Un cycle encore sous-estimé

Quelle est la seule entreprise au monde capable dès aujourd’hui de prédire une croissance de ses revenus de 70 % l’année prochaine ? Soit au bas mot 280 milliards de dollars en plus ? La réponse est Nvidia, bien sûr.

La publication du leader de l’intelligence artificielle constituait un des moments forts de cette semaine du 24 août 2026. Semaine qualifiée, à tort ou à raison, comme celle de tous les dangers. Outre les aléas géopolitiques, les données de l’inflation américaines (indice PCE) ressortie en ligne et le fameux discours du président de la Fed à Jackson Hole, les résultats de Nvidia étaient attendus avec une grande anxiété.

Les attentes ont-elles été dépassées ? Les perspectives sont-elles à la hauteur des anticipations déjà très élevées ? Les inquiétudes sur le financement de cet écosystème qualifié d’incestueux ont-elles été dissipées ? Au-delà des données, le management se devait de convaincre les investisseurs sur tous ces points.

Le moins que l’on puisse dire est que tous ont été sonnés dès que la conférence téléphonique a débuté. Nvidia sera très probablement d’ici l’année prochaine la société aux profits les plus élevés dans le monde. S’agit-il d’un simple rêve pieux ou d’une réalité ?

Comme toujours aujourd’hui avec l’intelligence artificielle, les chiffres donnent le tournis : une progression de presque 50 milliards de dollars des revenus sur un an au 2ème trimestre à 96,2 milliards de dollars et un bond de 128 % du résultat par action à 2,46 $. La vague de l’IA emporte toutes les prévisions les plus optimistes sur son passage. Le plus remarquable dans tout cela est que les dépenses opérationnelles représentent à peine 8,4 milliards de dollars sur cette période. Avec une marge brute de 75 %, le résultat opérationnel, le free cash-flow et le retour aux actionnaires ont dépassé respectivement les 28, 21 et 26 milliards de dollars.

C’est un fait indiscutable que nous avons déjà mentionné lors des publications précédentes : Nvidia est un cas d’investissement unique. Et ce, en tant que vache à lait en hyper croissance, qui défie tous les manuels du parfait financier. Ainsi, son développement fulgurant s’autofinance et le management s’est engagé à redistribuer plus de 50 % des cash-flowsopérationnels aux actionnaires. De plus, la société n’est pas endettée. Elle dispose actuellement d’un excèdent de trésorerie de plus de 60 milliards de dollars.

D’entrée de jeu, la directrice financière Colette Kress donne le ton. Les prévisions pour le 3ème trimestre se situent autour de 108 milliards de dollars pour le chiffre d’affaires et de 74 % pour la marge brute. Puis les choses se sont animées davantage. Avec cette prévision incroyable d’une croissance de 70 % des revenus sur le prochain exercice comptable. Les analystes financiers n’en croyaient  pas leurs oreilles. La séance des questions/réponses a d’ailleurs ouvert sur ces anticipations les plus optimistes.

Quoi de mieux pour rassurer son audience que de déclarer ne pas pouvoir satisfaire la demande, malgré tous les efforts déployés ? Un autre chiffre choc a été l’annonce de Colette Kress d’un nouveau partenariat avec AWS portant sur la fourniture de 2 millions de puces GPU d’ici à mi-2028, ainsi que d’un carnet de commandes de 2 000 milliards de dollars au sein des acteurs du cloud. Cela se traduit par des besoins énormes en matière de capacités chez tous ces protagonistes. Puis Jensen Huang, président fondateur de la société, a été une fois encore très persuasif.

Il faut répondre à toute cette puissance de calcul qui va être construite, et la visibilité est aujourd’hui plus forte qu’elle ne l’a jamais été. Nvidia n’a jamais donné de prévisions à plus d’un an. La progression de la demande réelle est bien supérieure à l’objectif de 70 % qui sera fourni. Nvidia continuera à faire tout son possible pour accélérer l’offre sur le marché.

Dans une note récente, la banque Goldman Sachs a relevé ses prévisions totales de puissance pour les data centers de 83 gigawatts à 108 gigawatts à l’horizon 2030. En offrant des solutions complètes, plus performantes, et pas uniquement des puces, Nvidia a pu augmenter ses revenus par gigawatt de capacité chez ses clients, passant de 18 milliards de dollars à plus de 40 milliards de dollars aujourd’hui. L’augmentation nécessaire de la puissance de calcul est si importante, avec l’arrivée des modèles de langage fermés puis ouverts, que les défis sont colossaux. Pour y répondre, les produits devront continuer à gagner en performances, tant sur le plan de la puissance que sur le plan économique. Après avoir initialement progressé, le coût par token devrait continuer à baisser. Oui, en effet, Nvidia continue à investir dans plusieurs maillons de la chaîne de valeur de l’IA.

Selon Jensen Huang, la rentabilité de ces investissements est déjà élevée et va continuer à croître. Pour notre part, ces investissements étant financés exclusivement par des flux de trésorerie disponibles, nous partageons la vision de la société, qui souhaite étendre davantage sa domination en tant qu’acteur incontournable de cette révolution technologique. Oui, le cycle actuel de l’IA avec des besoins d’investissement gigantesques est loin d’être terminé.

128 %. La hausse sur un an du bénéfice par action de Nvidia au 2ème trimestre.

70 %. La croissance des revenus de Nvidia prévue pour le prochain exercice.

2 000 milliards de dollars. Le carnet de commandes des acteurs du cloud, selon Jensen Huang, CEO de Nvidia.

150 km/h. La vitesse de la vague déferlante au Népal.

Solide comme un rock ?

Quel pays européen emprunte le plus cher à 10 ans entre la France, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ? La triste réponse est la France. Avec un taux à 4,14 % ce jeudi 20 août, qui figure bel et bien en bas de ce classement, punie au coin de la classe avec, de surcroît, un bonnet d’âne. Pour nos créanciers, il y a bien longtemps que le coq gaulois ne chante plus. Du moins, plus aussi fort qu’auparavant.

Le décrochage date surtout de l’annonce de la dissolution de juin 2024, où le lion belge des Flandres et le coq de Barcelos portugais ont profité de cet imbroglio politique pour passer devant nous avec des taux d’emprunt plus faibles. L’instabilité gouvernementale qui a suivi a fait passer le taureau espagnol et la chouette grecque devant notre animal national. Respectivement en juin et en septembre 2024. Il restait le loup italien qui finit, lui aussi, par dévorer tout cru notre coq en septembre 2025. Désormais, la nation transalpine emprunte moins cher que notre douce France.

Les raisons de ce déclassement sont bien connues. Elles ont été longuement énumérées et commentées dans tous les médias. D’ailleurs, ce qui inquiète les investisseurs ces jours-ci n’est pas la situation préoccupante de l’Hexagone, qui emprunte, soit dit en passant, et grâce à notre monnaie unique européenne, moins cher que les États-Unis et le Royaume-Uni. Mais bien la hausse généralisée des taux longs sur tous les continents. Ainsi, les rendements à 30 ans outre-Atlantique ont atteint cette semaine un sommet inédit depuis juin 2007 à 5,33 %. La même échéance se négociait en Allemagne autour de 3,78 %, au plus haut depuis juin 2011.

Cette flambée de la partie longue de la courbe est problématique pour plusieurs raisons. La première est qu’elle alourdit la charge nette d’intérêts des États. Celle-ci avait grimpé à 3,15 % du PIB américain en 2025, s’approchant du pic d’après-guerre de 1991 (3,16 %). Nul doute que, dans ce contexte de flambée actuelle des taux longs, les projections du Congressional Budget Office (CBO) d’une charge nette d’intérêts dépassant 4,10 % en 2035 seront dépassées. Selon le Trésor américain (le site fiscaldata.treasury.gov), ce poste représente 15 % des dépenses du gouvernement recensées en 2026 à fin juillet. Et figure au 3e rang derrière ceux de la Sécurité sociale et du programme de soins Medicare. Ironie du sort, en plein conflit dans le Golfe persique, la charge d’intérêts dépasse même les sommes allouées à la défense (13 % des dépenses).

La seconde raison est qu’elle diminue, par effet d’actualisation, la valeur des actifs financiers. Ainsi, depuis le début de l’année, les porteurs d’obligations du Trésor américain à 10 ans et à 30 ans ont perdu respectivement 1,45 % et 3,31 %, selon les indices Bloomberg US Treasury Bellwethers Total Return. 

Les coupons perçus ne compensent donc plus les pertes du prix des obligations causées par la hausse des taux. Cette situation peut, si elle perdure, provoquer un mouvement plus prononcé de ventes, voire de panique.

Il fallait calmer les esprits et le secrétaire au Trésor. Scott Bessent, a fini par agir ce 19 août, en annonçant un doublement des rachats de dette de maturité longue. Pour un pays dont l’endettement global a dépassé le seuil symbolique des 40 000 milliards de dollars, cela consiste à emprunter davantage sur le court terme afin de rembourser davantage sur le long terme. Ce tour de passe-passe d’apprenti sorcier est possible grâce à une pentification élevée de la courbe des taux, comme actuellement. Ainsi, l’écart de rendement entre les échéances à 3 mois et à 30 ans avait atteint un pic de 150 points de base.

Cette mesure a permis un coup d’arrêt bienvenu. Mais sans doute provisoire, à la hausse des taux longs. Nous la jugeons positive car elle prend à contrepied les spéculateurs à la baisse (les fameux vendeurs à découvert). Et ce, en leur infligeant des pertes et en les obligeant ainsi à racheter leurs positions.

Toutefois, son bienfait est probablement insuffisant. En effet, le fond du problème est plus profond : des déficits cumulés abyssaux, une dette gigantesque (autour de 123 % du PIB selon les données du deuxième trimestre) et une inflation toujours élevée. Sur le sujet du déficit, la situation s’empire. En effet, celui-ci s’est creusé à fin juillet de 170 milliards de dollars par rapport à 2025. Il culmine à 1 799 milliards de dollars (soit à son plus haut niveau historique hormis les années Covid de 2020 et 2021). Du coup, la dette va inexorablement continuer à s’envoler ces prochains mois.

Sur le front de l’inflation, malgré une amélioration en juillet, les maux actuels sont le blocage prolongé du détroit d’Ormuz, qui provoque une forte volatilité des cours de plusieurs matières premières (pas uniquement énergétiques), et les investissements gigantesques dans les infrastructures de l’intelligence artificielle. Ces derniers provoquent une forte hausse des prix des composants et des équipements utilisés dans toute la chaîne mondiale de création de valeur.

Il existe un débat sur l’IA. Va-t-elle être désinflationniste, grâce à un bond de la productivité, ou inflationniste à cause des pénuries sur toute la chaîne d’approvisionnement ? Dans ce dernier cas, on parle donc d’« A.I.nflation». À court terme, les goulets d’étranglement et la hausse des prix l’emportent largement sur les gains de productivité. Au bout du compte, les créanciers exigent une prime de risque supplémentaire, matérialisée par davantage de rendement, liée à la détérioration des finances publiques et à une inflation structurellement plus élevée.

En théorie, qui dit des taux longs plus élevés dit des cours des actions plus bas. Egalement par effet d’actualisation, surtout pour les valeurs de croissance. Alors pourquoi les indices mondiaux étaient-ils à leur plus haut historique ce 13 août ? Parce que nous connaissons également une accélération des profits des entreprises. Ainsi, les prévisions de bénéfices par action n’ont cessé d’être révisées à la hausse. Et ce, surtout depuis la saison des résultats du deuxième trimestre. Ainsi, leur progression sur un an glissant ressort à 23 % en Europe et à 33 % aux États-Unis. Même en excluant le secteur de l’énergie, ce même taux de croissance ressort à 11 % et à 28 %. Le bilan reste donc plus que satisfaisant. 

Dans ce contexte d’incertitudes fiscales et géopolitiques, avec de surcroît une inflation durablement élevée et des profits d’entreprises solides, les investisseurs préfèrent conserver leurs actions qui, pour le moment, semblent constituer un rempart face à la baisse des obligations. 

On voit bien que l’équilibre des forces actuelles reste précaire. Leur modification, même modeste, peut faire basculer le curseur dans le mauvais sens. Il faut donc que les taux longs se calment, que les profits continuent de progresser et, idéalement. Et aussi, que le détroit d’Ormuz rouvre rapidement afin de faire baisser durablement l’inflation. Même si nous restons globalement positifs et confiants sur les marchés, nous ne pouvons pas exclure une augmentation de la volatilité au cours des prochains mois. Le séminaire de la Fed à Jackson Hole, les résultats de Nvidia la semaine prochaine, ainsi que l’évolution des taux longs seront très probablement les principaux points à surveiller de très près. 

4,14%. Le rendement à 10 ans des obligations du Trésor français, au plus haut depuis 2008. 

5,33%. Le taux de rendement des obligations à 30 ans du Trésor américain, au plus haut depuis juin 2007. 

40 000 milliards de dollars. L’encours de la dette américaine.

Bénéfices et free cash-flow

La semaine la plus chargée de la saison des publications du deuxième trimestre se termine. Au 31 Juillet 2026, respectivement 63 % et 71 % des entreprises composant les indices S&P 500 et STOXX Europe 600 auront annoncé leurs résultats.

Réjouissons-nous car, à ce stade, ils sont à la hauteur de nos espérances. Plus de 86 % des sociétés d’outre-Atlantique ont battu les prévisions des analystes, contre 56 % en Europe.

Nous vivons une période incroyable et pleine de paradoxes. En effet, nous assistons à la plus forte progression annuelle des bénéfices par action trimestriels depuis quatre ans, et ce même au cours d’un conflit majeur au Moyen-Orient. Cette bonne performance permet à la Bourse européenne de battre son récent record historique du 6 juillet dernier, avec un indice STOXX Europe 600 (dividendes réinvestis) dorénavant en progression d’environ 12 % depuis le début de l’année. Pourtant, la fête n’est pas pour tout le monde et, au-delà de ce bilan satisfaisant, se cache une situation fortement contrastée. Une situation où battre le consensus n’est pas forcément gage d’une réaction boursière positive. En dehors des bénéfices, quels sont les autres paramètres importants scrutés par les investisseurs ? Lesquels seront privilégiés au cours de ce second semestre, qui s’annonce tout aussi volatil ?

Le constat semble surprenant, mais c’est un fait pour le deuxième trimestre. Depuis un an, les bénéfices par action des entreprises ont davantage progressé sur le Vieux Continent qu’au pays de l’Oncle Sam. Et ce, malgré le boom de l’intelligence artificielle qui dope l’activité aux États-Unis et une hausse des prix de l’énergie qui pénalise davantage l’économie européenne. L’explication repose sur les différences sectorielles entre les indices des deux zones.

Ainsi, plus des deux tiers de la progression américaine des résultats de 20 % sont attribués à trois secteurs. D’abord les financières (7,4 %), puis la technologie (4,5 %) et la santé (1,9 %). En Europe, c’est le secteur de l’énergie qui se taille la part du lion avec une hausse de plus de 110 % des bénéfices. Si l’on exclut ce segment de la cote, la hausse des bénéfices par action ne serait plus que de 10 %. Contre 19 % aux États-Unis. Cela fait mal à dire, mais le conflit dans le Golfe persique a contribué positivement aux profits des entreprises cotées européennes, principalement réalisés en dehors de la zone continentale. Cela explique sans doute la décorrélation entre l’évolution de la Bourse et notre perception de l’activité domestique, qui subit davantage les effets négatifs des tensions géopolitiques.

Ne soyons pas chauvins et restons objectifs. Les valeurs technologiques américaines conservent la plus forte dynamique bénéficiaire. Le consensus des bénéfices par action trimestriels sur un an glissant n’a cessé d’être revu à la hausse pour se situer à plus de 50 %.  

Le boom de l’intelligence artificielle et celui des investissements continuent de doper les résultats. Pour l’ensemble de l’année 2026, la croissance estimée des bénéfices par action ressort à 32 % pour l’indice Nasdaq 100.
Et ce, contre 27 % pour l’indice S&P 500 et 14 % pour l’indice STOXX Europe 600.

Le plus important est que la surprise sur les résultats publiés est positive dans toutes les zones. De facto, les prévisions annuelles n’ont cessé d’être révisées à la hausse. Ce qui explique le bon comportement des marchés et leur résilience face aux divers chocs.

Depuis la mi-juin, les superstars de la cote n’ont justement plus la cote. À cette date, la performance depuis janvier 2026 de l’indice Nasdaq 100 était supérieure à 21 %. Contre environ 9,5 % pour les indices S&P 500 et STOXX Europe 600. Cette prime d’appréciation pouvait se justifier par la seule dynamique des résultats, largement commentée précédemment. Aujourd’hui, les compteurs ne sont pas remis à zéro, mais se situent autour de 12 % en ce qui concerne les performances 2026, dividendes réinvestis, pour les indices STOXX Europe 600 et Nasdaq 100. On assiste donc, en réalité, à une compression des multiples de valorisation sur les valeurs technologiques.

Pourquoi un tel mouvement de désaffection, alors que la dynamique des résultats n’est pas du tout cassée ? L’explication ne se trouve pas dans les bénéfices. Mais bien dans d’autres paramètres que doivent intégrer les investisseurs. 

Les investissements dits « capex » des hyperscalers n’ont cessé d’être révisés à la hausse depuis 2023. Ils sont passés de 143 à 955 milliards de dollars pour 2026. Ceux-ci devraient même dépasser les 1 500 milliards de dollars en 2028. La question de la rentabilité de ces sommes gigantesques engagées se pose. Tout comme celle de la solvabilité des acteurs. Quand on compare les fortes réactions boursières ayant suivi les publications des résultats du deuxième trimestre des grandes valeurs technologiques, il est possible d’observer une forte hausse des titres Microsoft et Amazon, ainsi qu’une forte baisse de ceux d’Alphabet et de Meta Platforms. En plus de la forte progression des résultats chez tous ces protagonistes, le marché a salué le fait que Microsoft et Amazon ont présenté un plan excédentaire pour 2027. En d’autres termes, le flux de trésorerie disponible, ou free cash-flow, devrait rester excédentaire pour l’année prochaine. Contrairement à celui de Meta Platforms, d’Oracle et d’Alphabet. Cette situation saine reste appréciée des investisseurs. Et ce, dans un contexte où, de surcroît, les taux longs se tendent et compriment mécaniquement les valorisations des valeurs de croissance par un effet d’actualisation négatif.

Voilà pourquoi les flux se sont orientés ces dernières semaines vers des sociétés plus faiblement valorisées. Elles publient des résultats supérieurs aux attentes et présentant un bilan solide ainsi qu’un excédent de trésorerie disponible susceptible de mieux rémunérer les actionnaires sur le long terme. Ce sont tous ces paramètres qu’il faudra, selon nous, surveiller au cours de ce second semestre, même si nous pensons que les grandes valeurs technologiques américaines conservent de nombreux atouts.

86%. Le pourcentage des entreprises de l’indice S&P 500 ayant battu le consensus des analystes pour le 2èmetrimestre.

15,51%. La hausse du titre Microsoft au lendemain de la publication des résultats du 2ème trimestre.

3. Le nombre de membres de la FED ayant voté ce 29 juillet pour une hausse des taux directeurs de 0,25%.

En vol, malgré de fortes turbulences

Prenons un peu de hauteur en ces temps perturbés. Concentrons-nous sur un secteur historiquement très cyclique, mais doté actuellement d’une belle visibilité sur le long terme, à savoir l’aéronautique. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, la guerre au Moyen-Orient et un trafic passagers mondial ayant piqué du nez de  2,2 % en mai sur un an (dont -28,4 % dans la zone du conflit), selon les données de l’IATA (The International Air Transport Association), n’ont pas altéré ses perspectives favorables. Airbus et Boeing gardent ainsi le sourire. Avec la signature d’importants contrats au salon de Farnborough, en Angleterre, qui se tient du 20 au 24 juillet. Et un carnet de commandes de plus de 10 années de production à rendre jaloux n’importe quel industriel.

Cette bonne santé contraste avec les difficultés actuelles de plusieurs clients parmi les compagnies aériennes. Dans ce contexte, les avionneurs vont-ils remplir toutes leurs promesses ?

Farnborough et le Bourget sont les lieux de rencontre de toute l’aéronautique mondiale. Et ces deux foires internationales sont alternées. Les participants à ce beau spectacle aérien volent au Royaume-Uni les années paires et en France les années impaires. Même si la couverture médiatique a été très importante en 2026 en Angleterre, le SIA (Salon International du Bourget) reste loin devant son homologue britannique. Et ce, tant en nombre de participants (2 400 contre 1 427), que de visiteurs (305 000 contre 100 358) et de journalistes accrédités (2 200 contre 1 716). La France peut donc se vanter d’organiser la plus grande messe aérienne mondiale depuis 1909, avec 173 démonstrations en vol et 155 aéronefs exposés en 2025.

Un total de 327 commandes fermes (Boeing 173 / Airbus 154) a été enregistré cette semaine. Pour un cumul de plus de 80 milliards de dollars en valeur catalogue si l’on inclut la valeur des options, non intégrées dans le décompte des unités vendues. Cette performance est supérieure à celle de l’édition 2025 du Bourget, où seul Airbus avait signé des contrats. Car Boeing, par pudeur, s’était abstenu, à la suite du crash d’un Boeing 787 d’Air India. Ces chiffres s’additionnent au total de fin juin, de 9 216 appareils pour Airbus et de 6 814 pour Boeing. Soit respectivement 10,6 ans et 10,2 ans de production.

Le succès commercial d’un appareil dépend évidemment de la demande finale. Mais, elle dépend surtout de ses caractéristiques et de ses performances. Certains programmes ont connu un triomphe fulgurant lors de la phase de pré-lancement et ont accumulé par la suite des déboires de production. Ce fut le cas de la plus belle réussite de l’histoire de l’aviation, à savoir le B787.

Lancé le 26 avril 2004 avec un carnet record cumulé de 850 appareils au 15 décembre 2009, lors de son premier vol, la première livraison eut lieu finalement en septembre 2011. Soit 40 mois de retard sur le plan initial. Pendant cette phase de commercialisation unique, le constructeur est au sommet de sa santé financière, puisqu’il a accumulé les paiements d’acompte initiaux (jusqu’à 5 % du montant final de l’avion pour la réservation), sans avoir initié la fabrication.

Par la suite, la montée en cadence de la production signifie une consommation accrue de liquidités. Sans compter de nombreux problèmes possibles de fabrication, comme ce fut le cas, entre autres, pour les portes du B787, le câblage de l’A380 et la propulsion de l’A400M militaire.

Lors d’une conférence ce mardi 21 juillet à Farnborough, l’avionneur européen a pris des engagements bien perçus par les investisseurs. A savoir un plan de rachats d’actions de 5 milliards d’euros sur 3 ans, une marge opérationnelle (EBIT) de 12 à 13 milliards d’euros en 2029 et un niveau de trésorerie disponible avant financement des clients identique au résultat net. Ces objectifs ont propulsé le cours de Bourse à plus de 204 euros. Soit un niveau supérieur à celui d’avant le début du conflit (184 euros le 27 février).

L’Européen a ainsi pris de l’avance boursièrement par rapport à l’Américain, dont le cours est toujours en baisse de 8 % sur cette même période. L’ambition est donc non seulement de produire. Mais aussi de récompenser l’actionnaire avec un taux de distribution enfin élevé, de 30 à 50 %. Tout ceci constitue un vrai défi pour un industriel dont la marge brute n’est pas si élevée que cela (entre 15 et 16 %).

Les prévisions du trafic aérien et du nombre d’appareils en circulation et à livrer d’ici 2045 donnent le tournis. Pour Airbus, la croissance annuelle du marché sera de 4 % par an. Avec un total de plus de 42 000 appareils commerciaux et cargos à livrer dans le monde d’ici 2045.

Pour Boeing, les prévisions sont assez similaires. Avec 43 625 livraisons à effectuer, qui se répartissent quasiment pour moitié (21 475) en remplacement de modèles existants et pour l’autre (22 150) en nouveaux appareils, pour répondre à l’augmentation du trafic. L’Américain estime que la flotte mondiale d’avions commerciaux et cargos en circulation sera de 50 095 appareils. Ces données nous incitent à nous intéresser à ce secteur, malgré l’émergence d’acteurs chinois, qui ne sont pour le moment pas parvenus à décrocher le moindre contrat aux salons aériens européens. Comac vient, pour la première fois cette année, de décrocher la vente de 20 C909 à une compagnie étrangère non chinoise (Air Cambodia). Leur expansion est, selon nous, inévitable, mais le gâteau est énorme et les carnets de commandes sont pleins.

43 625. Le nombre d’appareils commerciaux et cargos à livrer d’ici 2045 selon Boeing.

5,9 milliards de dollars. Le free cash flow négatif d’Alphabet au 2ème trimestre, une première depuis son IPO le 19 août 2004.

44 000. Le nombre de personnes évacuées du fait des incendies en Gironde.

« Le dragon qui s’élève trop haut finit par le regretter »

Ce proverbe millénaire chinois est l’ancêtre de celui d’origine germanique que nous connaissons tous. A savoir : « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ».

Cet adage est sans doute trop souvent utilisé dans les médias pour expliquer la baisse, sans réelle explication, d’un actif financier après une période de forte hausse. Comme c’est actuellement le cas pour les valeurs de semi-conducteurs.

TSMC vient de publier des résultats somptueux. Avec une croissance au 1er semestre sur un an glissant de 35 % de ses revenus et de 68 % de son bénéfice net.

Ce dernier a atteint un nouveau record historique et s’est élevé à plus de 1 279 milliards de dollars taïwanais. Soit plus de 40 milliards de dollars américains. Jamais l’entreprise basée sur l’île de Taïwan, à Hsinchu, n’avait gagné autant d’argent en six mois. Et pourtant, le cours de l’ADR coté aux États-Unis vient de perdre plus de 15 % sur ses plus hauts de début juillet. 

Est-ce le début de la fin pour ce segment de la cote ? Ou est-ce une simple consolidation après une flambée des cours depuis au moins deux ans ?

L’Histoire est remplie d’exemples de titres ou de secteurs dont la performance fut exceptionnelle en Bourse et qui soudainement souffrent d’une désaffection des investisseurs. Fort de mes 37 années d’expérience, j’ai le regret de vous informer qu’il existe bien un effet de mode en Bourse. A l’image des tendances de consommation. Quel que soit le secteur, il est possible de remarquer que l’euphorie naît d’une superbe performance opérationnelle initialement sous-estimée par le marché.

Cela commence donc avec des flux positifs liés à un mouvement de rattrapage. Ensuite, on assiste à une expansion des multiples de valorisation dans le cas où la forte progression des résultats se prolonge sur plusieurs trimestres. Dans cette configuration, dite de phase 2, les investisseurs paient une prime à la croissance et au caractère exceptionnel de la valeur au regard du reste des marchés.

Cet enthousiasme provoque un excès de flux qui fait flamber le titre.

Dans une 3ème phase, les profits continuent de progresser plus fortement que le cours de bourse. C’est une période de compression des multiples. Elle peut sans doute s’expliquer par le fait que les investisseurs sont toujours positifs, mais anticipent à terme une normalisation de la croissance.

C’est le cas de Nvidia aujourd’hui, dont les actionnaires se voient néanmoins récompensés par une hausse de l’action de plus de 11 % en 2026 et de 20 % sur un an.

Puis une 4ème phase désagréable peut survenir. Celle-ci se produit dans le cas malheureux, où la croissance ralentit plus fortement que prévu et se situe à un niveau inférieur à celle du reste du marché. Voire pire, disparaît. Dans cette configuration, nous assistons inexorablement à une nette baisse des cours pendant cette période plus ou moins longue. Ce fut le cas des valeurs du luxe entre février 2025 et mars 2026. Où le titre Hermès International a subi une chute de 40 %. 

Pour ce secteur qui fut longtemps choyé par le marché, il est intéressant de noter que nous sommes probablement à l’aube d’une nouvelle phase 1. Si la croissance redémarrait ces prochains trimestres. Revenons aux valeurs de semi-conducteurs. À ce stade, nous jugeons que nous sommes entrés dans la phase 3. Phase de compression des multiples, avec progression de l’action, et non en phase 4.

Souvenez-vous des hyperscalers et du sujet des dépenses astronomiques nécessaires pour accompagner la révolution de l’intelligence artificielle. Le chiffre cumulé de plus de 950 milliards de dollars en 2027 pour Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle a refroidi la bouilloire. Il a fait fuir de nombreux acheteurs soucieux de la hausse de l’endettement et de sa soutenabilité.

TSMC a fait hier deux annonces complémentaires. La première est un niveau d’investissements pour cet exercice qui se situe désormais entre 60 et 64 milliards de dollars, contre 52 à 56 milliards auparavant. La seconde est une enveloppe supplémentaire de 100 milliards de dollars. Qui porte le total des engagements aux États-Unis, dans le cadre de l’accord avec Donald Trump, à 265 milliards de dollars.

Cela rappelle évidemment de mauvais souvenirs. Toutefois, rappelons que le niveau pour cette année est inférieur à l’excédent de trésorerie opérationnelle et se fera par autofinancement. Le chiffre de 265 milliards est pluriannuel. Et porte sur une durée encore indéterminée. Il ne devrait donc pas, selon nous, remettre en question la santé financière de l’entreprise. Nous sommes donc bien en phase 3 de compression des multiples. Sans l’inquiétude d’endettement excessif pour cette entreprise qui disposait de 90 milliards de dollars de liquidités disponibles à fin juin. Un montant bien supérieur à celui de ses dettes financières (autour de 30 milliards de dollars).

40,5 milliards de dollars. Le bénéfice net record de TSMC sur 6 mois.

15 344 milliards de dollars. Le montant record des actifs gérés par BlackRock à fin juin.

2 050 hectares. La surface brulée dans la forêt de Fontainebleau au 14 juillet, un chiffre inédit en Île-de-France.

La bourse de Paris et l’élection présidentielle

Il s’agit à ce jour de la 14ème personnalité ayant publiquement déclaré son intention d’être candidate à l’élection présidentielle française de 2027. Marine Le Pen a annoncé ce 7 juillet qu’elle sera la représentante du parti en tête dans les sondages pour le premier tour du dimanche 18 avril.

Au-delà du clivage et de l’instabilité politique de notre pays, prenons comme toujours du recul. Analysons le comportement historique des actions tricolores depuis 1974 (soit plus d’un demi-siècle), au cours de cette période si particulière des neuf dernières élections à la présidence de la Vème République. Nous avons retenu comme références quatre dates utilisées pour effectuer cette étude. Le 1er juillet et le 31 décembre précédant l’échéance électorale, ainsi que la veille et le lendemain de chaque premier et second tour. 

Quelles en sont les conclusions ? Quand faut-il acheter ou vendre les actifs financiers de l’Hexagone ?

Ce travail d’étude est beaucoup plus ardu avant le 31 décembre 1987. Date qui correspond au niveau initial de 1 000 points de l’indicateur de référence vedette des actifs risqués français. Pour rappel l’indice a été créé par la Compagnie des Agents de Change (CAC) et utilisant l’acronyme de Cotation Assistée en Continu. Auparavant, nous avons dû effectuer des recherches dans les archives et utiliser l’indice de la Bourse de Paris de l’INSEE, ainsi que d’autres données consultables dans les cotes Desfossés antérieures.

Nous sommes à moins de 300 jours du second tour. L’élection peut nous sembler être de plus en plus proche, mais, pour un investisseur, c’est encore loin. De ce fait, le contexte économique ou géopolitique mondial importe davantage pour la performance des marchés que la situation domestique.

Ainsi, toutes les mauvaises performances observées entre le 1er juillet et le 31 décembre précédant les élections de 1974 (-15 %), de 1988 (-35 %), de 2002 (-11,50 %) et de 2012 (-21,15 %) s’expliquent respectivement par le second choc pétrolier de 1973, le krach boursier d’octobre 1987, les attentats du 11 septembre 2001 et la crise de la zone euro liée à celle de la Grèce en 2011.

De surcroît, il est possible d’observer des performances positives sur ces mêmes périodes avant les élections de 1981 (+3,66 %), de 1995    (+0,44 %), de 2007 (+11,59 %), de 2017 (+14,75 %) et de 2022 (+9,14 %). Toutefois, pas de cocorico, ni de conclusion hâtive ! L’indice allemand DAX s’est mieux comporté sur la même période avant les élections de 1995 (+3,44 % contre +0,44 %), de 2007 (+16,08 % contre +11,59 %), de 2017 (+17,44 % contre +14,75 %) et pendant la crise de 2011 (-20,04 % contre -21,15 %). Même si les pondérations sectorielles sont différentes des deux côtés du Rhin, une légère prime de risque existe bien sur les actions françaises, mais elle ne semble pas encore justifier leur vente. 

Nous rentrons dans le vif du sujet sur cette période correspondant plus ou moins aux 100 jours précédant le premier scrutin. Au premier abord, le bilan avant le premier tour ne semble pas particulièrement alarmant, avec cinq hausses (1988, 1995, 2007, 2012 et 2017), deux baisses (1974 et 2022) et deux périodes stables (1981 et 2002). Ce premier constat est plutôt rassurant, mais il s’avère très incomplet, car la Bourse de Paris a fait preuve d’une volatilité supérieure, avec des points bas plus marqués que ceux de Francfort. 

Ainsi, un investisseur français ayant conservé ses actions françaises au 31 décembre précédant l’élection s’est toujours retrouvé dans une situation de pertes latentes si l’on se réfère aux points bas enregistrés sur ces périodes, allant de   1 % en 2012 à 16,64 % en 2022. En d’autres termes, l’épargnant aurait dû vendre ses positions dans tous les cas depuis 1974 pour les racheter par la suite, avant ou après l’élection. De plus, on peut constater une nette sous-performance du marché français par rapport à l’indice DAX allemand au cours d’une période allant de la mi-janvier ou du début février jusqu’à la fin mars-début avril. Cela correspond pleinement à la période d’incertitude durant laquelle l’issue de l’élection présidentielle reste inconnue et où les investisseurs évitent d’investir tant que le nom du vainqueur leur paraît incertain.

Les investisseurs détestent les incertitudes. Le meilleur exemple est l’élection surprise de François Mitterrand le 10 mai 1981, avec à la clé plusieurs séances de non-cotation des valeurs françaises et de lourdes pertes dépassant les 30 % pour une grande partie de la cote, et surtout pour les titres susceptibles d’être nationalisés. Cette Bérézina contraste fortement avec la performance positive de 5 % de l’indice CAC 40 enregistrée au cours du mois ayant suivi sa réélection en 1988. L’élection en 2017 d’Emmanuel Macron n’a pas été sanctionnée, car sa politique économique était accueillie positivement. Il nous semble que la victoire d’un candidat d’un parti n’ayant jamais gouverné jusqu’alors et ayant un programme jugé inquiétant par les marchés constituerait un « nouveau rendez-vous en terre inconnue », synonyme d’importantes vagues de ventes et de fortes baisses.

Ce scénario n’a jamais semblé être aussi réalisable depuis un demi-siècle et apparaît comme un grand défi pour les épargnants, surtout dans un contexte d’une Assemblée nationale très divisée et d’un gouvernement minoritaire. Voilà pourquoi,  l’étude historique de l’évolution de la bourse de Paris, nous semble judicieuse, afin d’aider à prendre des décisions avant cette très importante échéance électorale.

14. Le nombre de candidats à ce jour ayant déclaré leur intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2027.

5 %. Le taux de chômage en Italie en mai 2026, son niveau le plus bas depuis 2004.

Effet Warsh, coup de froid sur l’emploi : le cocktail qui enivre les marchés

Les banquiers centraux du monde entier se sont réunis cette semaine sous le soleil de Sintra, au Portugal, pour le grand symposium annuel de la Banque Centrale Européenne. C’est en quelque sorte le « Davos de la politique monétaire ». Un rendez-vous incontournable. Où les maîtres de la finance mondiale dessinent les grandes lignes de notre avenir économique loin du tumulte des salles de marché.

Si le cadre lusitanien se prêtait à la détente estivale, l’attention des investisseurs était, elle, à son comble. Tous les regards, ou presque, étaient braqués sur Kevin Warsh. Le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine, effectuait là sa première véritable apparition internationale aux côtés de ses homologues.

Très attendu au tournant pour ses grands débuts, Kevin Warsh a su enfiler, avec une redoutable habileté, le costume de grand argentier mondial. Concrètement, quel message envoi-t-il aux marchés ? Qu’il navigue sereinement, sans céder aux pressions politiques d’un côté, ni aux sirènes parfois trop alarmistes des marchés de l’autre.

Lors des échanges, il a tenu un discours empreint de pragmatisme. En soulignant que les risques liés à l’inflation avaient diminué au cours des quatre dernières semaines, offrant ainsi une bouffée d’oxygène bienvenue aux investisseurs. Il faut dire qu’il a été bien aidé par un facteur externe de taille : la récente baisse des prix du pétrole.

Le message essentiel que Kevin Warsh a voulu faire passer est éminemment pédagogique. S’il refuse de crier victoire trop vite et réaffirme que l’objectif fondamental de l’institution reste de ramener l’inflation à 2 %, il rompt avec les habitudes de ses prédécesseurs en refusant de s’enfermer dans des annonces trop prospectives. Il prouve ainsi qu’il pilotera à vue. Et ce, en fonction des données économiques réelles et de la courbe des taux. Et la finance adore cette approche. Une banque centrale apaisée, indépendante et mesurée est perçue comme la garante ultime de la performance boursière. 

Pendant ce temps, sur le Vieux Continent, la partition se joue avec beaucoup moins d’unanimité. La Banque Centrale Européenne fait actuellement face à un véritable dilemme. Il y a seulement trois semaines, l’institution avait pourtant relevé ses taux directeurs d’une seule et même voix, en réaction aux conséquences de la guerre en Iran sur le coût de l’énergie. Mais aujourd’hui, le consensus s’effrite et les avis divergent fortement en interne.

L’explication est simple : l’inflation en zone euro a ralenti beaucoup plus vite que prévu pour s’établir à 2,8 % en juin, portée par la chute brutale des cours de l’or noir. 

Conséquence de cette bonne surprise, certains membres de la BCE plaident désormais pour une pause sur les taux d’intérêt. Tandis que les plus prudents, à l’image du chef économiste Philip Lane, redoutent que la crise énergétique passée ne se traduise par des hausses de salaires qui viendraient relancer l’inflation de l’intérieur.

De l’autre côté de la Manche, la situation requiert encore une autre lecture. Andrew Bailey, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a adopté un ton beaucoup plus tranchant. Il a prévenu que des baisses de taux n’étaient absolument pas à l’ordre du jour dans l’immédiat. Pour bien comprendre cette rigidité britannique, il faut s’intéresser au fonctionnement de leur marché intérieur. Le Royaume-Uni utilise un mécanisme de plafonnement des prix de l’énergie pour les ménages qui ne s’ajuste que tous les trois mois. La transmission de la crise énergétique y est donc retardée. Cette mécanique oblige la banque centrale à maintenir sa garde haute. Et ses taux élevés plus longtemps que les autres, par crainte d’un choc tarifaire à retardement. 

Mais le véritable catalyseur de cette fin de semaine, celui qui éclaire parfaitement la sérénité affichée par Kevin Warsh, nous vient du marché du travail américain. Et c’est ici qu’intervient l’un des concepts les plus contre-intuitifs, mais essentiels, de la Bourse. Il s’agit du paradoxe où « les mauvaises nouvelles économiques font les bonnes nouvelles financières ». Le rapport sur l’emploi publié ce jeudi est ressorti nettement en deçà des attentes.

Les embauches ont brutalement freiné aux États-Unis en juin, avec seulement 57 000 créations de postes, un chiffre largement inférieur aux prévisions de Bloomberg de 113 000 créations. Ce violent coup de frein s’explique notamment par une contraction marquée dans le secteur des loisirs et de l’hôtellerie. Secteur, qui a enregistré son plus fort recul mensuel depuis l’année 2020. De plus, le taux de participation à la population active (la part de la population en âge de travailler qui est soit actuellement en emploi, soit à la recherche active d’un emploi) a lourdement chuté, touchant un point bas sur plus de cinq ans à 61,5 %. 

Pour le grand public, un ralentissement des embauches est évidemment une source d’inquiétude. Mais pour l’investisseur, c’est le signal tant espéré d’un soulagement monétaire. En effet, un marché du travail qui tourne à plein régime oblige les entreprises à augmenter massivement les salaires pour attirer et retenir les candidats, ce qui alimente inexorablement la spirale de l’inflation. À l’inverse, un marché du travail qui se détend signifie moins de pression sur les salaires, donc moins d’inflation à terme. Et si l’inflation baisse, la banque centrale n’a plus besoin d’asphyxier l’économie avec des taux d’intérêt élevés. La réaction ne s’est pas fait attendre, les investisseurs ont immédiatement revu à la baisse leurs anticipations de resserrement monétaire. Les rendements de la dette obligataire se sont détendus et les marchés actions ont bondi.

Ce subtil équilibre, où l’économie ralentit juste assez pour tuer l’inflation sans pour autant plonger dans une récession destructrice, est ce que les économistes appellent le scénario « Goldilocks » (Boucles d’or, ni trop chaud et ni trop froid). Un scénario idéal pour vos placements, de quoi clôturer la semaine sereinement et partir en week-end avec le sourire. 

57 000. C’est le nombre d’emplois créés aux États-Unis en juin. Un coup de frein brutal qui ravit paradoxalement les marchés, espérant une future baisse des taux.

3 milliards. C’est le nombre d’utilisateurs WhatsApp qui pourront bientôt créer un pseudonyme. L’objectif ? Renforcer la confidentialité en permettant de discuter sans jamais dévoiler son numéro personnel.

Sans mémoire, les géants de l’IA ne sont rien

La semaine s’achève doucement sous un soleil de plomb. Avant de déconnecter pour le week-end, il est temps de revenir sur l’évènement financier qui a animé nos écrans ces derniers jours.

Mercredi soir, le fabricant américain de puces mémoires Micron Technology a publié ses résultats trimestriels. Et les chiffres ont de quoi donner le vertige. Son chiffre d’affaires sur trois mois a plus que quadruplé par rapport à l’année précédente. Avec des marges opérationnelles frôlant les 80 %, l’entreprise a prouvé que la frénésie autour de l’intelligence artificielle est loin de s’essouffler. Ses actions, qui ont bondi de plus de 300 % cette année, propulsent l’industrie de la mémoire au rang de nouvelle star incontestée des marchés. 

Pour faire simple, imaginez l’IA comme la cuisine d’un grand restaurant. Les puces graphiques, ou GPU (celles de NVIDIA par exemple), sont les chefs cuisiniers, rapides et talentueux. Cependant, un chef a beau être le meilleur du monde, s’il n’a qu’un tout petit plan de travail pour poser ses ingrédients, il ne pourra pas cuisiner vite.

La mémoire, c’est ce fameux plan de travail. Les centres de données qui font tourner l’IA consomment d’énormes quantités de mémoire flash (DRAM) et de stockage. Mais ils ont surtout un besoin vital de mémoire à très large bande passante (HBM). C’est cette technologie spécifique, particulièrement prisée lorsqu’elle est associée aux GPU, qui permet de fournir les flots de données à une vitesse fulgurante. 

Aujourd’hui, les géants comme Microsoft, Google et Amazon déploient des capitaux monumentaux pour construire cette infrastructure. Leurs factures d’investissement devraient d’ailleurs dépasser le cap historique des 1 000 milliards de dollars l’année prochaine. Cette demande est tellement gargantuesque qu’il n’y a tout simplement plus assez de silicium pour tout le monde. Ces pénuries mondiales, qui pourraient perdurer, se font déjà ressentir en dehors de la sphère IA. Des acteurs de l’électronique comme Apple préviennent qu’ils devront répercuter les hausses de coûts sur nos futurs appareils (20 % de hausse pour plusieurs produits phares).  

Face à cette configuration de marché rarissime, Micron verrouille des revenus colossaux sur le long terme avec ses clients. La direction a annoncé des investissements massifs dans de nouvelles usines de pointe, prévoyant de dépenser environ 27 milliards de dollars sur cet exercice et d’accélérer encore la cadence en 2027. Malgré ce rythme de dépense pharaonique, la santé financière du groupe est telle que Micron s’engage à reverser 100 % de ses liquidités excédentaires à ses investisseurs. La fabrication de mémoire est une industrie très lourde en capital, historiquement connue pour ses cycles de booms et de krachs très violents. Pourtant, sous l’impulsion de l’IA, le secteur semble vivre une véritable transformation structurelle.  

L’IA n’est plus un simple pari théorique, elle redessine l’économie réelle et dicte de façon implacable la loi de l’offre et de la demande sur des composants critiques. Sur ces réflexions technologiques, je vous souhaite un excellent week-end.

41,46 Mds$. C’est le chiffre d’affaires trimestriel de Micron Technology, soit 4,5 fois plus qu’au même trimestre l’année dernière.

160 000 000 $. C’est la somme récoltée par Toy Story 5 au box-office nord-américain pour son premier week-end. Le film de Disney s’offre ainsi le meilleur démarrage de l’année 2026.

Changement de style à la FED

« Bienvenue de nouveau à la maison, Monsieur Kevin Warsh ! ».

Cette phrase aurait pu être chantée en chœur par tous les gouverneurs de la Fed à leur nouveau président en tout début de réunion du FOMC, qui se tenait ces 16 et 17 juin. En effet, le protagoniste a déjà été administrateur de la banque centrale dans le passé, entre 2006 et 2011. Sur ce point, il se distingue déjà de ses trois prédécesseurs (Ben Bernanke, Janet Yellen et Jerome Powell). Eux, n’ont pas connu de période de transition entre leurs différents mandats au sein de l’institution monétaire et leur présidence.

Cependant, la distinction ne s’arrête pas uniquement au parcours professionnel.

L’homme, fraîchement assermenté depuis le 22 mai, a déjà marqué son empreinte au cours de sa première conférence de presse. C’est un moment traditionnellement important, scruté à la loupe par les investisseurs. Il ressemble à un véritable examen de passage pour l’heureux élu du président des États-Unis. Le moins que l’on puisse dire est que les journalistes présents dans la salle ont été bouche bée face au style, et surtout à la forme, et ont tout de suite compris que nous sommes à l’aube de nombreux changements, aussi bien dans la communication que dans les actions de la Fed. À quoi faut-il s’attendre ? Les marchés vont-ils adorer ou détester ?

C’est une certitude et cela a déjà commencé. La banque centrale sera moins causante. Tout a débuté avec le communiqué de presse succinct d’à peine 130 mots. Publié à 20 heures (heure française) le 17 juin. C’est le minimum syndical, où l’on apprend que les taux directeurs sont inchangés, par une décision prise à l’unanimité. La Fed va maintenir sa politique de liquidités abondantes pour le système bancaire. L’économie croît à un rythme solide, en dépit des incertitudes, essentiellement liées à la situation au Moyen-Orient. Les gains de productivité et la croissance de l’investissement sont solides. Le chômage reste inchangé. L’inflation demeure élevée par rapport à l’objectif de 2 %, du fait des chocs sur l’offre dans certains secteurs, dont l’énergie, qui poussent les prix à la hausse. Le comité assurera la politique de stabilité des prix.

Le communiqué précédent du 29 avril, soit le dernier de l’ère de Jerome Powell, comportait, quant à lui, 343 mots. Et surtout le fameux guidage prospectif (forward guidance) censé orienter les investisseurs sur l’évolution de la politique monétaire de la Fed. Cet outil médiatique est tout simplement abandonné. Kevin Warsh, lors de la séance de questions-réponses, s’est justifié en indiquant que les marchés devaient réagir plutôt aux données économiques qu’aux communiqués de la Fed. 

Cette nouvelle stratégie de communication constitue un véritable rétropédalage. Et ce par rapport à une tendance historique qui consistait à aller vers plus de transparence. Car la Fed a fait de nombreux progrès dans ce domaine depuis les années 80. Notamment sous la présidence du charismatique Alan Greenspan. À l’époque, l’institution monétaire ne parlait pas, mais agissait. Et tant pis pour ceux qui ne comprenaient pas ce qui se passait. C’est en 1993 qu’a été instaurée la communication des minutes sous un format moderne. Et ce, trois semaines « seulement » après la réunion des gouverneurs. Ce n’est qu’en 1994 que fut introduit le fameux communiqué du comité FOMC. Auparavant, la Fed ne communiquait presque pas en temps réel.

Ce fut un grand pas de géant vers la transparence. L’objectif était d’annoncer immédiatement les décisions de taux et de donner une première lecture de la politique monétaire. Il fallut attendre le 27 avril 2011, sous Ben Bernanke, pour que se tienne la première conférence de presse de l’histoire du FOMC. Le but était pédagogique, à savoir expliquer en détail les actions de la banque centrale. C’est Jerome Powell en 2018 qui rendit cet évènement systématique. Kevin Warsh, quant à lui, a été très clair. A terme, cette présentation ne se fera que si la Fed a quelque chose d’important à annoncer ou à expliquer.

Les ambitions de Kevin Warsh ne s’arrêtent pas là. En plus de la communication, quatre autres forces de travail seront créées. Elles devront plancher sur le bilan de la Fed, sur la dépendance aux sources de données économiques existantes, sur la productivité et l’emploi dans une ère de transformation, et sur le sujet de l’inflation. Les conclusions devraient être rendues publiques d’ici la fin de l’année. Le nouveau président a donc la volonté de marquer les esprits en modifiant profondément les choses.

Il trouve par exemple que l’institution monétaire se base trop sur des sondages, sans doute obsolètes. Il regrette que l’institution ne se base pas assez sur des données économiques remontant en temps réel.

Dans une note de perspectives économiques du 20 mai dernier, Bruno Cavalier, de Oddo BHF, a probablement utilisé le meilleur qualificatif pour le nouveau président de la Fed. A savoir celui d’un faucon déguisé en colombe. Le ton de la conférence de presse était plutôt dur et intransigeant sur le sujet de l’inflation. Dans le passé, Kevin Warsh s’est distingué par ses prises de parole en faveur d’une politique rigoureuse. Et contre l’augmentation du bilan de la Fed. Cela ne colle pas avec les souhaits de baisse rapide des taux directeurs formulés par Donald Trump, qui l’a nommé à son poste. Les relations entre les deux hommes risquent d’être houleuses si la politique monétaire ne devient pas plus accommodante. Avec à la clé un possible surnom dégradant pour le banquier central.

Il est encore trop tôt pour le dire. Néanmoins, nous trouvons déjà dommage que la Fed se prive d’un outil de communication si précieux. Les nombreux changements promis ou voulus risquent de prendre du temps à être compris ou bien intégrés par les investisseurs. Par conséquent, cette période de transition risque de provoquer davantage de volatilité sur les marchés, sans doute à cause d’une politique monétaire jugée pas assez lisible. Le feuilleton ne fait que commencer et rendez-vous le 29 juillet pour le prochain FOMC, qui se tient à un rythme de huit fois par an.

130 mots. Le dernier communiqué de presse du FOMC de la Fed contre 343 précédemment.

5. Le nombre de grands chantiers lancés par Kevin Warsh.

2. Le nombre de hausses de taux anticipé de la Fed anticipé par les investisseurs d’ici mars 2027 contre une baisse précédemment.

Une BCE pas si incohérente

« Ce n’est pas en montant ses taux que la BCE rouvrira le détroit d’Ormuz ». 

Nous adhérons totalement à cette phrase qui circule dans les salles de marchés depuis plus de deux mois. En effet, l’origine de la vague inflationniste actuelle se situe dans le Golfe persique. Plus précisément dans les millions de barils de pétrole, les milliers de tonnes d’engrais et autres produits chimiques qui manquent tous les jours à l’offre.

La BCE aura beau relever ses taux fortement, si le blocage actuel persiste, la crise énergétique continuera. Elle s’amplifiera même, et l’indice des prix dans la zone euro montera inexorablement. Les pays importateurs ont, pour le moment, amorti ce choc en puisant dans leurs stocks stratégiques et en trouvant quelques alternatives pour contourner la route maritime bloquée. Mais le temps est compté et celui-ci ne joue pas en leur faveur. 

Alors, la BCE est-elle rattrapée par ses vieux démons de 2008 ? Quand celle-ci avait monté ses taux en juillet, deux mois avant la pire crise financière de l’histoire ?

Que l’on le veuille ou non, ce jeudi 11 juin 2026 restera dans les annales pour la banque centrale. Cette date marque le début d’un sixième cycle de durcissement monétaire. Après ceux initiés en 1999, 2005, 2008, 2010, 2022. Comme toujours au début de cette nouvelle phase, l’institution monétaire déchaîne les passions. Elle attise même la haine des gouvernements, des chefs d’entreprise et des emprunteurs particuliers. Les créanciers et les épargnants se font plus discrets. Ils n’osent pas applaudir une décision synonyme de plus de revenus à terme.

C’est l’engagement d’assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de son objectif de 2 % à moyen terme qui justifie, selon elle, la nécessité d’augmenter le loyer de l’argent de 0,25 %.

La guerre au Moyen-Orient continue de pousser l’inflation à la hausse. L’énergie est beaucoup plus chère. Les entreprises supportent des coûts plus élevés et commencent désormais à les répercuter sur les prix. Cela entraînera un renchérissement des produits alimentaires, des biens et des services.

L’inflation s’accentuera encore durant l’été et restera bien supérieure à l’objectif de 2 % pendant une partie de l’année prochaine. Le retour au niveau souhaité n’est pas prévu avant le second semestre de 2027. Tout cela est trop long. Même si la BCE reconnaît que la forte hausse des prix de l’énergie érode les revenus des ménages, qui s’inquiètent pour l’avenir et dépensent avec prudence. Les entreprises sont également moins confiantes et investissent moins. Toutefois, l’économie a continué de croître car les entreprises constituent des stocks au cas où les matériaux et les équipements prendraient plus de temps à être livrés ou coûteraient plus cher. Elles continuent également d’investir dans les technologies numériques. Les créations d’emplois se poursuivent, mais sont moins nombreuses qu’avant. 

Dans l’ensemble, l’économie ralentit, en particulier dans le secteur des services, sans toutefois basculer dans la récession.

Pauvres contribuables que nous sommes ! La charge d’intérêts de la France va s’alourdir. Selon l’Agence France Trésor, l’encours de la dette négociable de notre pays s’élevait à 2 826 milliards d’euros à fin avril. Si l’on faisait un calcul précipité, cette hausse de 25 points de base sur l’ensemble de ce stock représenterait plus de 7 milliards d’euros par an.

Fort heureusement, la durée de vie moyenne de la dette de l’État ressort à 8 ans et 200 jours et cette surcharge va donc se matérialiser au fil du temps. Il convient, pour cela, d’intégrer l’évolution de la courbe des taux et les encours exacts par maturité de remboursement afin d’affiner ce calcul. Ainsi, si l’on se fie au programme de financement de dette à moyen et long terme de 310 milliards d’euros pour 2026 de l’Agence France Trésor, complété à 50,81 % à mi-mai, la France aurait à émettre encore 152 milliards d’euros d’obligations cette année. À cela s’ajoutent 182 milliards de dettes à court terme, ou en bons du Trésor, à refinancer. De facto, sur 6 mois, la surcharge serait plus proche de 420 millions d’euros.

Alors, stupide la BCE ? Depuis hier, les noms d’oiseaux fusent pour qualifier les membres du Conseil des gouverneurs. Le plus gentil est bien entendu celui de technocrate déconnecté de la réalité, bien assis dans son bureau de Francfort. Malgré une totale déconnexion entre le blocage du détroit d’Ormuz et les taux directeurs, ainsi que toutes les conséquences néfastes sur tous les agents économiques d’une telle décision, n’oublions pas un élément primordial : celui de la stabilité des marchés financiers et surtout du marché obligataire.

Souvenez-vous, c’était la panique sur cette classe d’actifs aux États-Unis en avril 2025. Panique qui avait contraint Donald Trump à une trêve dans l’instauration des droits de douane réciproques. Remarquons que, depuis le début de la crise, les taux longs se sont nettement tendus avec les craintes inflationnistes. Et la courbe des taux de la dette française s’était pentifiée de 0,50 %. Depuis la décision de la BCE du 11 juin, il est possible d’observer une contraction des rendements réels sur les obligations indexées sur l’inflation à 1,92 %.

C’est la première fois que ce phénomène se produit depuis le début de la guerre en Iran, malgré une accalmie des taux longs nominaux depuis plusieurs semaines, grâce à un cours du Brent revenu en dessous de 100 dollars. Que l’on soit de mauvaise foi ou non, c’est à mettre au crédit de la Banque centrale. Oui, il apparaît donc stupide au premier abord de relever les taux pour une multitude de raisons. Ce n’est rien par rapport au prix à payer en cas de perte de confiance des créanciers. Les rassurer entraîne une stabilité pour toutes les classes d’actifs et, de facto, pour tous les épargnants.

0,25%. La hausse des taux directeurs de la BCE le 11 juin.

350 milliards de dollars. La demande record en actions SpaceX à son introduction en bourse.

Au-delà de 1000 milliards de dollars. La fortune d’Elon Musk, après l’introduction en bourse de SpaceX.