L'incontournable TSMC

Connaissez-vous Hsinchu ? 

Cette ville située à 60 kilomètres au sud de Taipei ne figure toujours pas dans nos manuels scolaires de géographie. Et pourtant, il s’agit d’un lieu hautement stratégique, puisque c’est le siège de Taiwan Semiconductor ManufacturingCompany, alias TSMC, le plus grand fondeur de semi-conducteurs au monde.

Ce maillon essentiel de la chaîne de production mondiale fournit plus de 522 clients. Dont les célèbres Nvidia, Broadcom, Apple, Amazon ainsi qu’Alphabet, et fabrique plus de 11 878 produits ou composants pour l’automobile, les ordinateurs, les téléphones portables, Internet et les produits digitaux de grande consommation. L’entreprise a fait la une cette semaine en publiant un bénéfice net trimestriel de plus de 16 milliards de dollars au 4ème trimestre. De surcroît, elle fait sans aucun doute partie du méga accord entre les États-Unis et Taïwan. Avec un engagement d’investissements de 250 milliards de dollars à réaliser sur le sol américain.

Pourquoi TSMC est-elle incontournable ? Quelle est son histoire et survivra-t-elle à une possible annexion de Taïwan dans le futur ?

Avec plus de 60 % de part de marché, TSMC est le mammouth qui écrase les autres. Sa domination dans la production des wafers (plaque circulaire de silicium sur laquelle on fabrique des composants électroniques) les plus avancés (3 et 5 nanomètres - nm) atteint même 90 %. Seul Samsung Foundry est réellement capable de se battre sur ce segment fournisseur de l’intelligence artificielle. Toutefois, selon les revues spécialisées, les caractéristiques techniques des produits du Coréen sont inférieures à celles du Taïwanais.

Nous avons déjà évoqué que les limites de la révolution actuelle dans l’intelligence artificielle étaient non seulement les capacités de calcul, mais également celles de l’énergie et surtout du réseau électrique. Pour y répondre, il va falloir investir massivement pour produire plus puissant et moins énergivore.

La miniaturisation est une réponse possible. En effet, en augmentant la densité, on augmente la puissance par watt d’énergie. Ainsi, le produit de 3 nm permettait un gain de performance de 15 % et une réduction d’énergie de 25 % sur le 5 nm.

Celui de 2 nm, qui devrait entrer en production en  2026, promet une augmentation de 15 % de la densité des transistors. Avec à la clé un bond de 15 % de la performance et une économie d’énergie entre 25 et 30 %. Le rendement de ces unités dépasserait les 60 %. D’ailleurs plus de 96 % des capacités de ces puces sont réservées aux grandes entreprises américaines. La génération suivante des 1,4 nm, prévue pour 2028, anticipe déjà des améliorations similaires à celles des 2 nm. Là encore, TSMC est pressentie pour être le leader dans ce segment de technologie de pointe.

Les faits marquants du communiqué et de la conférence de presse sur les résultats du 4ème trimestre ont été un chiffre d’affaires et un résultat net par action en progression respectivement de plus de 25 % et de 35 %. Non seulement ces données sont supérieures aux attentes, mais la marge brute et la marge opérationnelle ont atteint 62,3 % et 54 %. La forte demande dans les wafers de 3 et de 5 nanomètres permet d’augmenter les prix moyens de vente. Donc la profitabilité. La direction évoque désormais une croissance annuelle des ventes de 25 % pour les cinq prochaines années depuis 2024.

C’est une défaite avouée par l’Amérique. L’accord annoncé hier, le 15 janvier, sur le site du Département du Commerce américain, est intitulé : « Restaurer le leadership américain dans la fabrication de semi-conducteurs grâce à un accord sur le commerce et l’investissement avec Taïwan ». Il est même stipulé que la part mondiale de l’Amérique dans la fabrication des wafers est passée de 37 % en 1990 à moins de 10 % en 2024. Les droits de douane réciproques dans plusieurs secteurs ne dépasseront pas 15 %, sans surtaxe pour les produits pharmaceutiques génériques.

Les sociétés qui ont effectué des investissements récents dans la production de puces aux États-Unis pourront importer de Taïwan des volumes jusqu’à 1,5 fois la capacité de production américaine sans droits de douane. Ce quota est fixé à 2,5 fois pour les nouvelles capacités qui seront prochainement construites. Les investissements américains dans les entreprises taïwanaises dans les secteurs de la technologie, la défense, la biotechnologie et les télécommunications seront également facilités. Vous l’aurez compris, le futur de TSMC se jouera non seulement à Taïwan, mais surtout aux États-Unis, quand la production américaine démarrera. Les autres investissements déjà en cours au Japon et en Allemagne concerneront des produits moins avancés. TSMC va rester un leader mondial, qu’elle soit taïwanaise ou potentiellement chinoise. 

- 16 milliards de dollars. Le bénéfice trimestriel de TSMC au 4ème trimestre 2025.

- 52 à 56 milliards de dollars. Les investissements de TSMC en 2026.

- 250 milliards de dollars . Les futurs investissements des entreprises taïwanaises aux USA.