La bourse de Paris et l’élection présidentielle

Il s’agit à ce jour de la 14ème personnalité ayant publiquement déclaré son intention d'être candidate à l'élection présidentielle française de 2027. Marine Le Pen a annoncé ce 7 juillet qu’elle sera la représentante du parti en tête dans les sondages pour le premier tour du dimanche 18 avril.

Au-delà du clivage et de l’instabilité politique de notre pays, prenons comme toujours du recul. Analysons le comportement historique des actions tricolores depuis 1974 (soit plus d’un demi-siècle), au cours de cette période si particulière des neuf dernières élections à la présidence de la Vème République. Nous avons retenu comme références quatre dates utilisées pour effectuer cette étude. Le 1er juillet et le 31 décembre précédant l’échéance électorale, ainsi que la veille et le lendemain de chaque premier et second tour. 

Quelles en sont les conclusions ? Quand faut-il acheter ou vendre les actifs financiers de l’Hexagone ?

Ce travail d’étude est beaucoup plus ardu avant le 31 décembre 1987. Date qui correspond au niveau initial de 1 000 points de l’indicateur de référence vedette des actifs risqués français. Pour rappel l'indice a été créé par la Compagnie des Agents de Change (CAC) et utilisant l’acronyme de Cotation Assistée en Continu. Auparavant, nous avons dû effectuer des recherches dans les archives et utiliser l’indice de la Bourse de Paris de l’INSEE, ainsi que d’autres données consultables dans les cotes Desfossés antérieures.

Nous sommes à moins de 300 jours du second tour. L’élection peut nous sembler être de plus en plus proche, mais, pour un investisseur, c’est encore loin. De ce fait, le contexte économique ou géopolitique mondial importe davantage pour la performance des marchés que la situation domestique.

Ainsi, toutes les mauvaises performances observées entre le 1er juillet et le 31 décembre précédant les élections de 1974 (-15 %), de 1988 (-35 %), de 2002 (-11,50 %) et de 2012 (-21,15 %) s’expliquent respectivement par le second choc pétrolier de 1973, le krach boursier d’octobre 1987, les attentats du 11 septembre 2001 et la crise de la zone euro liée à celle de la Grèce en 2011.

De surcroît, il est possible d’observer des performances positives sur ces mêmes périodes avant les élections de 1981 (+3,66 %), de 1995    (+0,44 %), de 2007 (+11,59 %), de 2017 (+14,75 %) et de 2022 (+9,14 %). Toutefois, pas de cocorico, ni de conclusion hâtive ! L’indice allemand DAX s’est mieux comporté sur la même période avant les élections de 1995 (+3,44 % contre +0,44 %), de 2007 (+16,08 % contre +11,59 %), de 2017 (+17,44 % contre +14,75 %) et pendant la crise de 2011 (-20,04 % contre -21,15 %). Même si les pondérations sectorielles sont différentes des deux côtés du Rhin, une légère prime de risque existe bien sur les actions françaises, mais elle ne semble pas encore justifier leur vente. 

Nous rentrons dans le vif du sujet sur cette période correspondant plus ou moins aux 100 jours précédant le premier scrutin. Au premier abord, le bilan avant le premier tour ne semble pas particulièrement alarmant, avec cinq hausses (1988, 1995, 2007, 2012 et 2017), deux baisses (1974 et 2022) et deux périodes stables (1981 et 2002). Ce premier constat est plutôt rassurant, mais il s’avère très incomplet, car la Bourse de Paris a fait preuve d’une volatilité supérieure, avec des points bas plus marqués que ceux de Francfort. 

Ainsi, un investisseur français ayant conservé ses actions françaises au 31 décembre précédant l’élection s’est toujours retrouvé dans une situation de pertes latentes si l’on se réfère aux points bas enregistrés sur ces périodes, allant de   1 % en 2012 à 16,64 % en 2022. En d’autres termes, l’épargnant aurait dû vendre ses positions dans tous les cas depuis 1974 pour les racheter par la suite, avant ou après l’élection. De plus, on peut constater une nette sous-performance du marché français par rapport à l’indice DAX allemand au cours d’une période allant de la mi-janvier ou du début février jusqu’à la fin mars-début avril. Cela correspond pleinement à la période d’incertitude durant laquelle l’issue de l’élection présidentielle reste inconnue et où les investisseurs évitent d’investir tant que le nom du vainqueur leur paraît incertain.

Les investisseurs détestent les incertitudes. Le meilleur exemple est l’élection surprise de François Mitterrand le 10 mai 1981, avec à la clé plusieurs séances de non-cotation des valeurs françaises et de lourdes pertes dépassant les 30 % pour une grande partie de la cote, et surtout pour les titres susceptibles d’être nationalisés. Cette Bérézina contraste fortement avec la performance positive de 5 % de l’indice CAC 40 enregistrée au cours du mois ayant suivi sa réélection en 1988. L’élection en 2017 d’Emmanuel Macron n’a pas été sanctionnée, car sa politique économique était accueillie positivement. Il nous semble que la victoire d’un candidat d’un parti n’ayant jamais gouverné jusqu’alors et ayant un programme jugé inquiétant par les marchés constituerait un « nouveau rendez-vous en terre inconnue », synonyme d’importantes vagues de ventes et de fortes baisses.

Ce scénario n’a jamais semblé être aussi réalisable depuis un demi-siècle et apparaît comme un grand défi pour les épargnants, surtout dans un contexte d’une Assemblée nationale très divisée et d’un gouvernement minoritaire. Voilà pourquoi,  l’étude historique de l’évolution de la bourse de Paris, nous semble judicieuse, afin d’aider à prendre des décisions avant cette très importante échéance électorale.

- 14. Le nombre de candidats à ce jour ayant déclaré leur intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.

- 5 %. Le taux de chômage en Italie en mai 2026, son niveau le plus bas depuis 2004.