003, c’était même avant le début des attaques aériennes du 20 mars que les marchés avaient connu leur point bas. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ?

S’il ne fait aucun doute que l’Iran a déjà perdu le contrôle du ciel, ses capacités de nuisance restent réelles. Elles reposent sur les missiles et les drones. Le pays dispose du plus important arsenal du Moyen-Orient en la matière. D'ailleurs l'Iran est considéré comme l’un des plus grands fabricants et exportateurs de drones au monde. Bien que les chiffres ne soient évidemment pas officiels, les estimations avant 2025 se situaient autour de 3 000 missiles et de 80 000 à 100 000 drones. Même si tous les principaux sites de production et de lancement ont été détruits, la particularité de ces armes est qu’elles ne nécessitent que d’un espace réduit pour être lancées. Trois à cinq mètres seraient nécessaires pour une rampe mobile. Ceci concerne les drones kamikazes Shahed‑131 et Shahed‑136.

De facto, on peut raisonnablement estimer à plusieurs semaines la faculté de l’Iran de lancer des projectiles destructeurs. Néanmoins, le marché réagira positivement à la moindre baisse du nombre d’attaques. Surtout qu’actuellement, le pays semble lancer des barrages de missiles massifs voués à déjouer les dômes de défense.

C’est l’une des principales voies maritimes au monde, où transitent plus de 20 millions de barils par jour de pétrole ou équivalent. Soit environ 20 % de la consommation mondiale et 26 % du commerce pétrolier mondial. Sa fermeture a de facto entraîné une flambée du prix du brut et du gaz. Il est envisageable, après une forte réduction des ripostes iraniennes, qu’une opération de sécurisation du détroit d’Ormuz soit mise en place. Celle-ci impliquerait la coopération des autres pays exportateurs de la zone et des pays consommateurs. Cela consisterait en l’accompagnement des navires, comme ce fut le cas par la marine américaine dans les années 1980, ainsi qu’en des moyens de défense aérienne capables de neutraliser toute menace réelle. L’annonce d’une telle mise en place serait, selon nous,  même avant la fin des hostilités, l’élément-clé pour faire rebondir massivement les marchés.

Vous l’aurez compris, cette guerre peut faire flamber durablement les prix de l’énergie, qui par ricochet peuvent provoquer à terme une reprise de l’inflation. La hantise d’un nouveau choc pétrolier resurgit, avec à la clé une période de stagflation (baisse de l’activité couplée avec de l’inflation). On pourrait également assister, après un rebond de l’inflation, à une déflation (baisse de l’activité et de l’inflation), une fois l’affrontement terminé. Tous ces scénarios sont pour le moment prématurés, tant que la durée de ce conflit est inconnue.

Comme nous l’avions écrit dans notre flash du 2 mars, il est urgent d’attendre. Il ne faut pas se précipiter pour acheter, car plus la durée des hostilités va s’allonger, plus l’angoisse va croître, avec à la clé, de mauvaises séances boursières. Une allocation adaptée selon nous consiste en une exposition plus réduite des portefeuilles, avec la vente des titres du secteur des transports, de l’automobile et de l’hôtellerie. Nous maintenons notre exposition sur les secteurs de l’énergie, de la défense et sur les secteurs défensifs, tels que la santé. Nous sommes en revanche attentifs à toute nouvelle concernant l’évolution du détroit d’Ormuz, qui pourrait débloquer le transport maritime et provoquer un énorme rebond de soulagement, malgré une fin de conflit loin d’être acquise.

- 100 ans. L’âge d’Alan Greenspan, ancien président de la Fed, né le 6 mars 1926.

- 100 000. Le nombre de drones que pourrait détenir l’Iran.

- 132 et 150. Le nombre de navires qui seraient bloqués dans et à l’extérieur du golfe Persique.