Bénéfices et free cash-flow

La semaine la plus chargée de la saison des publications du deuxième trimestre se termine. Au 31 Juillet 2026, respectivement 63 % et 71 % des entreprises composant les indices S&P 500 et STOXX Europe 600 auront annoncé leurs résultats.

Réjouissons-nous car, à ce stade, ils sont à la hauteur de nos espérances. Plus de 86 % des sociétés d’outre-Atlantique ont battu les prévisions des analystes, contre 56 % en Europe.

Nous vivons une période incroyable et pleine de paradoxes. En effet, nous assistons à la plus forte progression annuelle des bénéfices par action trimestriels depuis quatre ans, et ce même au cours d’un conflit majeur au Moyen-Orient. Cette bonne performance permet à la Bourse européenne de battre son récent record historique du 6 juillet dernier, avec un indice STOXX Europe 600 (dividendes réinvestis) dorénavant en progression d’environ 12 % depuis le début de l’année. Pourtant, la fête n’est pas pour tout le monde et, au-delà de ce bilan satisfaisant, se cache une situation fortement contrastée. Une situation où battre le consensus n’est pas forcément gage d’une réaction boursière positive. En dehors des bénéfices, quels sont les autres paramètres importants scrutés par les investisseurs ? Lesquels seront privilégiés au cours de ce second semestre, qui s’annonce tout aussi volatil ?

Le constat semble surprenant, mais c’est un fait pour le deuxième trimestre. Depuis un an, les bénéfices par action des entreprises ont davantage progressé sur le Vieux Continent qu’au pays de l’Oncle Sam. Et ce, malgré le boom de l’intelligence artificielle qui dope l’activité aux États-Unis et une hausse des prix de l’énergie qui pénalise davantage l’économie européenne. L’explication repose sur les différences sectorielles entre les indices des deux zones.

Ainsi, plus des deux tiers de la progression américaine des résultats de 20 % sont attribués à trois secteurs. D'abord les financières (7,4 %), puis la technologie (4,5 %) et la santé (1,9 %). En Europe, c’est le secteur de l’énergie qui se taille la part du lion avec une hausse de plus de 110 % des bénéfices. Si l’on exclut ce segment de la cote, la hausse des bénéfices par action ne serait plus que de 10 %. Contre 19 % aux États-Unis. Cela fait mal à dire, mais le conflit dans le Golfe persique a contribué positivement aux profits des entreprises cotées européennes, principalement réalisés en dehors de la zone continentale. Cela explique sans doute la décorrélation entre l’évolution de la Bourse et notre perception de l’activité domestique, qui subit davantage les effets négatifs des tensions géopolitiques.

Ne soyons pas chauvins et restons objectifs. Les valeurs technologiques américaines conservent la plus forte dynamique bénéficiaire. Le consensus des bénéfices par action trimestriels sur un an glissant n’a cessé d’être revu à la hausse pour se situer à plus de 50 %.  

Le boom de l’intelligence artificielle et celui des investissements continuent de doper les résultats. Pour l’ensemble de l’année 2026, la croissance estimée des bénéfices par action ressort à 32 % pour l’indice Nasdaq 100.
Et ce, contre 27 % pour l’indice S&P 500 et 14 % pour l’indice STOXX Europe 600.

Le plus important est que la surprise sur les résultats publiés est positive dans toutes les zones. De facto, les prévisions annuelles n’ont cessé d’être révisées à la hausse. Ce qui explique le bon comportement des marchés et leur résilience face aux divers chocs.

Depuis la mi-juin, les superstars de la cote n’ont justement plus la cote. À cette date, la performance depuis janvier 2026 de l’indice Nasdaq 100 était supérieure à 21 %. Contre environ 9,5 % pour les indices S&P 500 et STOXX Europe 600. Cette prime d’appréciation pouvait se justifier par la seule dynamique des résultats, largement commentée précédemment. Aujourd’hui, les compteurs ne sont pas remis à zéro, mais se situent autour de 12 % en ce qui concerne les performances 2026, dividendes réinvestis, pour les indices STOXX Europe 600 et Nasdaq 100. On assiste donc, en réalité, à une compression des multiples de valorisation sur les valeurs technologiques.

Pourquoi un tel mouvement de désaffection, alors que la dynamique des résultats n’est pas du tout cassée ? L’explication ne se trouve pas dans les bénéfices. Mais bien dans d’autres paramètres que doivent intégrer les investisseurs. 

Les investissements dits « capex » des hyperscalers n’ont cessé d’être révisés à la hausse depuis 2023. Ils sont passés de 143 à 955 milliards de dollars pour 2026. Ceux-ci devraient même dépasser les 1 500 milliards de dollars en 2028. La question de la rentabilité de ces sommes gigantesques engagées se pose. Tout comme celle de la solvabilité des acteurs. Quand on compare les fortes réactions boursières ayant suivi les publications des résultats du deuxième trimestre des grandes valeurs technologiques, il est possible d’observer une forte hausse des titres Microsoft et Amazon, ainsi qu’une forte baisse de ceux d’Alphabet et de Meta Platforms. En plus de la forte progression des résultats chez tous ces protagonistes, le marché a salué le fait que Microsoft et Amazon ont présenté un plan excédentaire pour 2027. En d’autres termes, le flux de trésorerie disponible, ou free cash-flow, devrait rester excédentaire pour l’année prochaine. Contrairement à celui de Meta Platforms, d’Oracle et d’Alphabet. Cette situation saine reste appréciée des investisseurs. Et ce, dans un contexte où, de surcroît, les taux longs se tendent et compriment mécaniquement les valorisations des valeurs de croissance par un effet d’actualisation négatif.

Voilà pourquoi les flux se sont orientés ces dernières semaines vers des sociétés plus faiblement valorisées. Elles publient des résultats supérieurs aux attentes et présentant un bilan solide ainsi qu’un excédent de trésorerie disponible susceptible de mieux rémunérer les actionnaires sur le long terme. Ce sont tous ces paramètres qu’il faudra, selon nous, surveiller au cours de ce second semestre, même si nous pensons que les grandes valeurs technologiques américaines conservent de nombreux atouts.

- 86%. Le pourcentage des entreprises de l’indice S&P 500 ayant battu le consensus des analystes pour le 2èmetrimestre.

- 15,51%. La hausse du titre Microsoft au lendemain de la publication des résultats du 2ème trimestre.

- 3. Le nombre de membres de la FED ayant voté ce 29 juillet pour une hausse des taux directeurs de 0,25%.