La saison des résultats ressemble à une remise de bulletins. Chaque trimestre, les entreprises rendent leurs copies. Les analystes ont déjà annoncé la note qu’ils attendent, et le marché juge l’écart avec celle-ci. Cette première semaine de publications en a donné une démonstration presque scolaire.
Première semaine de publications des résultats
Bank of America est passée la première au tableau, et l’exercice a mal tourné. Son bénéfice est tombé de 8,5 à 6,9 milliards de dollars en un an, plombé par une amende de 1,2 milliard infligée par le régulateur américain pour des failles dans la détection du blanchiment. L’action a perdu près de 5 % dans la séance. La copie était mauvaise, la sanction logique. Seule consolation, les dépenses par cartes de ses clients ont progressé de 8 %. Signe que le consommateur américain tient bon.
Des résultats positifs pour ASML et TSMC
Les premiers de la classe n’ont pas été mieux traités. ASML, le Néerlandais qui fabrique les machines indispensables pour graver les puces, a publié des ventes record de 11,7 milliards d’euros. Il prévient même que ses capacités prévues pour 2027 et 2028 ne suffiront pas à satisfaire ses clients. Le cours du titre a à peine frémi. TSMC a vu son bénéfice bondir de près de 69 %, au-dessus des attentes. Et l’action a pourtant cédé 4 % jeudi. Quand tout le monde vous attend à 20 sur 20, un 19 passe pour une déception. Surtout si vous ajoutez une note de prudence sur 2027, comme l’a fait le Taïwanais.
Fabricants de mémoire et publications de résultats futures
Les fabricants de mémoire ont vécu une semaine plus rude encore, pour une raison étonnante. On ne leur reproche pas leurs résultats d’aujourd’hui, excellents, mais ceux qu’ils pourraient afficher dans trois ans. Tout est parti d’une annonce du chinois CXMT. Ce dernier affirme avoir conçu une puce mémoire capable de stocker davantage de données sur la même surface que celles de ses concurrents. Elon Musk a enfoncé le clou en prédisant que la Chine produirait énormément de mémoire en 2028. Samsung et SK Hynix ont perdu respectivement près de 20 % et 25 % sur la semaine.
Comme ces deux géants pèsent à eux seuls près de la moitié de la Bourse de Séoul, le KOSPI a chuté de 14,5 %, sa pire semaine depuis octobre 2008. La mémoire obéit en effet à un vieux mécanisme que les économistes appellent le cycle du porc, observé d’abord chez les éleveurs. Quand les prix flambent, chacun construit des usines. Quelques années plus tard, ces capacités arrivent toutes en même temps, l’offre déborde et les prix s’effondrent. Échaudés par les cycles passés, les investisseurs préfèrent vendre avant que le bulletin ne se dégrade.
Le cas inverse : LVMH
LVMH illustre le cas inverse. Sa division mode et maroquinerie, qui pèse près de la moitié des ventes, a reculé de 5 % au troisième trimestre, quand les analystes attendaient une baisse de moins de 2 %. La sanction s’est pourtant limitée à un léger repli vite digéré. Le titre évoluait déjà près de son plus bas annuel, et le secteur traverse sa troisième année de ralentissement.
Les mauvaises nouvelles étaient déjà dans le prix, comme pour l’élève dont on attendait un 7 et qui ramène un 6. Les parents soupirent, mais personne ne tombe de sa chaise.
Inflation américaine
La vraie leçon de la semaine est venue d’ailleurs. Mercredi, le NASDAQ et le S&P 500 ont connu leurs pires séances depuis juillet. Le déclencheur a été l’inflation américaine, remontée à 3,7 % en septembre, un peu plus que prévu. Ceci alors que la Fed a déjà relevé ses taux le mois précédent et doit se réunir de nouveau fin octobre.
En 1999, Warren Buffett comparait les taux d’intérêt à la gravité terrestre. Plus ils montent, plus ils tirent les prix des actifs vers le bas. Une action vaut la somme de tous les profits qu’elle rapportera, ramenés à leur valeur d’aujourd’hui. Pour faire ce calcul, les investisseurs utilisent un taux d’actualisation, qui suit de près les taux d’intérêt. Plus les profits sont lointains, plus la hausse des taux ronge la valeur actuelle de ces derniers. Or la tech, et l’IA en particulier, vend surtout des promesses à long terme. Quand ces promesses sont financées à crédit, la hausse des taux frappe deux fois, sur la valeur des profits futurs et sur le coût de la dette. Les plus endettées l’ont appris à leurs dépens, à l’image de CoreWeave, en chute de 15 %, et d’Oracle, de 9 %.
Secteur de la santé
L’argent ne s’est pas évaporé pour autant. Il a simplement changé de rayon. Jeudi, l’indice santé du S&P 500 a touché un niveau historique, et la banque canadienne RBC a même relevé sa recommandation sur le secteur, au détriment de la technologie. Le raisonnement est simple. Un laboratoire pharmaceutique dégage des profits ici et maintenant, et l’on a besoin de médicaments quel que soit le niveau des taux. Grâce à ce relais, le S&P 500 a terminé la séance en hausse.
Premier bulletin des publications de résultats
La morale de ce premier bulletin tient en une phrase. En Bourse, il ne suffit pas d’être bon, il faut être meilleur que prévu. Ces semaines agitées rappellent aussi l’intérêt d’un portefeuille équilibré, où les élèves discrets du fond de la classe prennent le relais quand les premiers de la classe trébuchent.
Les chiffres de la semaine
- 11,7 milliards d’euros. Les ventes record d’ASML au troisième trimestre 2026.
- 3,7 %. L’inflation américaine en septembre 2026.
- 90 jours. C’est la durée maximale pendant laquelle deux clubs de football anglais sur trois pourraient survivre, si leur propriétaire cessait de les financer.