Cette citation date de 2014 écrite par le regretté Philippe Bouvard, dans son ouvrage Bouvard de A à Z. Elle résume à elle seule la situation actuelle de la France et de tous ses contribuables. Nous vivons depuis 1974 (date du dernier excédent budgétaire, chiffré à 0,1 % du PIB), soit depuis plus de 50 ans, dans un pays qui dépense plus qu’il ne gagne.
Un pays qui dépense plus qu'il ne gagne
Cet État-providence est en théorie une structure nationale des plus solides. En effet l’économie française est l’une des plus importantes au monde (la 7ème en 2025). Le travail effectué au fil des siècles par tous nos aïeux, ainsi que le nôtre aujourd’hui, a permis d’accumuler une richesse nationale nette (actifs moins dettes, y compris celles de l’État) colossale. Elle est estimée par l’INSEE à 20 235 milliards d’euros en 2025.
Alors, soyons logiques et réalistes. La France ne doit pas faire faillite. Elle doit simplement faire face à cette tension en effectuant les bons choix. Le marché nous y contraint. Nous dressons donc le bilan actuel et explorons les différentes pistes permettant de rassurer nos créanciers.
Des États endettés face à la richesse des autres agents économiques
Selon un rapport de l’INSEE publié le 29 septembre, la dette de l’ensemble des administrations publiques françaises à fin juin, au sens de Maastricht, s’établissait à 3 595,5 Md€. Soit 119 % du PIB. Au-delà de ce ratio, ce qui effraie est l’accroissement respectif de celle-ci. De 75,8 Md€ et de 59,6 Md€ au premier et au deuxième trimestre.
C’est un fait incontestable : les finances publiques vont mal et la situation s’aggrave.
La France n’est cependant pas un cas isolé. En effet, le géant américain aux pieds d’argile affiche un ratio similaire de 122,6 % au premier trimestre, selon la Réserve fédérale de Saint-Louis. L’endettement public est un fléau mondial actuel. En avril dernier, le FMI avait tiré la sonnette d’alarme avec des chiffres édifiants. Un ratio de 94 % du PIB mondial en 2025 qui devrait atteindre 100 % en 2029, un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.
Hausse de l'inflation, dette et tensions
La tension française intervient dans un contexte de hausse de l’inflation. Et ce, principalement en raison du conflit dans le Golfe persique, et de dégradation généralisée des finances publiques. Les créanciers réclament davantage de prime de risque. Cela se traduit par un supplément de rémunération de 150 points de base (1,50 %) aujourd’hui pour la France par rapport à l’Allemagne. De surcroît, les hedge funds se sont fait un malin plaisir de spéculer contre notre dette à l’approche de la présentation du futur budget à l’Assemblée nationale.
Des ménages et des entreprises non financières riches
Cessons de nous lamenter et faisons le bilan des agents économiques au patrimoine net excédentaire. En France, en 2025, les ménages et les entreprises non financières disposaient d’une richesse nette respective de 15 298 et de 4 063 milliards d’euros, soit 96 % de la richesse nationale nette. Ce sont donc les piliers de la solvabilité de notre pays et ces deux acteurs ont vu leurs actifs nets progresser l’année dernière. Il faut également noter que les actifs financiers des citoyens avoisinaient 7 187 milliards d’euros.
Un plan en plusieurs étapes pour restaurer la confiance
Dans l’esprit collectif, la dette de l’État est logée dans une structure à part et ne nous concerne pas. C’est entièrement faux ! Son poids repose sur chacun des 69 millions d’habitants de la métropole et des départements d’outre-mer, soit plus de 52 000 euros par personne à fin juin.
Prenons un exemple tout simple. Lorsque nous achetons une maison de 300 000 euros, financée à 100 % par crédit, notre patrimoine net n’augmente pas de 300 000 euros. Il progressera au fur et à mesure que la dette sera remboursée. C’est exactement la même chose avec l’État.
Convaincre nos créanciers de notre crédibilité
Ne paniquons pas ! Nous n’avons pas besoin de rembourser intégralement cette dette aujourd’hui et nos actifs ne seront pas ponctionnés de la totalité des sommes dues. Nous devons simplement convaincre nos créanciers de notre crédibilité. Cela doit se faire en plusieurs étapes. La première consiste à adopter un budget cohérent ; la balle est donc dans le camp du gouvernement et des députés de l’Assemblée nationale. Ce sera un premier test de solidarité nationale. La seconde consiste à élire un président ou une présidente, ainsi que des députés, soucieux et capables de restaurer durablement les finances publiques. C’est-à-dire d’atteindre à terme un excédent primaire (i.e. hors charges d’intérêts), lesquelles continuent malheureusement de s’alourdir.
L'absence de visibilité inquiète davantage que la dette
À fin juillet 2026, le solde d’exécution budgétaire sur les sept premiers mois de l’année était déficitaire. Il est passé de 145,91 milliards d’euros, contre 141,69 milliards d’euros à fin juillet 2025. Ce qui montre que ce n’est pas tant l’aggravation de la situation actuelle qui inquiète les investisseurs que l’absence de visibilité. À fin juillet 2026, les charges de la dette de l’État atteignaient 44 milliards d’euros.
Pour dégager un excédent primaire en 2026, il aurait fallu réaliser un effort d’une centaine de milliards d’euros. A la fois sur les dépenses et sur les recettes. En plus de la situation nationale, l’ensemble des États déficitaires doivent réduire leurs déficits, y compris les États-Unis. De surcroît, la fin du conflit dans le Golfe persique ferait baisser l’inflation et donc les taux d’intérêt nominaux, même si les taux réels resteraient à un niveau élevé, en l’absence d’efforts suffisamment convaincants. En dehors de ces éléments, la véritable question de 2027 n’est peut-être pas : « Qui va gagner ? » C’est peut-être plutôt celle-ci : quel candidat osera expliquer aux Français comment il compte faire croître l’économie plus vite que les intérêts de sa dette, en l’absence d’un État-providence ?
Les chiffres de la semaine
- 4,98 %. Le rendement à 10 ans de l’OAT française le 2 octobre, soit au plus haut depuis 2002.
- 3 596 milliards d’euros. La dette publique à fin juin 2026 de l’ensemble des administrations françaises, selon les critères de Maastricht, recensée par l’INSEE.
- 20 235 milliards d’euros. La richesse nette de la France, fin 2025 selon l’INSEE.