Le scénario était écrit depuis des mois déjà, voire des années. Nous ne croyons évidemment pas à une simple coïncidence, mais à une préméditation dont la mécanique nous semble bien huilée. Une fois que les valeurs technologiques ont atteint des valorisations stratosphériques, avec une capitalisation boursière de plus de 47 000 milliards de dollars pour l’indice NASDAQ Composite, vient le temps des méga IPO, dont celle de Space Exploration Technologies Corp, alias SpaceX.
IPO de SpaceX : les chiffres donnent le tournis
Comme toujours avec Elon Musk, les chiffres donnent le tournis. 555 555 555 actions de classe A (non, ce n’est pas une erreur) de cette société sont proposées à la souscription au prix unitaire de 135 dollars, pour un montant de 75 milliards de dollars. C’est la plus grosse introduction en bourse de l’histoire pour une société américaine, devant celle de Visa en mars 2008, qui était alors de 17,8 milliards de dollars. Selon les informations disponibles dans le prospectus, l’entreprise serait valorisée à ce prix autour de 1 700 milliards de dollars, soit 700 milliards de dollars pour la participation d’Elon Musk. C’est beaucoup pour une entité qui a accumulé, au 31 mars 2026, plus de 41 milliards de dollars de pertes.
L’enthousiasme pour cette IPO va-t-il exploser en plein vol ?
Une faculté américaine exceptionnelle à financer à perte des valeurs de croissance
Amazon a devancé Walmart en 2025 pour devenir l’entreprise américaine réalisant le plus gros chiffre d’affaires en milliards de dollars (717 contre 713 pour Walmart). Son résultat net (en normes comptables US GAAP) a été de 77,7 milliards de dollars. Mais souvenez-vous du temps des pertes entre 1995 et 2002 pour devenir le leader mondial de la vente en ligne. Il aura fallu attendre 7 ans pour la transformation de la société en modèle profitable. Le charismatique Elon Musk a su, dans le passé, abuser de la patience de Wall Street avec Tesla. La société, fondée en 2003, a attendu 2020 pour dégager des profits, malgré ses atouts d’acteur révolutionnaire du véhicule électrique. Il est difficile aujourd’hui d’évaluer cette trajectoire pour SpaceX, puisque les pertes ont été de 4,94 milliards de dollars en 2025 et de 4,28 milliards de dollars rien que pour le 1er trimestre 2026. Dans son prospectus d’introduction en bourse, la société écrit qu’elle ne peut prédire la trajectoire de sa croissance, ni la date de sa profitabilité.
Qui est SpaceX aujourd’hui ?
L’image qui nous vient en tête quand on prononce le nom de cette société est celle d’une fusée. Cette activité, plus risquée, est désormais ultra-minoritaire. Et ce, malgré 40 lancements cette année, car l’entreprise est constituée de trois branches distinctes que sont l’espace, la connectivité et l’intelligence artificielle. La répartition des revenus au 1er trimestre entre les trois entités a été respectivement de 13 %, 69 % et 18 %. En ce qui concerne la profitabilité, il n’y a pas photo, car seule l’activité connectivité, dotée de 10,3 millions d’abonnés Starlink, est profitable.
L’IA absorbe actuellement la grande majorité des investissements.
SpaceX est une entreprise de croissance qui continue d’investir dans toutes ses activités. Cependant, l’entreprise texane n’échappe pas à la dure loi de la jungle. Et la part prépondérante de ses investissements (76%) va dans sa filiale xAI. Cela représente 7,7 milliards de dollars, contre 1,05 milliard pour l’espace et 1,33 milliard pour la connectivité. La tendance actuellement est à une accélération de ces dépenses en infrastructures et en équipements.
La valorisation de xAI, clé pour bien évaluer SpaceX
En février 2026, SpaceX a absorbé xAI par échange de titres. Les conditions en dollar de cette opération ont été de 250 milliards pour xAI et de 1 000 milliards pour SpaceX. Cette évaluation de xAI doit se comparer directement à la valorisation post‑augmentation de capital de ses principaux concurrents. Tels que sont OpenAI (850 milliards en mars-avril 2026) et Anthropic (965 milliards en mai 2026). Tout dépendra donc de la performance de son principal modèle de grand langage qu’est Grok. Et dont les performances sont avantagées par un accès plus rapide aux données, grâce au réseau de satellites Starlink.
Une dérogation pour entrer rapidement dans l’indice NASDAQ
On sait dorénavant que le titre SpaceX ne bénéficiera pas de dérogations pour intégrer plus rapidement l’indice S&P 500. L’enjeu est énorme, car il s’agit de capter les flux gigantesques des ETF. Néanmoins, l’entreprise a bénéficié d’une condition accélérée pour entrer dans l’indice NASDAQ, selon l’Agefi, après 15 séances de cotation. Cet assouplissement des règles permettra d’assurer un flux important d’acheteurs après les souscripteurs de l’IPO. En dépit de notre scepticisme sur la profitabilité du modèle IA de SpaceX, ces éléments de marché constituent, selon nous, des facteurs importants qui devraient contribuer au succès à court terme de cette introduction en bourse.
Les chiffres de la semaine
- 555 555 555. Le nombre d’actions SpaceX qui seront proposées au public au prix unitaire de 135 dollars.
- 75 milliards de dollars. Le montant des actions SpaceX proposées au marché, soit plus de 4 fois le précédent record de 2008 avec Visa.
- Entre 1700 et 1750 milliards de dollars. La capitalisation boursière de SpaceX à son introduction.