« Ce n’est pas en montant ses taux que la BCE rouvrira le détroit d’Ormuz ».
Nous adhérons totalement à cette phrase qui circule dans les salles de marchés depuis plus de deux mois. En effet, l’origine de la vague inflationniste actuelle se situe dans le Golfe persique. Plus précisément dans les millions de barils de pétrole, les milliers de tonnes d’engrais et autres produits chimiques qui manquent tous les jours à l’offre.
BCE : vers nouveau cycle de hausse des taux ?
La BCE aura beau relever ses taux fortement, si le blocage actuel persiste, la crise énergétique continuera. Elle s’amplifiera même, et l’indice des prix dans la zone euro montera inexorablement. Les pays importateurs ont, pour le moment, amorti ce choc en puisant dans leurs stocks stratégiques et en trouvant quelques alternatives pour contourner la route maritime bloquée. Mais le temps est compté et celui-ci ne joue pas en leur faveur.
Alors, la BCE est-elle rattrapée par ses vieux démons de 2008 ? Quand celle-ci avait monté ses taux en juillet, deux mois avant la pire crise financière de l’histoire ?
Un nouveau cycle de durcissement monétaire
Que l’on le veuille ou non, ce jeudi 11 juin 2026 restera dans les annales pour la banque centrale. Cette date marque le début d’un sixième cycle de durcissement monétaire. Après ceux initiés en 1999, 2005, 2008, 2010, 2022. Comme toujours au début de cette nouvelle phase, l’institution monétaire déchaîne les passions. Elle attise même la haine des gouvernements, des chefs d’entreprise et des emprunteurs particuliers. Les créanciers et les épargnants se font plus discrets. Ils n’osent pas applaudir une décision synonyme de plus de revenus à terme.
Quelles sont les motivations de la BCE ?
C’est l’engagement d’assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de son objectif de 2 % à moyen terme qui justifie, selon elle, la nécessité d’augmenter le loyer de l’argent de 0,25 %.
La guerre au Moyen-Orient continue de pousser l’inflation à la hausse. L’énergie est beaucoup plus chère. Les entreprises supportent des coûts plus élevés et commencent désormais à les répercuter sur les prix. Cela entraînera un renchérissement des produits alimentaires, des biens et des services.
Le retour à un niveau d'inflation souhaité prévu en 2027
L’inflation s’accentuera encore durant l’été et restera bien supérieure à l’objectif de 2 % pendant une partie de l’année prochaine. Le retour au niveau souhaité n’est pas prévu avant le second semestre de 2027. Tout cela est trop long. Même si la BCE reconnaît que la forte hausse des prix de l’énergie érode les revenus des ménages, qui s’inquiètent pour l’avenir et dépensent avec prudence. Les entreprises sont également moins confiantes et investissent moins. Toutefois, l’économie a continué de croître car les entreprises constituent des stocks au cas où les matériaux et les équipements prendraient plus de temps à être livrés ou coûteraient plus cher. Elles continuent également d’investir dans les technologies numériques. Les créations d’emplois se poursuivent, mais sont moins nombreuses qu’avant.
Dans l’ensemble, l’économie ralentit, en particulier dans le secteur des services, sans toutefois basculer dans la récession.
Une facture alourdie pour les gouvernements et les entreprises
Pauvres contribuables que nous sommes ! La charge d’intérêts de la France va s’alourdir. Selon l’Agence France Trésor, l’encours de la dette négociable de notre pays s’élevait à 2 826 milliards d’euros à fin avril. Si l’on faisait un calcul précipité, cette hausse de 25 points de base sur l’ensemble de ce stock représenterait plus de 7 milliards d’euros par an.
Une surcharge qui va sematérialiser au fil du temps
Fort heureusement, la durée de vie moyenne de la dette de l’État ressort à 8 ans et 200 jours et cette surcharge va donc se matérialiser au fil du temps. Il convient, pour cela, d’intégrer l’évolution de la courbe des taux et les encours exacts par maturité de remboursement afin d’affiner ce calcul. Ainsi, si l’on se fie au programme de financement de dette à moyen et long terme de 310 milliards d’euros pour 2026 de l’Agence France Trésor, complété à 50,81 % à mi-mai, la France aurait à émettre encore 152 milliards d’euros d’obligations cette année. À cela s’ajoutent 182 milliards de dettes à court terme, ou en bons du Trésor, à refinancer. De facto, sur 6 mois, la surcharge serait plus proche de 420 millions d’euros.
Objectif : contenir les taux longs
Alors, stupide la BCE ? Depuis hier, les noms d’oiseaux fusent pour qualifier les membres du Conseil des gouverneurs. Le plus gentil est bien entendu celui de technocrate déconnecté de la réalité, bien assis dans son bureau de Francfort. Malgré une totale déconnexion entre le blocage du détroit d’Ormuz et les taux directeurs, ainsi que toutes les conséquences néfastes sur tous les agents économiques d’une telle décision, n’oublions pas un élément primordial : celui de la stabilité des marchés financiers et surtout du marché obligataire.
Souvenez-vous, c’était la panique sur cette classe d’actifs aux États-Unis en avril 2025. Panique qui avait contraint Donald Trump à une trêve dans l’instauration des droits de douane réciproques. Remarquons que, depuis le début de la crise, les taux longs se sont nettement tendus avec les craintes inflationnistes. Et la courbe des taux de la dette française s’était pentifiée de 0,50 %. Depuis la décision de la BCE du 11 juin, il est possible d’observer une contraction des rendements réels sur les obligations indexées sur l’inflation à 1,92 %.
C’est la première fois que ce phénomène se produit depuis le début de la guerre en Iran, malgré une accalmie des taux longs nominaux depuis plusieurs semaines, grâce à un cours du Brent revenu en dessous de 100 dollars. Que l’on soit de mauvaise foi ou non, c’est à mettre au crédit de la Banque centrale. Oui, il apparaît donc stupide au premier abord de relever les taux pour une multitude de raisons. Ce n’est rien par rapport au prix à payer en cas de perte de confiance des créanciers. Les rassurer entraîne une stabilité pour toutes les classes d’actifs et, de facto, pour tous les épargnants.
Les chiffres de la semaine
- 0,25%. La hausse des taux directeurs de la BCE le 11 juin.
- 350 milliards de dollars. La demande record en actions SpaceX à son introduction en bourse.
- Au-delà de 1000 milliards de dollars. La fortune d’Elon Musk, après l’introduction en bourse de SpaceX.