Les images étaient dignes d’un film d’action, mais elles étaient bien réelles. Toute personne ayant atteint l’âge de raison à l’époque se souvient des horribles clichés des deux avions percutant les deux tours du World Trade Center. De l’effondrement des bâtiments, des visages des rescapés couverts de cendres chargées d’amiante. Et de la panique qui régnait sur le site.
L’Amérique, pourtant éloignée géographiquement des conflits majeurs, se voyait frappée sur son propre sol. Et contrainte de fermer pour le reste de la semaine ses marchés financiers ainsi que son trafic aérien. C’était du jamais-vu, et le choc psychologique était extrême !
Vingt-cinq années après, malgré un monde toujours fortement perturbé, prenons du recul et laissons de côté nos émotions. Analysons les différences et les similitudes entre les conflits géopolitiques de 2001 et ceux de 2026. Le but étant de tirer les bonnes conclusions afin de mieux orienter aujourd’hui nos investissements.
En 2001, le monde était en plein éclatement de la bulle internet
C’est la première distinction avec la situation contemporaine. Le cycle d’investissement était totalement décalé par rapport à celui d’aujourd’hui. Ainsi, aux États-Unis, l’investissement privé domestique brut réel avait connu auparavant, entre début 1999 et mi-2000, six trimestres consécutifs de forte croissance annualisée (allant de 9,9 % à 21,9 %). Ce boom avait été provoqué par la bulle Internet et le bug du passage à l’an 2000. Puis il avait été suivi par une forte contraction des dépenses en équipements et services informatiques. Ce retour de bâton s’était traduit par une période de six trimestres de décroissance de cette même statistique. Allant jusqu’à un point bas de -14,6 % au deuxième trimestre 2001.
En 2001, le choc a été déflationniste
Malgré la violence des attaques, les routes maritimes n’ont jamais été coupées. Un autre fait majeur de ce millésime a été l’entrée officielle de la Chine à l’OMC le 11 décembre 2001. Et ce, après quinze ans de négociations. Même si le commerce mondial s’est contracté en 2001 par rapport à 2000 (passant de 6 450 à 6 180 milliards de dollars), la part de la Chine dans les exportations mondiales a plus que doublé au cours de la décennie. Pour atteindre 9,6 % en 2010.
L’atelier du monde exportait de la déflation en inondant la planète de produits à bas coûts. L’indice d’inflation nominal est passé de 2,8 % fin 2001 à 1,6 % fin 2002. Les cours du pétrole sont passés de 27 dollars le 7 septembre à 20 dollars le baril à la fin de l’année 2001.
Un choc sur l’activité plus vite digéré aux USA que dans le reste du monde
L’impact outre-Atlantique a en réalité été plus marquant dans les mémoires collectives que sur l’activité économique. Certes, la croissance a été négative au troisième trimestre 2001, à hauteur de 1,6 %. Mais la contraction a été de courte durée. En effet, elle a été suivie par une série remarquable de 25 trimestres d’expansion jusqu’à la fin de l’année 2007. Les stigmates ont été plus marqués dans la zone euro, puisque la croissance annuelle n’y a fait que ralentir, passant de 3,7 % en 2000 à 1,8 % en 2001 puis à 0,9 % en 2002. Quant à la croissance mondiale, elle s’est réduite de 4,8 % en 2000 à 2,5 % en 2001 avant de remonter à 3 % en 2002.
Le choc de 2026 est beaucoup plus inflationniste dans une économie mondiale moins mondialisée et dans un fort cycle d’investissements liés à l’intelligence artificielle.
Un cycle d’expansion très fort
Avant ce conflit dans le golfe Persique, le monde n’avait pas encore pansé toutes ses plaies liées au blocage des chaînes de production provoquépar la pandémie de 2020 et au choc énergétique de 2022 causé par l’invasion de l’Ukraine. Après un pic des indices de prix atteint en 2022 et malgré le fort resserrement monétaire qui a suivi, l’inflation n’est jamais redescendue au niveau cible des banques centrales. Le blocage du détroit d’Ormuz ce printemps a fait flamber les cours du pétrole, mais aussi les prix de nombreuses autres matières premières, notamment les produits pétroliers raffinés (essence et diesel) et les engrais chimiques.
Le cycle d’expansion des investissements est actuellement très fort et provoque la flambée de nouveaux composants ainsi qu’une hausse marquée des prix des intrants. La conséquence de l’ensemble de ces éléments est que nous sommes entrés dans un nouveau cycle de resserrement monétaire. La Fed devrait d’ailleurs imiter ses consœurs la semaine prochaine ou au mois d’octobre.
La conclusion : des économies résilientes avec des cycles d’investissement et d’inflation différents
Le point commun entre la situation de 2001 et celle de 2026 est la résilience de l’activité économique américaine et mondiale. Néanmoins, nous sommes dans deux mondes totalement différents :
– En 2001 : pas de blocage du trafic mondial, avec une mondialisation croissante et déflationniste.
– En 2026 : blocage du détroit d’Ormuz, dans un monde moins ouvert pour des raisons de souveraineté et marqué par une augmentation des droits de douane. Le tout dans un contexte de vieillissement de la population mondiale.
La dernière leçon est que les fins de cycles marquées par de forts investissements se traduisent par des trimestres de fort ralentissement, voire de contraction économique. La fin du boom de l’IA devrait être douloureuse lorsqu’elle se produira.
Les chiffres de la semaine
– 2,305€. Le prix moyen du litre de diesel en France au 11 septembre.
– 5000 dollars. La prime promise par Trump à tous les adultes américains en cas de victoire des Républicains aux élections de mi-mandat.
– 53. Le nombre de jours en vagues de chaleur enregistré en France en 2026, un record historique.