C’est acté. La Fed vient d’initier un nouveau cycle de resserrement monétaire en ce mercredi 16 septembre 2026. Et ce, quelques mois après ses consœurs européenne et japonaise.
Pour la dixième fois aux États-Unis depuis le premier choc pétrolier, nous allons connaître une période où le loyer de l’argent va devenir de plus en plus cher. La facture sera donc plus salée. Pour l’État fédéral, les collectivités, les entreprises et les consommateurs qui se finançent sur le court et le moyen terme. Largement anticipée, cette décision n’en perturbe pas moins les investisseurs. Ces derniers se voient contraints de revoir leurs allocations et de se poser les bonnes questions. Quelle sera l’ampleur et la durée de ces hausses de taux ? Quelles en seront les conséquences pour les actifs financiers ?
Hausse des taux
Même si l’inquiétude va perdurer tout au long de ce nouveau chapitre monétaire, ne cédons pas à un excès de pessimisme. En effet, l’Histoire nous enseigne que l’incertitude ne dure que quelques mois avant de laisser place à une nouvelle hausse des indices boursiers, à condition, évidemment, de ne pas basculer dans la récession.
Des marchés perturbés, mais pas baissiers
C’est contre-intuitif, mais la statistique est formelle. Les vents contraires liés à la hausse des taux directeurs ne sont pas éternels, loin de là.
Certes, une hausse des taux, sur le papier, fait baisser la valeur actuelle des actifs financiers par un effet d’actualisation. C’est ce que nous subissons actuellement avec le renchérissement des rendements des obligations à long terme depuis fin juin. Ainsi, les taux à 10 ans ont atteint, outre-Atlantique, un nouveau sommet depuis 2007 à 5,04 % ce mardi 15 septembre. Cette onde de choc est mondiale. Les taux allemands et français ont également connu ce même jour un pic depuis 2008. Respectivement à 3,57 % et 4,55 %. La consolidation actuelle des marchés est donc liée à une double peine. La hausse des taux directeurs des banques centrales, couplée à une forte progression des taux longs. Le tout dans un contexte de choc énergétique.
Pour autant, une période de durcissement monétaire n’est pas synonyme de chute des actions. Au-delà du traumatisme psychologique, une banque centrale, et surtout la Fed, rehausse sa politique monétaire lorsque l’activité économique est solide et résiliente. Dans ce cas de figure, celle-ci se concentre davantage sur la problématique des prix. Cela a encore été très bien expliqué par son président ce mercredi dans le cadre du double mandat de l’institution monétaire.
L'inflation demeure élevée
« L’inflation demeure trop élevée, et cela, depuis trop longtemps », a précisé Kevin Warsh au cours de sa conférence de presse. Aujourd’hui, les États-Unis sont dans une situation de plein emploi. Avec un chômage bas qui devrait le rester, selon les prédictions des membres du FOMC.
Cette configuration de croissance bien réelle, amplifiée en valeur nominale dans le cas d’une accélération de l’inflation, est, quoi qu’on en dise, plutôt favorable aux bénéfices des entreprises. Excepté bien entendu pour celles ne disposant pas d’un pricing power suffisant ou étant très endettées. C’est logique : tous les chefs d’entreprise ne rechignent pas à payer leur crédit un peu plus cher. Mais si leur chiffre d’affaires et leurs profits augmentent davantage.
À titre personnel, je vais donc vivre mon sixième cycle de durcissement monétaire. Et la banque JP Morgan vient d’illustrer et de synthétiser mes propos dans une note récente. A savoir : depuis 1958 (soit presque 70 ans !), la performance historique de l’indice S&P 500 est plus faible. Mais elle est positive d’un peu plus de 1 %, un mois avant et après la première hausse des taux directeurs.
L’espérance de gains est même légèrement négative trois mois après ce premier relèvement. Pour se redresser progressivement par la suite à 3,9 % et à 4,4 %, respectivement six mois et douze mois après. Par conséquent, la tendance historique laisse présager un léger rebond technique ces prochaines semaines. avec une volatilité plus élevée et des indices toujours sous pression dans les trois prochains mois.
Quelles sont les facteurs à surveiller ?
Est-ce une règle infaillible ? Évidemment que non. Il faut rester attentif du haut de sa vigie, surtout à moins de deux mois des élections de mi-mandat. Et veiller à ce que l’activité économique ne ralentisse pas excessivement pour éviter de basculer en récession. Sur ce point, et pour le moment, les indicateurs, les modèles de prévisions économiques et les sondages auprès des investisseurs et des économistes sont plutôt rassurants. Ainsi, entre autres, l’estimation en temps réel de la croissance du PIB américain de la Fed d’Atlanta (selon le modèle GDPNow) a accéléré depuis août pour pointer au-dessus de 5 %.
Le champagne ne coulera pas à flot
Selon sa dernière enquête auprès d’investisseurs institutionnels, la banque américaine BofA révélait qu’à peine 10 % des personnes interrogées anticipaient une récession d’ici les douze prochains mois.
Certes, il faut se méfier des vues trop consensuelles. En effet lorsque celles-ci se matérialisent, les espérances de gains sont beaucoup plus modestes. Et dans le cas contraire, l’effet « porte de saloon » est beaucoup plus violent et plus douloureux. Car tout le monde est pris à revers.
Mais l’analogie que l’on pourrait faire aujourd’hui pour les gagnants de cette économie en K est que le champagne ne coulera plus à flot ces prochains mois. Il faudra faire preuve de davantage de sobriété. Tout en précisant que la fête n’est, pour le moment, toujours pas terminée.
Quelle sera l’ampleur de ce durcissement monétaire ?
C’est la question clé. D’ailleurs, Kevin Warsh préfère avancer masqué sur ce sujet et s’est clairement désolidarisé de ses collègues. Sur ce point, plusieurs stratégistes estiment qu’il faudra que l’écart de rendement entre les obligations fédérales à 2 ans et à 10 ans soit nul pour pouvoir affirmer que le nouveau cycle de relèvement des taux est pleinement anticipé. Actuellement, le taux à 2 ans ressort à 4,72 % et celui à 10 ans à 4,97 %. Cela signifierait qu’il faudrait encore un relèvement supplémentaire de 0,25 point de pourcentage par rapport au consensus pour que la courbe des taux redevienne plate.
Ensuite, conformément aux statistiques historiques décrites précédemment, un nouveau cycle haussier des actions pourrait se mettre en place, à condition que les profits soient toujours au rendez-vous.
Les chiffres de la semaine
- 5,04 %. Le rendement à 10 ans des obligations souveraines américaines, le 15 septembre, soit un plus haut depuis 2007.
- 4 %. Le taux directeur de la Fed (objectif maximal des Fed Funds).
- 4,4 %. La performance moyenne de l’indice S&P 500, 12 mois après le 1er relèvement des taux directeurs de la Fed, mesurée par JP Morgan depuis 1958.