Sauve qui peut sur les marchés, c’est Trump 2.0 !

C’est fait ! Depuis le 13 novembre, Donald Trump et les Républicains ont la certitude d’avoir gagné les scrutins, à la fois pour la présidence et pour le Congrès. Ils ont obtenu la majorité des grands électeurs, des sénateurs et des représentants à la Chambre.

C’est une victoire totale pour les rouges et une défaite cinglante pour les bleus (les Démocrates). Par conséquent, dès son investiture le 20 janvier prochain, le 47ème président des États-Unis aura les mains libres pour gouverner et appliquer, en théorie, tout son programme.

Si le dénouement rapide de l’élection présidentielle a été initialement salué par le marché, la perspective de voir les pleins pouvoirs attribués à Donald Trump effraie peu à peu les investisseurs non américains. Le slogan MAGA ou Make America Great Again n’est valable que pour les actions du pays de l’Oncle Sam. Ailleurs et surtout dans le Vieux Continent, un mouvement de ventes massives a entraîné les bourses européennes au plus bas depuis juillet dernier. Et l’indice CAC 40 est en performance négative depuis le début de l’année.

Une fois élu, le nouveau président et son gouvernement pourront agir soit librement, soit avec l’accord du Congrès. Trump pourra utiliser, dès la fin janvier, l’arme des Executing Order ou décrets pour initier seul une partie de son programme. Une des premières mesures concernerait l’application d’une hausse des droits de douane de 10% à 60%. Tout dépendra si le nouveau locataire à la Maison-Blanche souhaite négocier avec les pays concernés, surtout ceux membres initiaux de l’Accord de libre-échange nord-américain ALENA (Canada et Mexique). Ces accords ont été modifié sous Donald Trump en 2018 et rebaptisé Accord États-Unis-Mexique-Canada AEUMC ou USMCA en anglais. Actuellement, la plupart des biens et toute une série de services sont exemptés de taxes.

Pour les autres, point de salut. Une hausse des droits de douane est à prévoir au plus tard au 1er semestre 2025. Cette épée de Damoclès explique le désamour actuel pour les actions européennes.

Par conséquent, il y a peu d’espoir à court terme de voir des flux acheteurs dans notre zone. Pourtant, de telles situations sont en général propices aux bonnes affaires, car les ventes sont générales et sans discernement.

Actuellement, l’écart de valorisation entre les actions européennes et américaines est au plus haut depuis l’existence des indices européens. Le PER à 12 mois de l’indice S&P 500 est à 23,35 contre 13,33 pour l’indice Stoxx Europe 600. Soit une prime de plus de 75% !

Même si la composition de ces deux indicateurs est très différente, cela vaut la peine de ne pas céder à la panique et d’identifier les sociétés peu exposées au risque de taxation. Par ailleurs, des opportunités dans d’autres entreprises visées par les droits de douane existent, car le recul de leur titre est sans doute excessif. Cependant, à plus de deux mois avant la mise en place des nouvelles mesures, il est encore trop prématuré de les acheter. 

Il convient donc, pour le moment, de ne pas céder à la psychose.

Donald Trump étant un personnage charismatique et médiatique, toutes ses décisions sont diffusées, scrutées, et archi-commentées. Cette surexposition provoque des surréactions boursières à tous ces évènements.

Depuis l’élection, l’actualité s’est concentrée sur les nouvelles nominations. La plus controversée concerne celle de Robert Kennedy, neveu de l’ancien Président assassiné John F. Kennedy et fils de Robert Kennedy, également assassiné. Cet ancien avocat démocrate a créé la surprise en obtenant le poste de Secrétaire d’État au département de la Santé et des Services Humains.

Cet antivax a créé un séisme sur les valeurs de la santé et plus particulièrement sur celles commercialisant des vaccins.

Là encore, le marché surréagit par des ventes massives. Les investisseurs se mettent à spéculer sur une baisse d’approbation de nouveaux médicaments et une baisse des ventes de vaccins. Si l’on se réfère à ses propos, l’homme milite pour la liberté individuelle de se faire vacciner ou non et pour une administration plus efficace et moins corrompue. À aucun moment, il n’a été fait mention de ne pas autoriser tous les nouveaux produits innovants en élaboration actuellement et qui devraient voir le jour ces prochaines années. Sa nomination doit être approuvée par le Sénat, nouvellement aux mains des Républicains.

Dans le passé, seul Lewis Strauss, le 19 juin 1959, s’est vu refuser sa nomination. Celle-ci devrait être une formalité, même si certains sénateurs républicains y sont farouchement opposés.

218.
Le nombre de représentants à la Chambre du Congrès américain obtenu par les Républicains, soit la majorité.

75,3 %
Le taux d’utilisation des capacités de production industrielle (TUC) en France, au plus haut depuis mars.

Election Trump – La vague rouge propulse Wall Street au sommet

Les marchés ont eu raison, car ils anticipaient à juste titre une victoire de Donald Trump.

La surprise est venue du dénouement ultra rapide de cette élection présidentielle. Et ce, contrairement aux sondages, qui prédisaient un scrutin serré, voire trop contesté dans des États indécis pour désigner immédiatement un vainqueur. L’affaire fut considérée comme pliée dès 2 heures 24 du matin le 6 novembre, grâce à la Caroline du Nord et surtout à la Pennsylvanie. Six minutes plus tard, le leader du parti Républicain prononçait son discours victorieux, avant même d’obtenir officiellement les 270 grands électeurs.

Fidèle à son image et à sa réputation, le très charismatique tribun n’a pas lésiné sur son langage : « Ce sera vraiment l’âge d’or de l’Amérique ! ». Les investisseurs ont compris le message cinq sur cinq. Ils ont acheté frénétiquement et massivement des actions américaines, telle la ruée vers l’or de 1848, propulsant ainsi les bourses d’outre-Atlantique à un nouveau record historique. Les cryptomonnaies ne sont pas en reste, avec un bitcoin désormais au-delà de 75 000 dollars. Du jamais vu. 

Que va-t-il se passer maintenant ? 

Il n’y a pas photo, la victoire est indiscutable. Contrairement à 2016, Donald Trump a même gagné le vote populaire, avec une avance de plus de 4,4 millions de votes sur plus de 83% des bulletins dépouillés. Les Républicains ou les rouges, comme on le pressentait, ont également repris le contrôle du Sénat.

Ils sont à quelques sièges de conserver la Chambre des Représentants et devraient donc gagner cette triple élection. Par conséquent et sauf imprévu de dernière minute, Donald Trump disposera des pleins pouvoirs dès son investiture, prévue le 20 janvier prochain, en tant que 47ème président des États-Unis. 

Les Républicains pourront mettre en place leur programme dans sa quasi-totalité. Selon BNP, le coût total des mesures avoisinerait la somme colossale de 7 000 milliards de dollars. Cela promet un effet dopant considérable pour l’économie de la première puissance mondiale !

Malheureusement, rien n’est gratuit dans ce bas monde. Le déficit fédéral déraperait de l’ordre de 4 900 milliards de dollars par rapport aux estimations déjà alarmantes du Congressional Business Office (CBO). L’aggravation des déficits provoquerait une augmentation des projections du ratio de dette sur PIB en 2034 de 137% à plus de 148%.

La hausse colossale des recettes douanières et l’annulation des crédits pour les énergies renouvelables dans la loi IRA ne suffiraient pas à combler l’énorme trou.

Les marchés ne se sont pas trompés. Une aggravation des déficits et de la dette signifie une hausse des taux d’intérêt à long terme, avec un rendement à 10 ans atteignant un pic depuis juillet à 4,47%. Il faudra donc trouver de nouvelles économies dans le budget de l’État. Elon Musk est souvent cité comme étant l’homme providentiel pour réaliser des coupes drastiques dans les dépenses. Et ce grâce notamment à l’intelligence artificielle. 

En attendant, ces mesures gigantesques de relance dans une économie en bonne santé font craindre une reprise de l’inflation. Pour le moment, les banques centrales poursuivent leur assouplissement monétaire. Récemment les taux directeurs de la Fed et de la Banque d’Angleterre ont baissé de 25 points de base. Dans sa conférence de presse du 7 novembre, Jerome Powell a confirmé sa confiance dans un retour de l’inflation autour des 2%. Une prochaine baisse de 25 points de base est donc prévisible en décembre. Pour 2025, cela dépendra des données économiques et des mesures fiscales mises en place.

Nous sommes donc actuellement dans un scénario idéal, qui bénéficie du meilleur des deux mondes. Plus de croissance prévisible, grâce à une relance fiscale dans un contexte d’assouplissement monétaire. Cet état de grâce pourrait durer jusqu’au moins fin janvier. Avant la mise en place des tarifs douaniers et d’éventuelles velléités de la Fed de ne plus baisser ses taux le 29 janvier ou le 19 mars.

Dans ce contexte, les investisseurs continueraient, selon nous, de privilégier les actions américaines. Notamment les valeurs domestiques et celles bénéficiant le plus de la dérégulation comme les bancaires. Des consolidations seraient possibles à court terme, mais ne devraient pas remettre en cause la domination des États-Unis. Il faudrait donc un nouveau plan de relance en Europe. L’éclatement de la coalition allemande pourra-t-il aboutir à un nouveau gouvernement outre-Rhin en mars prochain, souhaitant imiter Donald Trump ?

295
Le nombre de grands électeurs obtenus à ce jour par Donald Trump à l’élection présidentielle (270 sont suffisants pour gagner le scrutin).

325 milliards de dollars
Les liquidités de Berkshire Hathaway à fin septembre.

+38 %
La hausse négociée des salaires chez Boeing ces 4 prochaines années.

Elections US : les marchés croient en une victoire de TRUMP

C’est la dernière ligne droite pour tous les candidats. Ce mardi 5 novembre, plus de 186 millions d’Américains sont appelés à participer à ce triple scrutin (présidentiel, sénatorial et pour la chambre basse nommée Chambre des représentants).  

Les sondages au niveau national sont actuellement très serrés pour la course à la Maison blanche. En effet l’écart entre les deux principaux prétendants est de moins de 1%, en faveur de Kamala Harris.

Pourtant, les marchés ont opté pour un scénario totalement différent, avec une victoire de Donald Trump. C’est également le cas pour les paris en ligne. La cote induit une probabilité de 66% de voir l’ancien président élu pour un nouveau mandat de quatre ans, après sa défaite de 2020.  

Comment expliquer un tel écart entre les sondages au niveau national et les anticipations de victoire ? Quelles seraient les conséquences pour les actifs financiers d’un nouveau succès électoral des Républicains ?

Tout d’abord, il faut maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Le point crucial est que le ou la nouvelle présidente ne sera pas élu(e) au suffrage universel direct. Les élections américaines passent par des grands électeurs, dont le nombre varie dans chaque État, selon l’importance de sa population.

Cette différence est de taille, car dans ce système électoral, le candidat victorieux n’est pas forcément celui ayant remporté le plus de voix. C’est inconcevable pour un Français, mais depuis 1988 avec la victoire de George H. W. Bush père, aucun président issu du parti républicain n’a obtenu la majorité des suffrages avant d’exercer son premier mandat. Ce n’est qu’à sa réélection, en 2004, que Georges W. Bush fils a devancé son adversaire en nombre de voix (de plus de 2 millions selon les données officielles). En 2000, il était devancé de plus de 540 000 voix par Al Gore. Donald Trump, malgré sa victoire, a également perdu le vote populaire en 2016. En effet, son adversaire, Hillary Clinton, l’avait devancé de plus de 2 800 000 bulletins, tout comme lors de sa défaite en 2020 contre Joe Biden (7 millions de voix).  

L’élection US se joue donc souvent dans un certain nombre d’États indécis et la victoire dépend souvent d’un nombre limité d’électeurs.  Donald Trump entend bien renouveler ce tour de passe-passe cette année. Les projecteurs seront donc braqués cette année sur 8 États indécis (Arizona, Caroline du Nord, 2ème district du Maine, Michigan, Nevada, Géorgie, Pennsylvanie et Wisconsin).

À l’opposé, tous les présidents démocrates élus depuis 1960 ont gagné le vote populaire. Y compris lors de cette élection très contestée, où John F. Kennedy n’avait devancé Richard Nixon que de 120 000 voix, en gagnant moins d’États, mais plus peuplés.

Voilà pourquoi Kamala Harris n’est pas favorite pour ces élections. Son avance au niveau national est trop faible, puisqu’il il inclut un excédent de plusieurs millions d’électeurs dans le seul État de Californie, qui ne pèseront pas dans les huit États indécis précédemment nommés. Au Sénat, seul un tiers de cette assemblée est soumis au vote et cette année, les Républicains sont favoris pour y reprendre le contrôle, car 23 des 34 sièges en jeu sont détenus par des Démocrates ou indépendants. À la Chambre des Représentants, actuellement sous contrôle des Républicains, les Démocrates sont en mauvaise posture. Par conséquent, Donald Trump est le mieux placé pour remporter non seulement l’élection présidentielle, mais également la totalité du Congrès. Cela équivaudrait à avoir quasiment les pleins pouvoirs !

Historiquement, les marchés américains consolident le mois avant l’élection, devant l’incertitude des résultats. Cette année, l’indice S&P 500 américain a battu son record historique la semaine dernière, car une victoire totale des rouges (les Républicains aux États-Unis) signifie plus de favoritisme pour les entreprises domestiques. C’est du pur populisme, mais taxer les importations comme le souhaiterait Donald Trump, représenterait 540 milliards de dollars de revenus supplémentaires par an pour les douanes du pays de l’Oncle Sam.

Cela permettrait de renouveler le programme de forte baisse d’impôts qu’il avait instauré après 2016 et qui doit arriver à échéance prochainement. 

186 millions
Le nombre  d’Américains éligibles au vote pour le 5 novembre.

883 mm
Le cumul des précipitations en France en 2024, le niveau le plus élevé depuis 40 ans.

Hermès, une marque prestigieuse aux performances exceptionnelles

C’était la publication la plus attendue de tout le secteur du luxe, après les nombreuses déceptions de tous ses pairs. Hermès International, la maison mère du groupe, a, une fois de plus, dépassé les attentes des investisseurs. La groupe a publié une croissance de son chiffre d’affaires consolidé au troisième trimestre de 11,3% sur un an à taux de change constant.

Certes, on est loin des chiffres de 2023, avec une progression de 15,6% pour la même période. Néanmoins, nous pouvons qualifier cette performance de remarquable, tant elle contraste avec celle de ses rivaux LVMH (-3%) et Kering (-16%).

Une fois de plus, il y a la maison Hermès et les autres. Quel est le secret de cette marque si unique, qui en fait un acteur incontournable et exceptionnel dans le luxe ?

La Chine est l’excuse toute trouvée par tous, pour ne pas remplir ses objectifs. Mais très franchement, les publications ont dévoilé d’autres difficultés et défis que doit résoudre chaque entreprise.

LVMH souffre depuis plusieurs trimestres de sa division Vins & Spiritueux. Celle-ci affiche une médiocre décroissance organique de 7% au troisième trimestre, après -5% et -12% respectivement au 2ème et 1ertrimestre.

Le segment Cognac & Spiritueux est en baisse de 11% sur neuf mois. A cause d’une faible demande aux États-Unis, entraînant un fort déstockage, ainsi qu’à la défiance du consommateur et des distributeurs chinois.

La branche Champagne & Vins est également en baisse de 6% sur neuf mois aux États-Unis, du fait d’une faible demande et des conditions climatiques.

Cependant le mal ne s’arrête pas là, la division Mode & Maroquinerie est en décroissance de 5%. Et ce, après des modestes +2% et +1% les trimestres précédents. La Chine, logée dans la zone Asie hors Japon et qui est en baisse de 16% sur un an, est probablement le principal responsable de cette contreperformance.

Quant à Kering, le dernier de la classe, les problèmes sont probablement plus profonds. Avec un sujet d’identité des marques en forte décroissance organique, y compris chez des maisons prestigieuses comme Gucci (-25%) et Yves Saint-Laurent (-12%). Ce groupe devra résoudre à la fois des problèmes d’image et d’attractivité des produits. Un sujet qui prendra plusieurs mois et probablement plusieurs collections avant de remonter la pente.

Qu’en est-t-il d’Hermès ? Les chiffres sont probants. Ils montrent une croissance dans la quasi-totalité des divisions au 3ème trimestre. Le département Maroquinerie-Sellerie affiche une croissance de +14 %. La division Vêtement & Accessoires est en hausse de +13,5 %. Enfin, la division Soie & Textiles (+4%), Parfum & Beauté (+10,6%) et autres métiers (+13,6%).

Seule l’Horlogerie est en difficulté (-18,2%), mais son poids représente à peine un peu plus de 3% de revenus du groupe. 

On a laissé le blingbling de côté, pour la qualité et l’image d’exception portant sur des produits renouvelés, mais conservant une certaine tradition. 

On pourrait penser qu’Hermès International est moins exposée sur la Chine que ses concurrents. C’est faux, car la zone Asie hors Japon a représenté 45% du chiffre d’affaires sur neuf moins contre 29% chez LVMH, avec une croissance organique de 1% au dernier trimestre contre une baisse de 16% pour le leader mondial.

Un autre facteur-clé est le pricingpower, ou la faculté d’imposer ses prix aux clients. Lors de la conférence téléphonique, le directeur financier Eric du Halgouet a détaillé la politique de hausse des prix de la maison. Ils  ont augmenté globalement de 9% en janvier 2024. Le principe est toujours le même. Les prix reflètent la progression des coûts de production et de la baisse des devises pour couvrir l’effet de change négatif pour les autres zones géographiques. Cela explique la progression d’à peine 6% en France et davantage à l’étranger.

Nous pouvons donc tirer à Hermès International nos carrés de soie en signe de révérence. Nous conservons le titre en cœur de portefeuille, malgré une valorisation élevée, qui est le reflet de ses qualités immenses et prestigieuses. 

+11,3 %
La croissance organique d’Hermès International au 3ème trimestre, vs -16 % chez Kering et -3 % chez LVMH.

33,5 milliards de dollars
Le gain d’Elon Musk le 24 octobre, à la suite de la progression de 21,92% du titre Tesla.

95,24 %
Le taux de remplissage des cuves de gaz en France au 23 octobre, selon Data Gaz.

Profit warning – Baisse des profits des entreprises européennes en 2024

C’est un cauchemar quotidien.

La liste est longue des sociétés européennes révisant à la baisse leurs prévisions pour 2024 : ASML, Nestlé, IPSOS, Rexel, Eramet et Stellantis, entre autres. Dorénavant et selon le consensus des analystes, le bénéfice par action devrait baisser en 2024 pour l’ensemble des entreprises des indices CAC 40, Euro Stoxx 50 et StoxxEurope 600 respectivement de 4%, de 2,8% et de 0,6%. Pourtant, malgré tous ces accidents, dont certains ont été lourdement sanctionnés comme ce fut le cas pour ASML, les bourses font de la résistance et évoluent dans une borne de fluctuations assez étroite depuis trois semaines. 

Pourquoi ?  

La question qui circule actuellement tous les jours dans les salles de marché est : « Quelle société a annoncé un profit warning aujourd’hui ? ».

Encore plus surprenant, l’hémorragie concerne une grande variété de secteurs et pas seulement un segment particulier de la cote. Le luxe, pilier de la bourse de Paris, n’est pas non plus épargné, avec LVMH.

Le champion mondial est même en décroissance organique au troisième trimestre sur un an glissant de 5% dans la mode et maroquinerie, de 7% dans les vins et spiritueux et de 4% dans l’horlogerie et la joaillerie. Une fois de plus, le coupable est tout trouvé : la Chine, avec une baisse de la zone Asie Pacifique hors Japon de 16%, qui s’accélère depuis le début de l’année. Pourtant, le titre LVMH a récupéré à ce jour la quasi-totalité de ses pertes depuis mercredi. En effet, la société n’a pas procédé à une révision de ses perspectives annuelles.  

Néanmoins, la conséquence est sans appel. Les estimations des analystes concernant le bénéfice par action du troisième trimestre de l’entreprise ont été révisées à la baisse de 22% depuis le début de l’année. Dorénavant, les analystes anticipent pour cette année pleine une contraction de 8,2% du bénéfice par action de LVMH. Il faudrait donc un fort rebond des ventes au dernier trimestre pour sauver le mauvais millésime 2024.

L’évolution des marchés surprend toujours, soit positivement ou négativement. Dans ce cas précis, il est logique de se demander pourquoi le titre ne corrige pas davantage.

La raison est double. Premièrement, son cours de bourse a déjà cédé plus de 14% depuis le début de l’année. Sa valorisation est donc en parfait adéquation avec l’évolution négative des profits de l’entreprise. Deuxièmement, être actionnaire c’est acheter les bénéfices futurs et donc les cash-flows à venir sur plusieurs années.

Par conséquent, un investisseur se positionne aujourd’hui pour une durée à moyen et à long terme. Dans notre édito du 4 octobre intitulé « Du rêve à la réalité », nous expliquions que les marchés écrivent un scénario six à neuf mois, au minimum, avant leur réalisation.

La perspective d’un rebond de l’activité est renforcée depuis plusieurs semaines. Aux États-Unis, les dernières ventes au détail publiées pour le mois de septembre ont impressionné. Elles présentent une augmentation mensuelle de 0,7% pour le groupe de contrôle (un échantillon plus précis excluant des éléments très volatils).

La consommation devrait continuer à bien se tenir, grâce notamment à une progression du salaire réel (déduit de l’inflation). De ce fait, l’indicateur actuel du PIB de la Fed d’Atlanta culmine à 3,42%, soit au plus haut depuis le mois de mai.

Le problème se situe donc en Europe et en Chine.

Dans sa conférence de presse du jeudi 17 octobre, la présidente de la BCE a confirmé que la zone euro n’était pas en récession. Mais que certaines données indiquaient un ralentissement. L’institution monétaire a baissé une troisième fois cette année ses taux directeurs, de 0,25%. Le taux de dépôt ressort désormais à 3,25%. Cet assouplissement monétaire, qui se poursuit dans un contexte de désinflation, est un appel d’air pour les marchés, car il ouvre la voie d’une expansion des multiples de valorisation, par effet positif de l’actualisation des flux futurs évoqués précédemment.

Reste l’inconnu de la Chine. Les mesures de soutien ouvrent la voie pour une amélioration de l’activité en 2025, même si leur ampleur est jugée trop timorée pour le moment. Les dernières statistiques indiquent une croissance de 4,6% du PIB au troisième trimestre, toujours en décélération. Néanmoins, l’espoir est permis, car les ventes de détail et la production industrielle en septembre sont ressorties bien supérieures aux attentes et en accélération à 3,2% et  à 5,4%. Ces données accréditent le scénario favorable d’une reprise pour 2025. Les investisseurs sont déjà bien positionnés pour bénéficier de ce potentiel mouvement. Espérons que celui-ci se matérialise.

5 % 
La décroissance organique de LVMH dans la mode et maroquinerie au troisième trimestre.

0,25 % 
La baisse des taux directeurs de la BCE le 17 octobre.

71 mètres 
La longueur du module 1 de la fusée Starship récupéré dans un vol d’essai le 13 octobre .

Batteries à plat en Europe : la Chine laisse l’UE sous tension

L’industrie automobile mondiale est en pleine mutation, et la bataille pour la domination du marché des véhicules électriques fait rage.

Alors que l’Europe peine à suivre le rythme, la Chine s’est imposée comme le leader incontesté, inondant le marché avec des modèles de plus en plus performants et abordables. Face à cette montée en puissance, l’Union européenne tente de reprendre le contrôle en brandissant de nouvelles barrières douanières.

Mais cette lutte commerciale suffira-t-elle à inverser la tendance ?

Depuis des années, Pékin a fait de l’électromobilité une priorité stratégique. Des entreprises comme BYD, Nio, et XPeng dominent le marché chinois. Elles se tournent désormais vers l’international, notamment l’Europe, avec des produits compétitifs.

Cette avance repose sur la maîtrise des batteries, composante essentielle des véhicules électriques. En 2023, plus de 60 % des batteries lithium-ion dans le monde étaient fabriquées en Chine. Ce leadership permet aux constructeurs chinois de proposer des véhicules à prix réduits, tout en restant à la pointe des performances, notamment grâce à l’innovation. Le soutien gouvernemental chinois joue également un rôle clé. Des subventions et incitations fiscales ont permis à la Chine de devenir un leader mondial.

Face à cette concurrence, l’Union européenne a réagi.

Le 4 septembre 2024, la Commission européenne a annoncé des droits de douane allant jusqu’à 20 % sur les véhicules électriques importés de Chine. Ces taxes visent à contrer ce que l’UE considère comme une concurrence déloyale, due aux subventions chinoises. Elles cherchent aussi à protéger les constructeurs européens, qui peinent à rivaliser sur les prix. En effet, les véhicules chinois, souvent plus abordables, séduisent de plus en plus de consommateurs européens.

Cependant cette réponse comporte des risques. La Chine pourrait riposter avec des sanctions commerciales sur les produits européens, créant une escalade des tensions commerciales. De plus, ces taxes risquent d’augmenter le prix des véhicules électriques en Europe, rendant ces véhicules moins accessibles pour les consommateurs.

Pour rester compétitive, l’Europe doit impérativement intensifier ses investissements dans l’innovation et la production locale de batteries. L’initiative de l’Alliance Européenne pour les Batteries va dans cette direction, mais elle reste loin de rivaliser avec les géants asiatiques. 

Les constructeurs européens doivent transformer leurs chaînes de production, centrées depuis plus de 100 ans sur les moteurs thermiques, pour s’adapter aux véhicules électriques. Cette mutation nécessite des investissements massifs, tout en soulevant des enjeux sociaux, notamment en matière de reconversion des emplois. En outre, les constructeurs européens font face à des difficultés d’approvisionnement en matières premières critiques, comme le lithium et le cobalt, dont l’extraction est dominée par la Chine. Cela crée une dépendance qui fragilise l’industrie automobile européenne, qui devra rapidement trouver des alternatives pour sécuriser ses approvisionnements.

Malgré ces obstacles, la concurrence entre l’Europe et la Chine dans le secteur des véhicules électriques ne fait que commencer. Les nouvelles taxes européennes pourraient ralentir la pénétration des véhicules chinois à court terme, mais elles ne suffiront pas à résoudre les problèmes structurels auxquels est confrontée l’industrie automobile européenne. Pour rivaliser à long terme, l’Europe devra renforcer sa compétitivité technologique et industrielle. Il ne s’agit pas simplement de protéger son marché, mais de développer des capacités d’innovation qui lui permettront de se maintenir dans la course mondiale des véhicules électriques.

L’avenir de la mobilité électrique en Europe dépendra donc de sa capacité à innover, à améliorer ses infrastructures et à produire localement des batteries. Si l’Europe parvient à relever ces défis, elle pourra non seulement résister à la concurrence chinoise, mais aussi jouer un rôle clé dans la transition vers une mobilité plus verte et durable. Cependant, la course est lancée, et le temps presse pour que l’Europe rattrape son retard dans cette révolution industrielle majeure.

5 millions
Le nombre de mètres carrés de bureaux vides franchis en Île-de-France.

2,4 %
L’inflation américaine en septembre, sur un an glissant.

Marchés financiers : du rêve à la réalité !

Les marchés anticipent toujours. Ils écrivent un scénario 6 à 9 mois au minimum avant sa réalisation, en fonction des indicateurs actuels et avancés.

Souvenez-vous du 9 novembre 2020, en plein deuxième confinement du Covid en France. Ce jour-là, l’indice CAC 40 avait progressé de 7,57%. Et des titres tels que BNP, Vinci et Accor s’étaient octroyés de 17 à 20% sur les seules données préliminaires du vaccin BioNtech-Pfizer contre le SARS-Cov-2. À l’époque, les investisseurs avaient déjà tourné la page de la pandémie, malgré tous les déboires au quotidien pendant plus d’un an.

Entre temps, il a fallu gérer les pénuries d’approvisionnement. Tout comme les alternances de période de liberté et de restriction, de comportement et de déplacement. Malgré toutes ces contraintes, l’acheteur d’un titre BNP au soir du 9 novembre 2020, après la forte hausse quotidienne de ce jour-là, a réalisé une coquette plus-value de l’ordre de 50% sur 12 mois ! Cette belle performance a été rendue possible grâce à un scénario de reprise, qui s’était réellement concrétisé.

Évidemment, la situation actuelle n’a rien à voir avec celle de fin 2020. Cependant, le point commun est assez simple à trouver. Nous sommes en période de ralentissement économique et de contraction manufacturière aussi bien dans les pays occidentaux qu’en Chine (le deuxième PIB mondial).

Les marchés anticipent déjà le rebond qui ne devrait se matérialiser qu’à partir du début de l’année prochaine. Dans le meilleur des cas. En effet, les économistes prédisent une croissance américaine qui devrait ralentir ces prochains mois (respectivement en rythme annualisé de 2%, 1,4% et 1,6% au 3èmetrimestre 2024, 4ème trimestre 2024 et 1er trimestre 2025). En zone euro, la croissance est déjà atone à 0,30% en séquentiel au troisième trimestre et devrait le rester à ce niveau jusqu’au 1er trimestre 2025. L’Allemagne souffre particulièrement, avec 0,10% de croissance anticipée au 3ème trimestre et une accélération séquentielle modeste de 0,10% au cours des trois prochaines périodes. 

L’environnement actuel n’a donc rien de satisfaisant. Cependant, deux facteurs clés permettent aujourd’hui de prédire en ce moment même, certes sans garantie, une période de ralentissement de croissance dite de soft landing, et non de récession dite de hard landing.

Premièrement, les indicateurs de PIB ne sont pas en contraction. Avec des banques centrales qui ont initié un cycle d’assouplissement monétaire devant se poursuivre à un rythme soutenu.

Ainsi, les projections des membres de la Fed ont surpris positivement avec une baisse totale des taux directeurs de plus de 2% (200 points de base) d’ici fin 2025.

Deuxièmement, le marché du travail, indicateur retardé certes, n’est pas en destruction d’emplois. Il est moins dynamique en matière de créations de postes.

Après la panique de début août sur les chiffres de juillet, les récentes données publiées cette semaine sont même plutôt rassurantes. Ainsi, les offres d’emplois disponibles et non pourvues en août ont grimpé à 8,04 millions. Et les créations selon l’ADP en septembre ont également progressé de 143 000, soit le meilleur chiffre depuis juin.

Au total, l’emploi salarié continue de progresser et le salaire horaire réel (déduit de l’inflation) est repassé en territoire positif.

Avec la baisse de l’inflation, confirmée également en zone euro, particulièrement en France et en Allemagne, la consommation, principal moteur de nos économies, ne devrait pas diminuer prochainement.

Entre l’espoir d’une reprise et sa réalisation, il y a souvent un grand pas. Au quotidien, certains secteurs et entreprises souffrent davantage que les autres. C’est le cas de l’automobile, avec un avertissement de Stellantis sur ses résultats. La société envisage désormais une marge opérationnelle courante entre 5,5% et 7% en 2024, contre plus de 10% auparavant, ainsi qu’une baisse des ventes de 200 000 véhicules en Amérique du Nord.

Après le rebond lié aux mesures chinoises et aux baisses des taux des banques centrales, il est tentant de prendre des profits, d’autant que nous sommes à un mois des élections américaines, traditionnellement une période de faiblesse des marchés. De surcroît, le marché n’envisageait pas une globalisation du conflit au Moyen-Orient, ce qui peut être aujourd’hui présomptueux. De ce fait, nous sommes encore méfiants en amont des résultats du troisième trimestre. Néanmoins, certaines déceptions pourraient constituer des points d’entrée à moyen terme intéressants.

200 000 
La baisse des ventes de Stellantis en Amérique du Nord, prévue au second semestre.

60 milliards d’euros
L’effort annoncé par le gouvernement pour réduire le déficit budgétaire de la France à 5 %.

6,6 milliards de dollars
Le record de levée de fonds d’OpenAI.

Un nouveau cycle de la Fed et la fin de celui de Nvidia ?

« Le temps est venu d’ajuster la politique monétaire. La direction du voyage est claire, mais le calendrier et le rythme des baisses dépendront des données économiques et de l’évolution de la situation et de la balance des risques ».

Ces propos de Jerome Powell prononcés à la conférence de Jackson Hole ont été reçus 5 sur 5 par les investisseurs. La Fed va enfin mettre fin, le 18 septembre, au plus dur cycle de durcissement monétaire depuis quatre décennies.

« Ma confiance s’est accrue sur le fait que l’inflation est sur une tendance durable d’un retour à 2% ». L’attention de la banque centrale américaine n’est plus focalisée sur l’inflation. Désormais, elle se porte sur le deuxième objectif de son double mandat, à savoir maximiser durablement l’emploi.

Quelles sont les conséquences de ce changement de paradigme pour les actifs financiers et pour les portefeuilles ? Et ce, alors que les résultats de Nvidia sont excellents mais insuffisants pour provoquer une nouvelle ruée vers les valeurs de l’intelligence artificielle ?

Que dit l’histoire ? Depuis 1980, il est possible d’identifier huit cycles majeurs de baisse de taux de la Fed de plus de 1%.

Les cinq cycles initiés avant l’an 2000 se sont traduits par des performances positives du marché actions (indice S&P 500 hors dividendes) douze mois après la date de la première baisse de taux : +33,66% (douze mois après le 01/04/1980), +34,48% (01/04/1982), +12,70% (02/10/1984), +13,85% (05/06/1989) et +18,67% (06/07/1995).

Après l’an 2000, le bilan des trois cycles de baisses est beaucoup plus mitigé. On recense deux performances négatives pour une seule positive, avec des chocs économiques :  -13,53% (03/01/2001), -23,91% (18/09/2007) et +8,92% (31/07/2019). 

Actuellement, comme dans les années 1980, nous sommes en période de désinflation et de ralentissement économique. Nous pouvons donc pencher pour la thèse d’un impact favorable de l’assouplissement monétaire sur les actifs financiers, dont les valeurs de croissance et les défensives (santé y compris). La clé sera donc de ne pas basculer vers un cercle vicieux de faiblesse économique et de baisse des profits des entreprises. C’est pourquoi, le marché sera plus sensible, selon nous, aux données économiques, qu’aux nouvelles liées aux politiques monétaires.

Les résultats de Nvidia étaient la publication la plus attendue de ce deuxième trimestre. Certains médias ont même qualifié cet évènement comme étant le plus important de l’année. Il est vrai qu’une frénésie vers les valeurs technologiques, plus précisément vers celles spécialisées dans l’intelligence artificielle, s’était produite après le 22 mai. A la suite des excellents chiffres du trimestre précédent.

Les flux colossaux enregistrés vers les fonds spécialisés dans ce type de valeurs (l’équivalent de 6% de leurs encours totaux), avaient provoqué une hausse de plus 40% du titre Nividia et de 12,8% du NASDAQ 100 jusqu’au 18 juin.

Malgré une hausse de 122% des revenus de la société et de 168% du bénéfice par action sur un an, le titre a clôturé en baisse de 6,38% le lendemain de la publication.

On peut identifier plusieurs raisons à cette déception. La première est d’une évidence absolue : tous les investisseurs autorisés à posséder des actions détiennent massivement Nvidia en portefeuille. En effet, sa capitalisation boursière avait dépassé le seuil des 3 000 milliards de dollars en juin !

La deuxième est liée au phénomène de taille. En effet, le chiffre d’affaires trimestriel a été multiplié par 5 en 18 mois, passant ainsi de 6 à 30 milliards d’euros. La croissance ralentit mécaniquement et se normalise à un niveau qui reste important. La troisième est la valorisation élevée de plus de 41 fois les résultats anticipés de l’année en cours. Ceci n’autorise aucun grain de sable dans la machine, comme une baisse des marges.

Rassurons-nous ! La société prévoit une augmentation séquentielle prudente de plus de 8% de son chiffre d’affaires au prochain trimestre. Les analystes s’attendent à une progression de plus de 40% pour celui de l’année prochaine et de 20% par an pour les années suivantes. Le titre est toujours en progression de 137% depuis le début de l’année et de 705% depuis fin 2022 !

Ses performances futures seront plus réduites et conformes à la croissance des bénéfices. La nouvelle unité de traitement graphique (GPU) Blackwell, qui devrait être lancée avant la fin de l’année sera, selon la société, un beau succès commercial.

168 %
La croissance du bénéfice par action sur un an glissant de Nvidia au 2ème trimestre.

1 009 milliards de dollars 
La capitalisation boursière de Berkshire Hathaway, seule société américaine en dehors de la technologie, ayant atteint ce niveau, la veille des 94 ans de son principal actionnaire Warren Buffet.

Bourse Tokyo : gros Yo-Yo du Kabuto-Cho      

C’était un véritable lundi noir à la bourse de Tokyo ! Les indices Topix et Nikkei ont enregistré une perte à la clôture de plus de 12% par rapport à vendredi soir. Ce 5 août restera dans les annales, comme la deuxième pire séance de la bourse de Tokyo. Fort heureusement, les pertes de ce mini-krach ont été fortement réduites le lendemain et le surlendemain . Avec un rebond cumulatif en deux jours de plus de 11%. 

L’indice VIX représente la volatilité implicite en temps réel sur les options négociées sur le CBOE de Chicago sur le sous-jacent de l’indice S&P500.

Celui-ci a flambé ce lundi 5 août. Il a affiché un plus haut à 65 une heure avant l’ouverture du marché américain pour clôturer la journée à 38. Contre 20 en début d’après-midi le vendredi précédent. Ce pic constitue la troisième plus forte tension jamais enregistrée après celle survenue au cours de la pandémie de mars 2020 (85) et durant la crise financière de 2008 (89). Cet excès de peur s’est traduit par une baisse en séance de 6,5% pour le future Nasdaq 100 et de plus de 15% pour le titre Nvidia, avant de limiter la casse à la fin de la journée à respectivement plus de 3% et moins de 6%.

C’est une accumulation de plusieurs facteurs au même moment qui ont provoqué ce mini-krach aussi brutal qu’inattendu. Tout d’abord, il convient de planter le décor. Avant cet évènement, investir sur la bourse de Tokyo était une des stratégies d’investissement favorites des opérateurs, avec celle des 7 magnifiques aux États-Unis dont Nvidia. Ainsi, l’indice Nikkei a battu ses précédents records datant de fin 1989 et accumulait une performance dividendes réinvestis de plus 66% en devise locale entre fin 2022 au 11 juillet dernier. Soit bien au-dessus de celle de l’indice S&P500 américain (+50% en dollar) et des indices européens Euro Stoxx 50 (+40%) et CAC40 (+25%). 

Ensuite, le financement à court-terme est actuellement quasi gratuit en yen à 0,25%, comparé au coût de 5,50% en dollar et à celui de 3,75% en euro. Cet écart important s’explique par le plus fort durcissement monétaire depuis 40 ans adopté par la FED et par la BCE depuis la création de l’euro. Tandis que ces deux institutions relevaient massivement leurs taux directeurs en 2022 et 2023, la Banque du Japon était restée inactive. Trop contente de voir enfin de l’inflation, après avoir lutté en vain pendant plusieurs décennies contre le mal de la déflation. Les conséquences ont été immédiates et perverses.

Le yen est devenu la devise de financement favorite. En effet, elle est peu chère avec des taux quasi nuls, voire négatifs en réel si l’on déduit l’inflation japonaise. Une des opérations favorites était celle dite de portage ou de carry trade. Celle-ci consiste à emprunter en yen et à placer la somme équivalente en dollar après une opération de change (de vente de yens contre un achat de dollars). Ceci permet d’empocher sur la durée l’écart de rémunération entre les deux devises. Dans une note récente, J.P.Morgan estimait à 4 000 milliards de dollars, les montants consacrés à de telles opérations. Un chiffre colossal !

Cette pratique a été tellement adoptée que sa conséquence a été la forte baisse de la devise nippone qui s’était dépréciée de 14% contre le dollar depuis le début de l’année. Les opérateurs gagnaient sur les deux tableaux, c’est-à-dire sur le portage et sur le gain de change, car ils étaient emprunteurs d’une devise qui se dépréciait.

À la surprise générale, la BoJ a augmenté ses taux directeurs à 0,25% le 31 juillet. Dans son compte-rendu de sa réunion, il est stipulé que l’objectif des gouverneurs est de durcir davantage la politique monétaire. La possibilité de voir les taux à 1% d’ici la mi-2025, avec de surcroît une diminution de la taille du bilan de la banque centrale est non négligeable.

Le même jour Jerome Powell affirmait que le sentiment général du comité était que l’économie arrivait à un point où il était approprié de baisser les taux directeurs. Cette phrase à immédiatement provoqué une baisse anticipée des taux directeurs de 0,75% d’ici fin 2024. Cette double perspective entre une BoJ qui va augmenter ses taux directeurs et une FED qui va les baisser, a provoqué un renchérissement du yen contre le dollar. Et a créé une menace sur les opérations de portage décrites précédemment, entrainant un début de débouclement brutale de ces positions. 

Les dernières données économiques outre-Atlantique pointaient vers un ralentissement de l’activité. L’indice ISM manufacturier de juillet publié le 1er août a confirmé cette tendance, avec une baisse supérieure aux attentes à 46,8 contre 48,5 le mois précédent.

L’indice des nouvelles commandes s’est également nettement dégradé à 47,4 contre 49,3 en juin. Les données de l’emploi américain ont ravivé les craintes d’une récession, avec un taux de chômage à 4,3% en juillet contre 4,1% en juin. Les investisseurs ressortent avec stupéfaction la règle de l’économiste Claudia Sahm. Cette dernière prédit une récession quand le taux du chômage augmente de 0,50% lors des 3 derniers mois.

C’est effectivement le cas depuis mars dernier où la donnée était à 3,8%. La conséquence a été immédiate. Les anticipations voient une baisse des taux de la FED de 1,39% d’ici janvier 2025. Et une ruée vers les actifs les plus sûrs (emprunts d’État), au détriment des actions, notamment les plus cycliques. Néanmoins, nous estimons que les données de l’emplois de juillet sont faussées par une augmentation importante de la population active et un nombre élevé de personnes (plus de 400 000) ne pouvant pas exercer à cause des conditions météorologiques, notamment de l’ouragan Béryl. 

L’ensemble des signaux évoqués, à savoir une probabilité de récession plus prononcée, une hausse des indices de volatilité, une remontée du yen et à terme, une réduction de l’écart des taux de rémunération entre devises, ont provoqué une forte réduction du risque dans les portefeuilles. Cela s’est traduit pour les fonds spéculatifs par une forte baisse du levier. En clair, par des ventes massives du dollar au profit du yen.

Egalement des ventes d’actions où les expositions sont les plus importantes, à savoir les actions japonaises et technologiques et des achats d’emprunts d’État. Certaines banques évoquent une cession cumulée de plus de 60 milliards de dollars de ces acteurs, qui devrait s’achever cette semaine. L’importance de ces flux, dans une période de l’année où la liquidité est traditionnellement réduite, explique le fort décrochage des indices concernés par ces mouvements. La baisse de plus de 10% des valeurs liquidatives des fonds CTA depuis début juillet indique clairement qu’ils étaient les plus vulnérables et sont donc les plus concernés par ces cessions.  

Si la volatilité est l’ennemi du spéculateur, les cours bradés sont les amis de l’investisseur à long terme. Plus les variations sont élevées, plus les risques sont importants dans les livres des spéculateurs à court-terme. Cela se traduit par des pertes latentes plus importantes et des décisions malheureuses de vendre au plus bas pour couper ses positions. En revanche, des cours bradés constituent une excellente affaire pour l’investisseur à long terme, afin de construire son portefeuille à moindre coûts. La chute des bourses de lundi dernier a été l’opportunité d’acheter des titres à des prix inespérés.

Selon nous, la volatilité devrait se prolonger durant au moins tout le mois d’août, ce qui devrait étendre la période de bonnes affaires, notamment sur les valeurs de croissance. D’un autre côté, les séances de fort rebond, seront les occasions d’alléger les titres les plus fragiles ou plus vulnérables dans un cycle de ralentissement économique. Maintenir une poche importante de liquidités et être sélectif et agile nous semble être une stratégie adaptée pour la suite de l’été.

Résultats T2 2024 : peu de médailles pour les sociétés cotées !

Nous sommes aux deux tiers de cette saison de publication des résultats du 2ème trimestre. Malheureusement l’ambiance actuelle est loin de l’euphorie des Jeux Olympiques, où nos sportifs accumulent les médailles.

Comme toujours, il y a les faits et le ressenti ou plutôt l’objectif et le subjectif. Sur le plan statistique, les données sont globalement satisfaisantes, mais avec beaucoup de dichotomie entre les zones géographiques, les secteurs et les valeurs. Du côté positif, retenons que la croissance des bénéfices par action sur un an glissant redevient positive en Europe (+1,7% pour les entreprises de l’indice STOXX Europe 600), ce qui constitue un point d’inflexion depuis le 1er trimestre 2024. 

Cela sera-t-il suffisant pour soutenir les marchés en août, un mois historiquement très volatil ?

Les États-Unis surperforment, une fois de plus, les autres zones géographiques. Ainsi, la croissance des ventes des entreprises américaines sur un an glissant ressort à 5,2% contre 0,5% pour celles du Vieux Continent.

Celle des bénéfices par action reste impressionnante à 12,4% contre 1,7% en Europe. Cependant, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. En effet la progression des bénéfices par action des secteurs défensifs est supérieure à celle des secteurs cycliques. Et ce, des deux côtés de l’Atlantique (18% contre 5% aux États-Unis et +7% contre -7% en Europe).

Ce fort écart explique le mouvement de rotation sectorielle observé depuis plusieurs séances, en faveur d’entreprises moins sensibles à l’activité économique. Ce qui est notamment le cas des entreprises du secteur de la santé.

Si on pousse l’observation plus loin, la zone euro est à la traîne. Et ce, même en comparaison avec le continent européen. En effet, la zone euro est en décroissance de 3% en ce qui concerne les bénéfices par action.

Seulement 56% des entreprises ayant publié ont battu le consensus sur leur bénéfice par action. Et une minorité ont dépassé les attentes concernant leurs revenus. Ces chiffres négatifs expliquent la désaffection actuelle des investisseurs pour notre espace économique, auquel s’ajoute l’imbroglio politique en France.

À cela s’ajoute un pessimisme ambiant, après l’euphorie du 1er semestre. Les récents évènements au Moyen-Orient, ainsi que l’annonce d’un ISM manufacturier en baisse et en zone de contraction aux États-Unis, ont incité les stratèges à baisser le risque dans les portefeuilles. On ressent une vague de ventes sur des titres avec des fortes plus-values et fortement détenus, y compris dans la technologie. Ce secteur connait actuellement une forte volatilité, tant au niveau des indices que sur les valeurs.

La performance des titres après l’annonce de leurs résultats dépend non seulement de la qualité de ceux-ci, mais également de l’atmosphère des marchés. À ce jour, le nombre de relèvements de prévisions annuelles des sociétés en Europe est au plus bas depuis 2020. Ce manque de perspectives positives, même en cas de publication satisfaisante, explique la performance médiane négative des titres le jour de leur publication. Les déceptions sont fortement sanctionnées et peu de bonnes surprises sont appréciées par le marché. 

Dans le luxe, la médaille d’or a été une nouvelle fois décernée à Hermès International. L’entreprise enregistre une croissance organique de 13%, à taux de change constant.

Même si on est loin des 28% du 2ème trimestre 2023, le bilan est beaucoup plus positif que celui de tous ses concurrents, y compris celui de LVMH. En effet, la plus grosse capitalisation boursière du CAC 40 a fortement déçu. LVMH enregistre une progression de 1% de son chiffre d’affaires à taux de change constant, soit une décroissance de 1% en euro.  

La Chine ainsi que les vins et spiritueux, expliquent cette contreperformance, avec comme sanction une baisse de 4,66% du titre au cours de la séance suivante.  Les nombreuses déceptions parmi les acteurs dans le luxe expliquent le mouvement actuel de désaffection. Le titre Hermès International cote moins cher aujourd’hui qu’à la veille de sa publication de résultats. En cas de baisse plus prononcée d’ici la fin du 3ème trimestre, ce pessimisme  peut constituer une opportunité d’investissement à long terme. Les investisseurs défensifs et  sélectifs devraient bien s’en sortir selon nous ces prochaines semaines, malgré une plus forte volatilité des marchés.

46,8 
L’indice ISM manufacturier américain de juillet, au plus bas depuis novembre dernier

27 %  
La  croissance organique de Microsoft dans Azur et les services du cloud au dernier trimestre