Un nouveau durcissement monétaire de la BCE ?

Les banques centrales sont actuellement dans une situation délicate. La flambée de l’énergie provoquée par le conflit dans le golfe Persique peut constituer un choc majeur susceptible de modifier à terme leur politique monétaire.

Plusieurs de ces institutions (la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque de Suède) se sont réunies cette semaine pour décider de l’orientation de leurs taux directeurs. Bien que le statu quo ait été leur décision commune, on ressent bien l’embarras actuel des banquiers centraux quant à la suite à adopter. L’une d’entre elles semble se distinguer par sa volonté d’opter pour un changement de cap : la BCE.

Allons-nous revivre la même erreur historique que celle du 3 août 2008 ? Avec une hausse de 0,25% des taux directeurs à l’époque avant la grande crise financière ?

L’unanimité penche pour un scénario de moindre activité et de renchérissement des prix. Christine Lagarde a bien résumé la situation. « Les risques pesant sur les perspectives de croissance sont orientés à la baisse, en particulier à court terme ». Et « Les risques pour les perspectives d’inflation sont orientés à la hausse, en particulier à court terme ». La BCE a ainsi modifié son scénario économique pour 2026. Avec une révision à la baisse de 0,3 % de ses prévisions de croissance, à 0,9 %. Et une révision à la hausse de ses prévisions d’inflation nominale de 0,2 %, à 2,6 %. L’inflation dite de base (excluant l’énergie et l’alimentaire) passerait de 2,2 % à 2,3 %, soit au-dessus de sa cible.

C’est le dilemme auquel les banquiers centraux doivent faire face. La Banque du Japon est engagée actuellement dans un cycle de resserrement monétaire, contrairement à ses consœurs occidentales. Toutefois, Tokyo a décidé de maintenir ses taux directeurs inchangés à 0,75 %. Et ce, compte tenu de l’incertitude actuelle. Elle a tout de même avertit que la hausse des prix du pétrole due au conflit au Moyen-Orient allait tirer l’inflation vers le haut.

Son attentisme s’explique par l’actuelle modération des prix alimentaires, en raison des subventions accordées par le gouvernement. L’inflation devrait temporairement ralentir pour passer sous la barre des 2 %, niveau cible fixé par la banque centrale. Une fois cette période transitoire passée, le cycle de durcissement monétaire devrait reprendre.

Pour les autres banques centrales, l’inconfort règne, car augmenter les taux signifierait un tournant radical de politique monétaire. Nous pouvons observer à ce stade deux doctrines différentes : d’un côté, la Fed, qui reconnaît que les implications des évènements au Moyen-Orient sont incertaines. Même si, à court terme, le renchérissement du prix de l’énergie poussera l’inflation à la hausse, il est trop tôt pour connaître l’ampleur et la durée de ses effets sur l’économie. Sa sérénité actuelle repose sur le fait que la cible maximale des Fed Funds se situe à 3,75 %, soit bien supérieure au dernier taux d’inflation de février, à 2,4 %. De l’autre côté, la BCE, qui évoque la possibilité d’une guerre prolongée au Moyen-Orient pouvant aboutir à une poussée plus forte et plus durable des prix de l’énergie, se traduisant par davantage de hausse des prix. Ce phénomène pourrait être amplifié si les anticipations d’inflation et la hausse des salaires venaient à se renforcer. La présidente Christine Lagarde s’est dit déterminée à assurer que l’inflation se stabilise à 2 % à moyen terme.

Souvenez-vous ! Le 3 août 2008, soit six semaines avant la chute de la banque Lehman Brothers, la BCE de Jean-Claude Trichet avait créé la surprise en augmentant son taux de dépôt à 4,25 %, malgré un ralentissement latent de l’activité. Le but était alors d’enrayer la progression de l’inflation, qui avait culminé à 4,1 % en juillet. Aujourd’hui, l’inflation nominale est à 1,9 % et celle de base à 1,8 %. Avec un taux des dépôts actuellement à 2 %, la BCE se trouve sans marge de manœuvre, ce qui pourrait l’inciter à agir prématurément, créant une véritable chape de plomb sur les marchés européens. Les investisseurs anticipent désormais un durcissement monétaire de 0,50 % de la part de la BCE d’ici le 23 juillet. Espérons que ce conflit s’arrête avant la prochaine réunion du 30 avril, pour ne pas commettre l’irréparable.

 0,50 %. La hausse des taux directeurs de la BCE anticipée d’ici le 23 juillet par les investisseurs.

74 euros. Le cours du mégawattheure du gaz naturel en séance le 19 mars, au plus haut depuis fin 2022.

78 000 tonnes. Le poids estimé du futur porte-avions français, le « France Libre ». 

En attendant la réouverture du détroit d’Ormuz

« Nous ne laisserons pas une seule goutte de pétrole quitter la région ».

Depuis cette déclaration du 2 mars attribuée au général de brigade Ebrahim Jabari, un conseiller du commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique en Iran (CGRI), le détroit d’Ormuz est considéré comme fermé. Les armateurs ont pris ces menaces très au sérieux. Ils ont ordonné aux équipages de leurs navires présents dans le golfe Persique de ne pas franchir cette zone maritime étroite reliant l’océan Indien. Ceux qui ont bravé l’interdiction en ont été pour leurs frais.

Seuls des cargos perses ont franchi cette barrière. Ceci permettant à la République islamique d’être la seule nation dans la région à exporter du brut à ses principaux partenaires, notamment la Chine. Face à cette situation et à ce risque de pénurie, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (IAE) ont réagi, le 11 mars, par le plus gros déblocage de réserves de brut de l’Histoire, soit 400 millions de barils. Cette décision, couplée à l’annonce de Donald Trump que la fin de la guerre était proche, a permis de faire reculer le prix du Brent, après une flambée proche des 120 dollars ce 9 mars. 

Pour combien de temps ?

Comme toujours, restons pragmatiques. Si l’on estime que la quantité de brut en transit quotidiennement via le détroit d’Ormuz est autour de 20 millions de barils par jour (soit 20 % de la demande mondiale), alors ce déblocage représente 20 jours de consommation. Cela permettrait de tenir en théorie jusqu’à la fin mars. Cela constitue de facto une nouvelle échéance aux yeux des investisseurs. Ce calendrier conviendrait également au président américain, dont on pressent prochainement la fin des frappes. C’est un facteur positif qui laisse entrevoir en théorie un scénario de sortie ou d’apaisement de ce conflit.

L’abandon des bombardements américains sera-t-il corrélé à la fin de son blocage ? C’est la question clé, qui déterminera, selon nous, l’orientation des marchés ce printemps. Ce serait le scénario idéal, qui permettrait un rebond plus durable que celui que nous venons de connaître depuis ce lundi 9 mars. En temps normal, une trêve dans ce conflit signifierait un arrêt, même provisoire, de ce blocage maritime. Toutefois, l’Iran est soumis, depuis le décret du 6 août 2018 (E.O. 13 846), signé à l’époque par Donald Trump, à des sanctions contre ses exportations, visant tous les acteurs impliqués dans le négoce, le transport, le raffinage, ainsi que le paiement et le financement de son pétrole. Ces sanctions ont été renforcées au fil du temps pour prendre en compte les navires de la flotte fantôme, ainsi que les diverses entités et individus actifs dans ce commerce désormais illicite.

De facto, le pouvoir en place n’a rien à perdre à poursuivre ce blocage. Le fait que les services de renseignement américains aient signalé dernièrement des poses de mines pencherait pour une volonté de jusqu’au-boutisme.

Cette déclaration du 12 mars par le nouveau guide suprême Mojtaba Hosseini Khamenei en dit long sur la volonté d’utiliser cette arme économique dans les hostilités. Si cette position devait perdurer, le cours du pétrole devrait de nouveau repasser au-dessus de ce seuil psychologique des 100 dollars. Ce niveau est encore trop anxiogène pour le marché. Dans ce cas, la reprise boursière récente ne pourra être pérenne. 

Selon un rapport du Financial Times, la France et l’Italie auraient ouvert des pourparlers avec l’Iran pour garantir un passage sûr pour les navires européens à travers le détroit d’Ormuz, dans le but de relancer les expéditions d’énergie depuis le Golfe. En cas de réussite, ce serait un soulagement pour les marchés.

L’opération de sécurisation militaire du détroit impliquerait de lourdes frappes en amont, suivie par un accompagnement des cargos par des bâtiments d’une coalition internationale. 

Cet accompagnement militaire est essentiel après la mise en place le 6 mars dernier d’un système de réassurance pour couvrir le risque encouru par les armateurs. Cette solution émane du président américain. Dans l’incertitude, nous préférons attendre et maintenons des expositions plus réduites dans les portefeuilles. Toutefois, nous sommes conscients que l’Histoire a démontré que des conflits au Moyen-Orient constituaient sur le long terme des points d’entrée intéressants. Patience donc, et pragmatisme ! 

400 millions de barils de pétrole. Les réserves débloquées par les pays membres de l’IAE le 11 mars.

2,96 %. Le taux à 10 ans allemand le 12 mars, au plus haut depuis octobre 2023.

553 milliards de dollars. Le carnet de commandes d’Oracle au 28 février.

Amandine GÉRARD mise à l’honneur par H24 Finance

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, H24 Finance a mis en lumière plusieurs fonds pilotés par des femmes dans l’industrie de la gestion d’actifs.

Parmi eux, Arc Actions Rendement, géré par Amandine GERARD, Présidente de Financière de l’Arc.

Une reconnaissance qui souligne la qualité de la gestion et l’expertise développées au sein de nos équipes.

🔎 À lire ici : https://www.h24finance.com/news/quelques-gerantes-qui-performent-4.html


Vous souhaitez obtenir plus d’informations sur le fonds ? N’hésitez pas à contacter Axelle Riesi.

Arc Actions Rendement est un FCP de droit français agrée par l’AMF. SRI 4/7.
* L’indice de référence est le MSCI EMU EUR NR.
Information importante : investir sur les marchés financiers comporte des risques, notamment un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Pour plus de détails sur le fonds : la documentation, les frais, les risques et les performances historiques, visitez notre page dédiée : https://financieredelarc.com/arc-actions-rendement/

Un nouveau conflit pour combien de temps ?

La folie des hommes l’a encore emporté. Après les négociations infructueuses, vient la période des armes et des victimes. Les États-Unis et Israël ont lancé, ce 27 février, les opérations baptisées « Fureur Épique » et « Lion Rugissant ». Celles-ci visent à détruire massivement les capacités militaires et nucléaires iraniennes.

Les Perses ont répondu par des attaques de missiles et de drones, visant entre autres des infrastructures pétrolières situées dans des pays voisins. Le fameux détroit d’Ormuz est désormais fermé et le trafic maritime international dans la zone suspendu. Le prix de l’énergie flambe et les cours des actifs risqués chutent, surtout en Europe et en Asie. 

Quelle va être l’évolution des marchés ces prochaines semaines et quels sont les facteurs qui seront déterminants ?

Nous assistons au troisième conflit au Moyen-Orient impliquant les États-Unis. Après la première guerre du Golfe en 1990-1991 et celle en Irak en 2003.

Quels points communs peut-on établir entre ces hostilités ? Le premier, évident, est leur durée de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois. Ainsi, l’invasion et la libération du Koweït ont eu lieu entre le 2 août 1990 et le 28 février 1991. La seconde guerre d’Irak s’est officiellement déroulée entre le 20 mars 2003 et le 1er mai 2003. De ce fait, il est plus réaliste d’intégrer un conflit actuel long, d’au moins quelques semaines, même si le déploiement de troupes au sol est, pour le moment, exclu. C’est le côté négatif.

Le point positif est que le marché, dans tous les cas, n’a pas attendu la fin de ces luttes armées pour rebondir. Ainsi, le 17 janvier 1991, le jour du début de l’opération baptisée « Tempête du Désert », les indices boursiers avaient fortement monté après la destruction des capacités offensives de l’Irak.

En 2003, c’était même avant le début des attaques aériennes du 20 mars que les marchés avaient connu leur point bas. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ?

S’il ne fait aucun doute que l’Iran a déjà perdu le contrôle du ciel, ses capacités de nuisance restent réelles. Elles reposent sur les missiles et les drones. Le pays dispose du plus important arsenal du Moyen-Orient en la matière. D’ailleurs l’Iran est considéré comme l’un des plus grands fabricants et exportateurs de drones au monde. Bien que les chiffres ne soient évidemment pas officiels, les estimations avant 2025 se situaient autour de 3 000 missiles et de 80 000 à 100 000 drones. Même si tous les principaux sites de production et de lancement ont été détruits, la particularité de ces armes est qu’elles ne nécessitent que d’un espace réduit pour être lancées. Trois à cinq mètres seraient nécessaires pour une rampe mobile. Ceci concerne les drones kamikazes Shahed‑131 et Shahed‑136.

De facto, on peut raisonnablement estimer à plusieurs semaines la faculté de l’Iran de lancer des projectiles destructeurs. Néanmoins, le marché réagira positivement à la moindre baisse du nombre d’attaques. Surtout qu’actuellement, le pays semble lancer des barrages de missiles massifs voués à déjouer les dômes de défense.

C’est l’une des principales voies maritimes au monde, où transitent plus de 20 millions de barils par jour de pétrole ou équivalent. Soit environ 20 % de la consommation mondiale et 26 % du commerce pétrolier mondial. Sa fermeture a de facto entraîné une flambée du prix du brut et du gaz. Il est envisageable, après une forte réduction des ripostes iraniennes, qu’une opération de sécurisation du détroit d’Ormuz soit mise en place. Celle-ci impliquerait la coopération des autres pays exportateurs de la zone et des pays consommateurs. Cela consisterait en l’accompagnement des navires, comme ce fut le cas par la marine américaine dans les années 1980, ainsi qu’en des moyens de défense aérienne capables de neutraliser toute menace réelle. L’annonce d’une telle mise en place serait, selon nous,  même avant la fin des hostilités, l’élément-clé pour faire rebondir massivement les marchés.

Vous l’aurez compris, cette guerre peut faire flamber durablement les prix de l’énergie, qui par ricochet peuvent provoquer à terme une reprise de l’inflation. La hantise d’un nouveau choc pétrolier resurgit, avec à la clé une période de stagflation (baisse de l’activité couplée avec de l’inflation). On pourrait également assister, après un rebond de l’inflation, à une déflation (baisse de l’activité et de l’inflation), une fois l’affrontement terminé. Tous ces scénarios sont pour le moment prématurés, tant que la durée de ce conflit est inconnue.

Comme nous l’avions écrit dans notre flash du 2 mars, il est urgent d’attendre. Il ne faut pas se précipiter pour acheter, car plus la durée des hostilités va s’allonger, plus l’angoisse va croître, avec à la clé, de mauvaises séances boursières. Une allocation adaptée selon nous consiste en une exposition plus réduite des portefeuilles, avec la vente des titres du secteur des transports, de l’automobile et de l’hôtellerie. Nous maintenons notre exposition sur les secteurs de l’énergie, de la défense et sur les secteurs défensifs, tels que la santé. Nous sommes en revanche attentifs à toute nouvelle concernant l’évolution du détroit d’Ormuz, qui pourrait débloquer le transport maritime et provoquer un énorme rebond de soulagement, malgré une fin de conflit loin d’être acquise.

100 ans. L’âge d’Alan Greenspan, ancien président de la Fed, né le 6 mars 1926.

100 000. Le nombre de drones que pourrait détenir l’Iran.

132 et 150. Le nombre de navires qui seraient bloqués dans et à l’extérieur du golfe Persique.

L’IA selon Nvidia

Une fois encore, la publication des résultats de la première capitalisation mondiale était très attendue. En effet, la valeur est désormais considérée comme le baromètre de l’Intelligence Artificielle (IA) en bourse à elle seule. Les investisseurs attendaient cet évènement avec beaucoup d’anxiété. Cette thématique d’investissement a porté l’indice NASDAQ 100 au zénith jusqu’à la fin janvier 2026, avec à la clé une forte augmentation de la pondération des valeurs technologiques dans l’indice S&P 500.

De surcroît, des doutes sur la pérennité du modèle économique d’OpenAI et sur la soutenabilité des investissements massifs de ses principaux clients ont précédemment provoqué un mouvement récent de défiance envers les « Sept Magnifiques ». Nous pouvons être rassurés, car Nvidia démontre qu’elle demeure incontournable dans cette révolution technologique. Et ce, avec une forte augmentation de 65 % de ses revenus et de 67 % de son bénéfice par action. Pourtant, cette belle performance n’a pas été saluée en bourse.

Pourquoi les investisseurs ont-ils boudé le titre, entraînant une baisse de 5,46 % après la publication ? Est-ce la fin de l’histoire d’amour avec Nvidia ?

Comme toujours dans un examen, il y a l’épreuve écrite (les chiffres publiés) et l’oral (la conférence de presse). Contrairement au marché, nous jugeons les données financières très satisfaisantes. Le chiffre d’affaire est en augmentation de 85 milliards de dollars en un an (à périmètre comparable, sans fusion ni acquisition). Le flux de trésorerie disponible (ou free cash-flow) atteint 96,6 milliards de dollars pour ce seul exercice comptable achevé. 

Nvidia est donc une entreprise exceptionnelle. Elle défie tous les manuels de finance dans lesquels les étudiants apprennent qu’une valeur en forte croissance a besoin d’investir massivement pour soutenir son développement.

De ce fait, ce type de société a, en théorie, une capacité limitée à retourner du cash à ses actionnaires. Contrairement à cet adage, Nvidia dispose d’un modèle économique nécessitant peu d’actifs physiques. La marge brute de 75 % a représenté plus de 153 Md$ en une seule année. Ceci a permis d’investir massivement dans la recherche et le développement, à hauteur de plus de 18,5 Md$. Le tout, en retournant à ses actionnaires plus de 41 Md$ sous forme de rachats de titres et de dividendes. C’est donc une entreprise riche (avec plus de 62 milliards de dollars de liquidités), qui dispose de tous les moyens pour réaliser ses ambitions.

Le consensus attendait auparavant 315 Md$ de revenus pour cette année comptable dont la clôture est prévue en janvier 2027. Avec une prévision autour de 78 Md$ rien que pour le premier trimestre, Nvidia démontre que les estimations annuelles initiales des analystes seront dépassées. Et donc révisées à la hausse. Ce mouvement est, à moyen terme, très positif pour le cours de bourse.

Jensen Huang, le CEO et fondateur de Nvidia, explique que l’IA agentique – celle capable de lire et de prendre des décisions – est en pleine phase d’adoption par les entreprises. Ceci provoque une explosion exponentielle du nombre de tokens, ces petites unités de texte que les modèles de langage lisent et exécutent. Ce phénomène va continuer et s’accélérer.

Il constitue la source du besoin colossal d’infrastructures actuelles et futures, non seulement pour les centres de données mais aussi pour les connecteurs. L’efficience en IA repose sur l’énergie, en watts consommés par token, et sur le coût, en dollars par token. L’ensemble des nouveaux produits de Nvidia est 50 fois plus performant par watt consommé et 35 fois plus performant par dollar dépensé que les précédents.

Cette innovation constante permet au groupe de maintenir des marges élevées et d’assurer sa croissance. Le besoin de calcul est tellement énorme que les capacités de calcul et d’infrastructures seront insuffisantes. La course est donc vers plus de puissance et d’efficience. Le nouveau GPU Vera Rubin a une puissance de calcul de 50 PetaFLOPS (1 billiard ou 1 million de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde). 

Celle-ci peut se résumer en deux axes principaux. La gamme de produits de Nvidia est diversifiée et ne comprend pas uniquement des GPU (unités de processeurs graphiques) utilisés à l’origine dans les cartes graphiques et capables d’effectuer des milliards de calculs instantanément. Le groupe a créé les fameux racks (armoires informatiques complètes) comprenant des dizaines de GPU, des CPU et des modules de réseau pour la connectivité.

Cet ensemble constitue un supercalculateur idéal pour l’utilisation de l’IA. L’entreprise est donc présente aussi bien : sur les plateformes d’équipements, que sur les plateformes de calcul et de codage avec son produit Cuda, utilisé par les programmeurs et les modèles de langage, ainsi que dans tous les environnements cloud. Le second point est en lien étroit avec les principaux créateurs de modèles de langage (Anthropic, Meta, OpenAI et xAI). Il concerne aussi bien les équipements (les racks) que les modèles de codage (Codex d’OpenAI et Claude Code d’Anthropic). Selon Jensen Huang, plus de 1,5 M d’utilisateurs de modèles de langage codent.

Vous l’aurez compris, nous restons fondamentalement optimistes sur les besoins en calcul et en infrastructure liés à l’IA. Face à une révolution et une explosion de la demande, les défis seront nombreux. A la fois en quantité et en efficacité. Cela nécessite un renouvellement constant de produits innovants et devrait contribuer à la poursuite de la croissance. Ne nous étonnons pas lorsque les investisseurs réagissent négativement à une superbe publication et pointent du doigt une croissance dans le calcul plus faible que dans les réseaux. La diversification des produits et des clients permet, au global, d’afficher une superbe croissance. Et ce, avec une faible compression des multiples de valorisation, tout à fait normale à ce stade du cycle.

96,6 milliards de dollars. Le flux de trésorerie disponible  (free cash-flow en anglais) de Nvidia l’année passée.

62 milliards de dollars. La trésorerie disponible de Nvidia au 31/01/26.

50,01 %. La participation de la famille Arnault dans LVMH, avec 65,94 % des droits de vote.

Autant en emporte l’IA

C’est un véritable raz-de-marée. Une sorte de « sauve-qui-peut » s’empare des investisseurs et provoque un tsunami dévastateur sur une partie de la cote. Les pertes sont lourdes, si l’on se fie aux performances (hors dividendes) sur un an glissant de plusieurs titres sinistrés : WPP -62 %, Dassault Systèmes -56 %, SAP -38 %, Capgemini -35 % et Publicis Groupe -24 %.

Pourtant, ces chutes n’ont rien à voir avec la réalité. Car ces sociétés ont connu une stabilité ou une progression de leur bénéfice par action depuis un an. Sauf pour Capgemini dont la baisse est restée contenue (-3,66 %). Nous assistons donc à une forte compression des multiples de valorisation. 

Quelle est l’explication cohérente d’un tel désengagement ? Faut-il acheter ou vendre ces valeurs actuellement totalement délaissées ?

Depuis le lancement réussi de ChatGPT en novembre 2022 et du milliard estimé d’utilisateurs dans le monde de tous les différents modèles de langage large existants (LLM), la perception de cette révolution technologique était positive. Avec de superbes performances boursières pour de nombreux acteurs, dont Nvidia (+1 287 % hors dividendes réinvestis depuis le 01/11/2022).

L’utilisation progressive des outils (dont le spectre est très large) contenant de l’IA était également synonyme d’investissements colossaux, voués à croître encore substantiellement ces prochaines années. L’IA n’étant plus abstraite, mais une réalité, voilà que désormais les investisseurs se penchent sur ses conséquences concrètes sur l’ensemble des secteurs. Le gain évident pour de nombreuses entreprises est une forte automatisation de nombreuses tâches dans plusieurs fonctions. Et ce, à différents niveaux hiérarchiques, et donc un bond de productivité. Dorénavant, cette révolution technologique est également associée à une forte hausse des licenciements et du chômage pour une partie de la population active. Celui des jeunes a atteint un pic récent de 10,60 % en novembre dernier aux États-Unis, et 21,5 % en France au 4ème trimestre 2025, selon l’INSEE. Voilà que l’IA crée un choc générationnel !

Les perdants identifiés sont cloués au pilori. Parmi ces pestiférés figurent, entre autres, les sociétés de logiciels (nos malheureuses SAP, Dassault Systèmes et Capgemini) et toutes celles proposant des services à fort capital humain dédiés aux entreprises. Des postes d’interprètes, de rédacteurs de comptes rendus, de publicitaires et même de programmeurs vont être remplacés par des solutions intégrant de l’IA. Les acteurs concernés devraient réaliser de forts gains de productivité et donc augmenter en théorie leurs marges. Seulement voilà, les opérateurs s’inquiètent de la survie de leur modèle économique et du futur niveau facturé au client. Face à cette inconnue, un seul réflexe : vendre d’abord et réfléchir ensuite.

Faut-il acheter les gagnants ou les perdants de l’IA ? Cette question peut paraître stupide à première vue, car la réponse évidente et unanime devrait être d’acheter les gagnants et de vendre les perdants. Seulement, le marché a-t-il bien identifié et analysé correctement toutes les conséquences encore floues de cette révolution technologique ? Les exemples sont nombreux dans le passé, où ce ne fut pas le cas. L’évènement de DeepSeek, l’année dernière, a démontré que les investisseurs avaient vendu à tort les titres de la technologie américaine, s’alarmant de la concurrence chinoise, quelques semaines avant que Jensen Huang, CEO et fondateur de Nvidia, n’expliquait qu’au contraire, la multiplication des LLM allait augmenter les besoins d’infrastructures.

Tout mouvement de ventes massives et sans discernement crée donc des opportunités d’investissement. Un gérant n’est pas un mouton de Panurge et doit faire ses analyses au cas par cas. Dans l’exemple de la publicité, nous favorisons Publicis Groupe par rapport à WPP, parce qu’ils sont des éditeurs de logiciels pour la création publicitaire qui intègrent de l’IA. À l’inverse, dans chaque estimation, tous les  paramètres doivent être pris en compte y compris de possibles coûts de restructuration qui peuvent plomber le résultat net. Vous l’aurez compris, vive la gestion active ! 

-56 %. La performance du titre Dassault Systèmes depuis 1 an.

35. Le nombre consécutif de jours de pluie en France depuis le 14 janvier, un record depuis 1959.

3 milliards d’euros. Le coût maximal estimé des inondations en France en février 2026.

Ruée vers la dette d’Alphabet

Plus de 140 milliards de dollars de demande cumulée pour 30 milliards de dollars d’émissions obligataires réalisées en trois devises. Tel est l’immense succès de cette gigantesque levée de fonds réalisée cette semaine par Alphabet, propriétaire du moteur de recherche Google et du grand modèle de langage Gemini. Cet engouement est d’autant plus impressionnant qu’il intervient dans un marché redoutant fortement un excès d’investissement et d’endettement lié à l’intelligence artificielle.

Il faut dire que les chiffres sont astronomiques. Et les compteurs s’affolent : plus de 650 milliards de dollars de dépenses cette année rien que pour les hyperscalers (entreprises utilisant de gigantesques infrastructures digitales). Ces besoins de financement, qui pourraient mondialement dépasser 2 000 milliards de dollars au cours de ces prochains exercices, effraient.

La réaction boursière sur le titre Amazon à l’annonce du 5 février relative à 200 milliards de CapExpour 2026 en est bien la preuve. Alphabet fait donc figure d’exception et les créanciers se sont littéralement battus pour lui prêter de l’argent. Comment expliquer un tel engouement ? Pourquoi la firme californienne apparaît-elle comme un des grands gagnants de cette révolution de l’intelligence artificielle ?

Vous connaissez sans doute les puces de Nvidia mais Alphabet dispose d’une arme secrète : les TPU (Tensor ProcessingUnits). Contrairement aux GPU de Nvidia, conçus pour être polyvalents, les TPU sont « taillés sur mesure ». Et exclusivement pour le calcul neuronal (utilisant des modèles mathématiques).

Cette spécialisation permet une efficacité énergétique et un rapport performance-prix bien supérieurs pour l’IA. Le dernier modèle conçu et commercialisé par Alphabet, Ironwood (TPU v7), rivalise désormais avec les puces Blackwell de Nvidia. Tout en offrant des coûts d’exploitation plus bas.

Mais la véritable force d’Alphabet réside dans son infrastructure unique. Là où Nvidia se heurte aux limites physiques des câbles en cuivre, Alphabet utilise une technologie de pointe : la fibre optique couplée à des commutateurs optiques (OCS). Cela lui permet de relier plus de 9 200 puces en un seul maillage massif, fluide et ultra-efficace. C’est grâce à cette architecture hors norme que le groupe a pu entraîner entièrement son modèle Gemini 3, aujourd’hui considéré comme le meilleur modèle multimodal du marché.

Oracle a connu une augmentation du coût de financement. Avec un spread de crédit (écart de taux avec celui de la dette de l’État) ayant doublé depuis fin septembre à plus de 200 points de base (2 %) pour des maturités de 30 ans. Alphabet, quant à elle, a vu son spread baisser depuis la publication de ses résultats du 23 janvier. Et ce malgré cette méga émission de dettes. La demande étant largement supérieure à l’offre, les spreads des 17 émissions proposées en dollar, en livre sterling et en franc suisse ont été réduits sensiblement par rapport à la proposition initiale. Encore plus incroyable, celui-ci a baissé depuis la précédente levée de fonds de fin novembre. L’entreprise s’est endettée pour plus de 55 milliards de dollars au total et les investisseurs en redemandent. 

La firme de Redmond est la seule aux États-Unis, avec Johnson & Johnson, à bénéficier de la meilleure note de crédit : le AAA. Celle-ci n’a pas émis depuis juin 2024. Microsoft devrait se présenter au marché à partir de juin 2026. Il sera intéressant de voir si l’enthousiasme est au rendez-vous ou si les craintes sur la pertinence du modèle d’OpenAI (dont Microsoft est actionnaire) vont l’emporter.

Alphabet, une entreprise maître de son destin

Loin de l’euphorie, le géant de Mountain View construit une forteresse intégrée. En maîtrisant toute la chaîne, de la puce aux services comme la recherche ou les taxis autonomes Waymo, le groupe transforme ses dépenses en actifs durables. Ces investissements massifs ne sont pas une fuite en avant, mais les fondations d’une domination future. Le meilleur est, sans aucun doute, encore à venir. Pas étonnant que les créanciers aient souscrit de la dette à 100 ans sans savoir si le moteur de recherche Google existera toujours en 2126 !

140 milliards de dollars. La demande cumulée pour toutes les émissions de dette d’Alphabet.

6,125 %. Le taux de rendement en GBP de l’obligation à 100 ans émise par Alphabet.

68 564. Le nombre de défaillances d’entreprises en 2025, un record selon la Banque de France.

La pilule anti-obésité va-t-elle sauver Novo Nordisk ?

Novo Nordisk pleure pendant qu’Eli Lilly rit. Tel est le résumé de cette folle journée du 4 février, où le cours de l’action du laboratoire pharmaceutique danois a perdu 17 %. Tandis que celui de son concurrent américain gagnait plus de 10 %. Les deux sociétés ont publié ce même jour leurs résultats de 2025 et leurs prévisions de 2026.

Le moins que l’on puisse dire est que les investisseurs observent deux photos très différentes du marché contre le diabète et l’obésité. D’un côté, Novo Nordisk prévoit cette année une baisse de 5 à 13 % de ses revenus et de son résultat opérationnel à taux de change constant. De l’autre, le gagnant d’outre-Atlantique, prévoit une croissance de 25 % de ses revenus et de 38 à 45 % de son bénéfice par action. Quelles sont les raisons qui expliquent un tel écart de performance ? Le succès de la pilule Wegovy contre l’obésité de Novo Nordisk va-t-elle renverser la tendance ?

Ceux qui pensent que le marché contre cette pathologie de masse n’a pas d’avenir se trompent. C’est un véritable fléau pour l’humanité, avec des prévisions alarmantes, quelles que soient les sources. Ainsi, le journal scientifique The Lancet a publié en mars 2025 une étude intitulée « Prévalence mondiale, régionale et nationale du surpoids et de l’obésité chez l’adulte, 1990–2021, avec des projections jusqu’en 2050 ». Dans ce document, 2,11 milliards d’adultes âgés de plus de 25 ans en 2021 étaient estimés en surpoids (indice de masse corporelle – IMC supérieur à 25) ou obèses (IMC supérieur à 30).

En 2050, la projection est de 3,8 milliards. C’est incontestablement un marché de croissance et une problématique mondiale qu’il faut traiter par tous les moyens. Nous assistons actuellement à un quasi-duopole entre le Danois et l’Américain sur ce marché des patients traités par des molécules de type GLP-1 (agonistes du récepteur du peptide‑1 de type glucagon).

Ce genre de médicament est autorisé principalement contre le diabète de type 2 et l’obésité. D’autres indications récentes ont été obtenues. Par exemple pour la prévention des risques cardiovasculaires chez les obèses. Egalement pour le syndrome d’apnée obstructive du sommeil et la maladie du foie intitulée MASH (stéato‑hépatite métabolique) avec fibrose modérée ou avancée. Les noms commerciaux des médicaments phares contre le diabète de type 2 et l’obésité sont respectivement Ozempic et Wegovy chez Novo Nordisk. Mounjaro et Zepbound chez Eli Lilly.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les données sur les volumes et les prix de l’Américain sont plutôt flatteuses, tous produits confondus. Sur un an aux États‑Unis, les volumes sont en hausse de 53 % et les prix en baisse de 10 %. La firme d’Indianapolis prétend détenir 64 % de parts de marché sur le segment anti‑obésité de marque, et même 69 % des nouvelles prescriptions.

Le secret de cette réussite repose très certainement sur un bon mix efficacité et prix concurrentiel. La publication de l’étude clinique comparative en mai 2025 (intitulée SURMOUNT‑5) entre la molécule d’Eli Lilly et celle de Novo Nordisk, en faveur du premier, a été sans aucun doute un élément crucial pour la firme d’Indianapolis. Forte de cette supériorité reconnue dans le monde médical, l’Américain n’a cessé de gagner des parts de marché et a continué de baisser ses prix pour maintenir son avantage concurrentiel, grâce à l’effet volume. Cela se traduit par un bond de 123 % sur un an des revenus de Zepbound (obésité), à 4,26 milliards de dollars. La stratégie sera donc identique en 2026, puisque Eli Lilly prévoit une baisse des prix entre 5 et 15 % sur l’ensemble de sa gamme et une croissance de son chiffre d’affaires entre 22,5 % et 27,5 % au niveau mondial.

La firme de Bagsværd est pourtant la pionnière dans ce juteux marché des GLP‑1. La première indication contre le diabète d’Ozempic date de 2017. Contre 2022 pour Mounjaro. Le Danois était également en avance contre l’obésité avec une première commercialisation de Wegovy en juin 2021. Contre novembre 2023 pour Zepbound. Tous ces médicaments existent sous forme injectable. 

Novo Nordisk est encore le plus novateur. La firme est la première à commercialiser une pilule contre l’obésité utilisant le mécanisme d’action GLP‑1, depuis janvier dernier. C’est un énorme succès. Selon son CEO, Maziar Doustdar, 170 000 patients sont sous traitement au 5 février. Ce serait le plus fort lancement de l’histoire pour un médicament. Ces volumes de prescriptions ont permis le rebond du titre à plus de 400 couronnes danoises le 23 janvier. Soit une progression de 23 % depuis le 1er janvier. L’optimisme était possible avant cette publication de résultats.

Le Danois va‑t‑il encore une fois être le plus rapide au départ, pour se faire coiffer ensuite avant la ligne d’arrivée par l’Américain ? Refroidis par les deux dernières expériences, les investisseurs redoutent un scénario identique pour ce nouveau feuilleton dans la bataille contre l’obésité. Mais rien n’est joué pour le moment.

Les médecins prescripteurs devront choisir pour leurs patients entre efficacité et praticité. En effet, l’utilisation d’Orforglipron n’est soumise à aucune contrainte alimentaire. Et ce, contrairement à la pilule Wegovy qui doit se prendre à jeun, 30 minutes minimum avant tout apport de nourriture. Il n’existe pour l’instant aucune étude clinique comparative entre les deux produits. Les médecins doivent donc se fier uniquement aux données cliniques propres à chacun.

Selon l’étude OASIS‑4, publiée dans le journal scientifique The New England Journal of Medicine (alias NEJM), la perte moyenne de poids des 205 participants ayant reçu le traitement Wegovy pendant 64 semaines a été de 13,6 %. Pour Orforglipron, la perte mesurée au bout de 72 semaines dans l’étude ATTAIN‑1 (publiée également dans le NEJM) a été comprise entre 7,5 % et 11,20 % selon le dosage de 6 à 36 milligrammes.

À cette forte dose, un tiers des patients a perdu plus de 15 % de son poids. Par conséquent, à ce stade, il n’est pas possible de déterminer qui sera le vainqueur. Les deux médicaments ont donc leurs chances.

Le 5 février, l’annonce par le site de téléconsultation Hims & Hers de vendre une copie préparée en pharmacie de la pilule de Wegovy à 49 dollars par mois, contre 149 dollars en moyenne, a fait l’effet d’une douche froide sur les cours de bourse de Novo Nordisk et d’Eli Lilly. Le laboratoire danois a immédiatement communiqué en affirmant que ces copies n’étaient ni approuvées par les autorités, ni testées. Et que des actions légales et règlementaires seraient entreprises.

Il est intéressant de noter que le régulateur américain (la Food and Drug Administration – FDA), par la voix de son commissaire Martin Makary, a confirmé que l’agence prendrait des mesures contre les sociétés commercialisant des versions non approuvées. En effet, la sécurité, l’efficacité et la qualité ne sont pas vérifiées. La vente de ce produit par Hims & Hers devrait être retirée tôt ou tard. Il faut noter également que les assurés médicaux paient 25 dollars par mois, soit une somme inférieure à la version libre.

Le résultat par action de l’entreprise en 2025 a été de 23 couronnes danoises. Avec une baisse anticipée de 13 % pour 2026 (hypothèse la plus pessimiste), le résultat par action passerait à 20. À 280 couronnes danoises, la valorisation n’est que de 14 fois. Ce chiffre nous semble, malgré tous ces déboires, trop faible pour une société sur un marché en forte croissance.

De surcroît, la capitalisation boursière actuelle (176 milliards d’euros) est revenue au niveau de celle de 2021, année du lancement du traitement Wegovy. Cette activité contre l’obésité est selon nous injustement sous-évaluée par le marché.

Patience donc !

+44 %. La croissance des revenus d’Eli Lilly en 2025, à 65 milliards de dollars.

200 milliards de dollars. Le somme des investissements prévus par Amazon en 2026.

22,2 milliards d’euros. La provision passée par Stellantis au second semestre 2025.

Trop investis et trop nerveux

Que se passe-t-il ? C’est la saison des résultats annuels et un vent d’angoisse gagne les investisseurs. Cette période est coutumière d’une forte dichotomie de performance entre les titres de sociétés ayant surpris positivement et ceux ayant déçu.

Depuis une dizaine de jours, nous observons un autre phénomène beaucoup plus rare. A savoir celui du renversement de tendance en séance. Ainsi, les cours d’ASML, Rémy Cointreau et Lonza ont ouvert, le jour de leur publication, en nette hausse pour clôturer en baisse. Ce comportement de prise de profits sur une bonne nouvelle est symptomatique d’un marché suracheté à court terme, où le mouvement d’allègement de ses positions l’emporte sur celui de renforcement de titres dont l’activité est plutôt rassurante. Est-ce la fin du rallye haussier ?

Posséder un portefeuille d’actions équivaut à être propriétaire d’une fraction du capital des entreprises dans lesquelles on investit. C’est placer son argent dans des sociétés dont les flux de trésorerie actuels et futurs permettent d’assurer un rendement actuellement important. Ou voué à croître sensiblement.

Deux raisons pertinentes justifieraient ce comportement. La première est liée à un haut de cycle, où l’entreprise connaîtrait un pic de ses profits. Soit une capacité plus réduite à l’avenir de distribuer des dividendes à ses actionnaires. La seconde consisterait à anticiper une de hausse des taux longs. Comme ce fut le cas en 2022, dans un cycle de durcissement monétaire des banques centrales. À l’époque, l’effet négatif sur l’actualisation des flux de trésorerie était plus fort que l’effet positif de croissance des mêmes flux. Certes, les rendements à 30 ans ont connu, des deux côtés de l’Atlantique, une appréciation depuis octobre dernier (respectivement autour de 0,30 % et 0,40 % en zone euro et aux États-Unis). Cependant,  leur évolution depuis le début de l’année reste assez contenue (quelques points de base). L’explication est donc ailleurs.

Selon l’enquête réalisée mensuellement par Bank of America auprès des gestionnaires de fonds mondiaux, le niveau des liquidités dans les portefeuilles est à un niveau historiquement bas, soit 3,3 % en décembre. Un chiffre trop faible pouvant constituer un signal baissier, selon la banque américaine. Cela traduit également une prise de risque importante de la part des financiers, liée à un certain optimisme quant à l’activité économique et aux profits des entreprises. Surtout aux États-Unis. Cette exposition est, selon nous, inappropriée face à la multiplication d’évènements géopolitiques, comme ceux connus depuis le début d’année, qui brouillent les perspectives et rendent incohérent cet optimisme aveugle. Trop exposés et trop nerveux, les investisseurs vendent à la moindre occasion. 

C’est le double jugement pour chaque direction d’entreprise. Celui-ci intervient tout d’abord au moment de la publication des communiqués. Les premières évaluations des analystes se basent donc sur des chiffres en rapport avec l’exercice écoulé et sur les perspectives à venir. C’est la fameuse guidance ou prévision annuelle. Puis, une fois que les professionnels sont soit tendus, soit rassurés par les données fraîchement fournies, vient l’épreuve du grand oral, face à un jury plus ou moins clément ou inquisiteur, selon le contexte. Certains dirigeants ont connu la double peine cette semaine, comme ceux de SAP ou de Microsoft. Les deux sociétés ont connu une forte croissance dans le cloud, mais inférieure aux attentes. Ces corrections sont-elles justifiées ?

Nous anticipons la poursuite de cette forte volatilité ces prochaines semaines, soit au moins jusqu’à la fin de la période des résultats. Néanmoins, ces phases de marché ne sont pas forcément synonymes de tendance durablement baissière. Même si la Fed et la BCE sont en mode pause, les données économiques ne justifient pas un durcissement monétaire. Laissons donc faire les entrepreneurs, avec à la clé, une hausse des bénéfices pouvant tirer une nouvelle fois les indices au sommet.

-45°C. La température ressentie le 24 janvier aux USA (-32°C observée).

508 mètres. L’escalade de la tour Taipei 101, réalisée sans cordes ni harnais  par l’Américain Alex Honnold.

357 milliards de dollars. La perte de capitalisation boursière de Microsoft le 28 janvier.

Du monologue au dialogue à Davos

« Un esprit de dialogue ». 

C’est le thème cette année du Forum économique mondial de Davos. Du 19 au 23 janvier, plus de 3 000 participants sont réunis dans la station de ski suisse de plus de 10 000 habitants, située à 1 560 mètres d’altitude, dans le canton des Grisons.

Le moins que l’on puisse dire est que cette volonté initiale de réunification était mal engagée, sur fond de crise aiguë entre les alliés de l’OTAN sur le sujet de la souveraineté du Groenland. Les marchés financiers ont tout d’abord piqué du nez, sans toutefois paniquer, à la suite de plusieurs tweets de Donald Trump sur l’avenir de ce territoire. Et surtout sur son souhait de voir les États-Unis posséder la plus grande île non continentale au monde . « A l’amiable ou par la force », pour des enjeux de sécurité.

Les premières journées ont été le théâtre d’allocutions musclées. En effet plusieurs chefs d’État ont croisé le fer verbalement avec le président américain. Tout semblait perdu et les dirigeants irréconciliables. Quand soudain, le 21 janvier, un projet d’accord a émergé, où le dialogue et la raison semblent avoir finalement triomphé. Avec à la clé, un redressement des bourses.

La crise est-elle pour autant résolue ? Quelles sont les attitudes à avoir face à ces évènements géopolitiques qui vont malheureusement se multiplier ?

Le Forum économique mondial (ou WEF en anglais) n’est pas un salon comme les autres. Il s’agit d’une fondation suisse à but non lucratif et indépendante. Elle est basée à Cologny, dominant le lac Léman et possède le statut d’organisation internationale non gouvernementale.

Selon le dernier rapport publié en septembre dernier, les revenus annuels de l’organisation au 30 juin 2025 ont dépassé les 484 millions de francs suisses. La vente des badges d’accès au forum de Davos n’est pas ouverte au public et l’inscription n’est pas libre.

La fondation choisit ses membres. Ils sont sélectionnés parmi des entreprises leaders mondiales. Tous exercent une influence stratégique importante et sont désireux de contribuer aux questions globales. Les 1 000 « heureux élus » payants déboursent de 25 000 à 600 000 dollars par an pour être partenaires et faire partie de ce club fermé. Entre 200 et 300 personnes protégées internationalement sont également conviées gratuitement. Dont évidemment les chefs d’État. De surcroît, environ 400 journalistes accrédités peuvent y participer sans payer.

Le Forum économique de Davos est donc pendant 4 jours le centre mondial des échanges entre     « grands » du monde politique ou économique. Ainsi, Arthur Mensch de Mistral AI figure parmi les personnalités influentes de la technologie. Au même titre que Jensen Huang de Nvidia.

Depuis sa première réunion en 1971 sous l’initiative de son fondateur, l’économiste Klaus Schwab, adepte du capitalisme des parties prenantes, Davos est réputé pour avoir accompli des avancées majeures. Cela va, entre autres, de la prévention d’un conflit armé entre la Grèce et la Turquie (1988), à la contribution à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud (années 1990), à la contribution à l’émergence du G20 (1998) et à la création de GAVI, alias l’Alliance du Vaccin (2000).

Il ne faut pas oublier le manifeste de Davos actualisé de 2020. Sur les principes autour de la transparence, de la lutte contre la corruption, du respect des droits humains et de la contribution fiscale équitable. Cette année, l’homme du dialogue, ayant rapproché les positions totalement divergentes entre Américains et Européens sur le sujet du Groenland, est sans aucun doute le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, ancien Premier ministre des Pays-Bas.

Celui-ci a réussi à faire valider un projet d’accord sur la protection de ce territoire, qui a permis le retrait des droits de douane américains, voulus par le président américain pour en obtenir la possession.

Dans notre première lettre hebdomadaire de l’année 2026, « Un shérif omniprésent en 2026 », nous avions écrit que nous devions tenir compte de la géopolitique dans nos allocations d’actifs. De ce fait, les mines d’or, les valeurs de défense, mais également celles de la santé – injustement délaissées en 2025 – et de la technologie, figuraient dans nos portefeuilles en 2026.

C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que les tarifs, selon Donald Trump, ne sont pas uniquement une arme économique. Mais un moyen de pression politique pour arriver à ses fins. Le locataire de la Maison-Blanche est reparti de Suisse, avec de nouvelles concessions sous le bras. Et la création de son Conseil de la Paix. Pour autant, le cours de l’or continue de progresser malgré cette désescalade. Quant à la volatilité des marchés elle devrait être plus forte ces prochains mois que celle anticipée par le prix des options.

Nous restons investis sur nos positions, tout en conservant une poche de liquidités non négligeable. Ceci, afin de pouvoir acheter des titres injustement délaissés dans ces périodes de tension. Cela permet de prendre des profits dans les phases d’apaisement, en attendant le prochain feuilleton géopolitique. 

3 000. Le nombre de participants au Forum économique mondial de Davos.

De 25 000 à 600 000 dollars. La cotisation d’un membre partenaire du Forum économique mondial.

58 %. La progression du titre Ivison Tech en deux séances, fabricant des lunettes portées par Emmanuel Macron à Davos.