Effet Warsh, coup de froid sur l'emploi : le cocktail qui enivre les marchés

Les banquiers centraux du monde entier se sont réunis cette semaine sous le soleil de Sintra, au Portugal, pour le grand symposium annuel de la Banque Centrale Européenne. C'est en quelque sorte le "Davos de la politique monétaire". Un rendez-vous incontournable. Où les maîtres de la finance mondiale dessinent les grandes lignes de notre avenir économique loin du tumulte des salles de marché.

Si le cadre lusitanien se prêtait à la détente estivale, l'attention des investisseurs était, elle, à son comble. Tous les regards, ou presque, étaient braqués sur Kevin Warsh. Le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine, effectuait là sa première véritable apparition internationale aux côtés de ses homologues.

Très attendu au tournant pour ses grands débuts, Kevin Warsh a su enfiler, avec une redoutable habileté, le costume de grand argentier mondial. Concrètement, quel message envoi-t-il aux marchés ? Qu'il navigue sereinement, sans céder aux pressions politiques d'un côté, ni aux sirènes parfois trop alarmistes des marchés de l'autre.

Lors des échanges, il a tenu un discours empreint de pragmatisme. En soulignant que les risques liés à l'inflation avaient diminué au cours des quatre dernières semaines, offrant ainsi une bouffée d'oxygène bienvenue aux investisseurs. Il faut dire qu'il a été bien aidé par un facteur externe de taille : la récente baisse des prix du pétrole.

Le message essentiel que Kevin Warsh a voulu faire passer est éminemment pédagogique. S'il refuse de crier victoire trop vite et réaffirme que l'objectif fondamental de l'institution reste de ramener l'inflation à 2 %, il rompt avec les habitudes de ses prédécesseurs en refusant de s'enfermer dans des annonces trop prospectives. Il prouve ainsi qu'il pilotera à vue. Et ce, en fonction des données économiques réelles et de la courbe des taux. Et la finance adore cette approche. Une banque centrale apaisée, indépendante et mesurée est perçue comme la garante ultime de la performance boursière. 

Pendant ce temps, sur le Vieux Continent, la partition se joue avec beaucoup moins d'unanimité. La Banque Centrale Européenne fait actuellement face à un véritable dilemme. Il y a seulement trois semaines, l'institution avait pourtant relevé ses taux directeurs d'une seule et même voix, en réaction aux conséquences de la guerre en Iran sur le coût de l'énergie. Mais aujourd'hui, le consensus s'effrite et les avis divergent fortement en interne.

L'explication est simple : l'inflation en zone euro a ralenti beaucoup plus vite que prévu pour s'établir à 2,8 % en juin, portée par la chute brutale des cours de l'or noir. 

Conséquence de cette bonne surprise, certains membres de la BCE plaident désormais pour une pause sur les taux d'intérêt. Tandis que les plus prudents, à l'image du chef économiste Philip Lane, redoutent que la crise énergétique passée ne se traduise par des hausses de salaires qui viendraient relancer l'inflation de l'intérieur.

De l'autre côté de la Manche, la situation requiert encore une autre lecture. Andrew Bailey, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, a adopté un ton beaucoup plus tranchant. Il a prévenu que des baisses de taux n'étaient absolument pas à l'ordre du jour dans l'immédiat. Pour bien comprendre cette rigidité britannique, il faut s'intéresser au fonctionnement de leur marché intérieur. Le Royaume-Uni utilise un mécanisme de plafonnement des prix de l'énergie pour les ménages qui ne s'ajuste que tous les trois mois. La transmission de la crise énergétique y est donc retardée. Cette mécanique oblige la banque centrale à maintenir sa garde haute. Et ses taux élevés plus longtemps que les autres, par crainte d'un choc tarifaire à retardement. 

Mais le véritable catalyseur de cette fin de semaine, celui qui éclaire parfaitement la sérénité affichée par Kevin Warsh, nous vient du marché du travail américain. Et c'est ici qu'intervient l'un des concepts les plus contre-intuitifs, mais essentiels, de la Bourse. Il s'agit du paradoxe où "les mauvaises nouvelles économiques font les bonnes nouvelles financières". Le rapport sur l'emploi publié ce jeudi est ressorti nettement en deçà des attentes.

Les embauches ont brutalement freiné aux États-Unis en juin, avec seulement 57 000 créations de postes, un chiffre largement inférieur aux prévisions de Bloomberg de 113 000 créations. Ce violent coup de frein s'explique notamment par une contraction marquée dans le secteur des loisirs et de l'hôtellerie. Secteur, qui a enregistré son plus fort recul mensuel depuis l'année 2020. De plus, le taux de participation à la population active (la part de la population en âge de travailler qui est soit actuellement en emploi, soit à la recherche active d'un emploi) a lourdement chuté, touchant un point bas sur plus de cinq ans à 61,5 %. 

Pour le grand public, un ralentissement des embauches est évidemment une source d'inquiétude. Mais pour l'investisseur, c'est le signal tant espéré d'un soulagement monétaire. En effet, un marché du travail qui tourne à plein régime oblige les entreprises à augmenter massivement les salaires pour attirer et retenir les candidats, ce qui alimente inexorablement la spirale de l'inflation. À l'inverse, un marché du travail qui se détend signifie moins de pression sur les salaires, donc moins d'inflation à terme. Et si l'inflation baisse, la banque centrale n'a plus besoin d'asphyxier l'économie avec des taux d'intérêt élevés. La réaction ne s'est pas fait attendre, les investisseurs ont immédiatement revu à la baisse leurs anticipations de resserrement monétaire. Les rendements de la dette obligataire se sont détendus et les marchés actions ont bondi.

Ce subtil équilibre, où l'économie ralentit juste assez pour tuer l'inflation sans pour autant plonger dans une récession destructrice, est ce que les économistes appellent le scénario « Goldilocks » (Boucles d'or, ni trop chaud et ni trop froid). Un scénario idéal pour vos placements, de quoi clôturer la semaine sereinement et partir en week-end avec le sourire. 

- 57 000. C'est le nombre d'emplois créés aux États-Unis en juin. Un coup de frein brutal qui ravit paradoxalement les marchés, espérant une future baisse des taux.

- 3 milliards. C'est le nombre d'utilisateurs WhatsApp qui pourront bientôt créer un pseudonyme. L'objectif ? Renforcer la confidentialité en permettant de discuter sans jamais dévoiler son numéro personnel.