Au-delà des turbulences

Attachez vos ceintures !

En 2023, les résultats des sociétés françaises, publiés cette semaine dans l’automobile et l’aérien, ont démontré que l’activité est au beau fixe, malgré les caprices de la météo. La crise liée à la pandémie a été entièrement effacée dans ces deux secteurs.

Du côté des constructeurs automobiles, on a le sourire, aussi bien chez Renault que chez Peugeot. La firme au losange a livré 2,24 millions de véhicules, soit une hausse de 9% pour un chiffre d’affaires de plus de 52 milliards d’euros, une progression de 13%.

Cette croissance a été rentable puisque la firme de Boulogne-Billancourt affiche une marge opérationnelle record de 7,9% à 4,12 milliards d’euros et un free cash-flow (flux de trésorerie disponible) de 3 milliards d’euros. 

Stellantis a livré 6,2 millions de véhicules, à peine 7% de plus que l’an passé. Principalement à cause d’une baisse aux États-Unis liée aux grèves, pour des revenus qui ne progressent que de 6% à 189,5 milliards d’euros.

Néanmoins, le lion a gagné le match de la rentabilité, puisque la marge opérationnelle ajustée a été de 12,8%, pour un montant de 24,34 milliards d’euros et un free cash-flow de 12,9 milliards d’euros. Les investisseurs ont salué ces performances et les cours de bourse des deux titres progressaient ce jeudi de plus de 5%. 

Malgré ces succès, les discussions se sont portées sur les perspectives de cette industrie. Face aux enjeux de la transition écologique et avec l’arrivée des véhicules chinois beaucoup moins chers. Carlos Tavares, le patron de Stellantis, a confirmé sa stratégie de ne pas sacrifier ses marges, en s’ajustant au fur et à mesure des baisses de coûts.

Il a donné l’exemple de la nouvelle e-C3, proposée à partir de 23 300 euros, tout en précisant que ce modèle restait rentable. 

Dans l’aéronautique, la trajectoire est déjà bien tracée, avec une visibilité de plus d’une décennie chez Airbus. Le trafic court et moyen-courrier a entièrement retrouvé son niveau de 2019 début 2023, tandis que celui du long-courrier devrait le retrouver en 2024.

Par conséquent, la demande de nouveaux avions explose et le carnet de commandes est plus que rempli chez Airbus. Il atteint 8 598 exemplaires, pour 735 appareils livrés en 2023, avec un objectif de 800 en 2024.

Les déboires de Boeing profitent à l’européen sur le plan commercial. Toutefois, l’enjeu se porte sur l’exécution, puisque la marge opérationnelle, mesurée en termes de profits avant intérêts payés et taxes (EBIT), décline de 9,6% à 8,9%. 

Néanmoins, l’actionnaire n’est pas lésé. En effet, grâce à une progression du chiffre d’affaires de plus de 11% à 65,4 milliards d’euros, le bénéfice par action augmente de 8,7%. De surcroît, la société a proposé un dividende spécial de 1 euro en plus de celui de 1,8 euro. Toutefois, le flux de trésorerie disponible baisse à 4,4 milliards d’euros contre 4,7 en 2023. C’est un défi industriel d’honorer 554 milliards de dollars de commandes, en devant augmenter sa capacité de production et donc investir massivement au préalable. 

Sur ce point, le motoriste Safran a convaincu, avec un bond de 38% des livraisons de son modèle sobre en carburant LEAP. La performance financière impressionne, puisque que les revenus bondissent de 22% et le résultat opérationnel courant ajusté de 31%. Là encore, le flux de trésorerie disponible ne progresse que de 11%. Ce chiffre reste satisfaisant et permet de récompenser l’actionnaire, car la société a décidé de distribuer un dividende en progression de 63%.  Un joli pactole de 940 millions d’euros, auquel se rajoute 1,5 milliard d’euros de rachat d’actions. Cette générosité s’explique par des perspectives prometteuses qui conduisent l’entreprise à prévoir une livraison de moteurs LEAP en hausse entre 20 et 25% et un résultat opérationnel courant de 4 milliards d’euros.

L’attention se porte toutefois sur les capacités de production de la chaîne d’approvisionnement sous haute tension pour satisfaire les cadences imposées par les avionneurs face à cette demande explosive. En conclusion, nous ne pouvons que nous réjouir de la réussite de ces deux industries, dont les bonnes performances soutiennent et prolongent le rallye boursier en cours.

Les 35 merveilleuses, plutôt que les 7 magnifiques

C’est la prime à l’excellence !

La saison des résultats des entreprises du 4ème trimestre est bien entamée. Respectivement 59% et 43% des sociétés aux États-Unis et en Europe ont annoncé leur publication.

Il est déjà possible d’en tirer les premières conclusions. A savoir que les surprises sont positives, aussi bien au niveau des revenus que des bénéfices par action, et que la dynamique est plus forte outre-Atlantique que sur le Vieux Continent.

Autre fait important, la réaction boursière après la parution des communiqués est la plus favorable depuis trois ans. Avec des hausses bien plus importantes en nombre et en valeur que celles des baisses, c’est comme si le marché saluait enfin la performance opérationnelle.

Derrière ce premier bilan rassurant, se cachent néanmoins des bémols et de fortes disparités, qu’il convient d’analyser pour avoir la lecture la plus fine et la plus juste possible. 

Au premier abord, le tableau en Europe est médiocre, avec une contraction trimestrielle des ventes et des bénéfices par action de 7,7% et de 6,9% sur un an.

Toutefois, il convient d’isoler le secteur de l’énergie en forte décroissance, à la suite de la chute des cours et grâce à une crise énergétique avortée en 2023. Retraitée de cet effet nettement négatif, on obtient une baisse de 1,6 % des revenus et une progression de 5,8% des bénéfices par action, ce qui est beaucoup plus honorable.

Ce discernement n’est pas nécessaire aux États-Unis. Le bilan est positif dans les deux cas, avec une progression de 4% des ventes et de 5% des revenus au global et de 6% et de 8,5% hors énergie. Finalement, la révision positive des bénéfices par action est respectivement de 8% et de 2% pour les sociétés membres de l’indice S&P500 et de l’indice Stoxx Europe 600. Tous ces faits expliquent le bon comportement actuel des marchés et les récents records battus. 

Penchons-nous maintenant vers les succès de cette saison, salués par une forte appréciation de leurs cours de bourse.

On y trouve forcément des valeurs technologiques, recherchées actuellement pour leur visibilité car impactées par le boom de l’intelligence artificielle. La grande gagnant est incontestablement ARM Holdings, société anglaise qui conçoit des architectures de microprocesseurs cotée sur le NASDAQ, avec une progression du titre de 47,89% en une seule séance.

La surprise pour les investisseurs a été forte, puisque les revenus et le résultat opérationnel ne progressent que de 14 % et de 17%, malgré 7,7 Mds de puces livrées dans le monde selon leur architecture, avec de surcroît une augmentation des prévisions annuelles. On se souvient également, le 2 février, de la hausse de plus de 20% de l’action Meta, ainsi que celle de 7,87% d’Amazon. 

Cependant, je souhaiterais que l’on souligne la progression en une seule séance de 12,87% du cours de LVMH, ainsi que celle d’Adyen (+21,34%). Ceci prouve que des réussites existent en dehors des fameuses 7 magnifiques (Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla), que tout le monde chérit.

Même si nous aimons ces valeurs, les règles de diversification et de bon sens nous imposent de ne pas miser « tout sur le rouge » pour constituer un portefeuille.

Si l’on prend 10 années d’historique parmi les capitalisations supérieures à 100 Mds de dollars, on trouve 35 valeurs (35 merveilleuses) ayant eu une performance boursière annualisée de 20% au minimum.

Évidemment, 14 (soit 40%) sont issues de la technologie, mais on retrouve également 5 titres issus de la santé (Eli Lilly, Novo Nordisk, UnitedHealth Group, Elevance Health et Intuitive Surgical). 

Hermes International, LVMH et Christian Dior sont nos 3 représentants nationaux, champions incontestés dans le luxe. Un investisseur avisé n’aurait pas omis le secteur de la finance, en sélectionnant Progressive Corp (assurances), Blackstone, Mastercard et S&P Global Inc.

Sur les 20 dernières années, Broadcom est le grand gagnant en Occident, avec une performance annualisée de 38,8%, suivi par Apple (37,6%) et Intuitive Surgical (30,08%). Vertex Pharmaceuticals et Abbvie rentrent dans le club des performances supérieures à 20%. La seule société chinoise dans ce classement, avec 33% de performance annualisée sur 10 ans et 20 ans, est inconnue, sauf chez les amateurs, puisqu’il s’agit de Kweichow Moutai & Co LTD, un fabricant de liqueur entre 35° et 53°. 

Les Magnificent 7 semblent vouloir prendre le pouvoir sur les banques centrales

La séance de vendredi a été une nouvelle démonstration de force pour les « Magnificent 7* », ces 7 valeurs américaines qui représentent plus de 12 trilliards de dollars de capitalisation.
Vont-elles prendre le pouvoir sur les marchés financiers ?

👉 Réponse d’Amandine GERARD sur le plateau de BFM Business : visionner l’émission

* Les Magnificent 7 sont un ensemble de 7 actions américaines du secteur technologique à savoir Microsoft, Nvidia, Tesla, Meta, Apple, Alphabet et Amazon.

Pas assez de confiance et trop d’impatience !

Pas si vite !

C’est le message envoyé cette semaine au marché par les banquiers centraux et les entreprises.

Les investisseurs sont depuis plusieurs mois enfermés dans un scénario idéal de baisse rapide des taux et de croissance des bénéfices des entreprises portée par la révolution de l’intelligence artificielle. 

Jerome Powell a eu un ton accommodant, au début de sa conférence de presse de mercredi, en annonçant que la politique de durcissement monétaire adoptée depuis presque deux ans avait atteint un sommet et que vraisemblablement la Fed baisserait ses taux directeurs en 2024.

Malheureusement, il a refroidi l’ambiance par la suite en précisant que la banque centrale ne devait pas précipiter les choses pour ne pas provoquer un rebond de l’inflation. Celle-ci devait, avant tout, avoir suffisamment confiance dans les données économiques, ce qui n’est pas le cas actuellement. De ce fait, il est donc prématuré d’envisager d’amorcer un cycle d’assouplissement monétaire en mars.

Du côté des sociétés, les valeurs technologiques sont sur un nuage et ont, une nouvelle fois, fait la pluie et le beau temps sur le marché américain, en publiant leurs résultats pour la plupart d’entre elles.

Là encore, le marché croit dur comme fer dans l’eldorado de l’intelligence artificielle et est impatient de récolter les juteux profits de cette révolution technologique. Cette semaine, la salve des publications s’est déroulée mardi (Microsoft et Alphabet) et jeudi (Amazon, Meta et Apple).

La synthèse globale est que ces entreprises sont en excellente santé. La majorité d’entre elles surfent à fond sur cette nouvelle vague, en affichant des taux de croissance soutenue, avec des nuances selon leur activité.

Cependant, les attentes sont très élevées et le moindre bémol peut être sanctionné. Alphabet en a été l’illustration, avec une baisse de son titre de 7,5 %. Ceci, à la suite d’une croissance de plus de 13 % de ses revenus sur un an, une progression de 30 % de son résultat opérationnel et une marge passant de 24 à 27 %.

Les actionnaires ont été déçus par le flux de trésorerie disponible (free cash-flow) et le bénéfice par action inférieurs aux attentes. La révolution de l’intelligence artificielle va transformer l’efficacité des moteurs de recherche et la société doit continuer à y investir massivement, avec un budget en nette augmentation en 2024. 

Microsoft profite à fond de la ruée vers le cloud, c’est-à-dire de l’externalisation des données et des systèmes informatiques. Son chiffre d’affaires et son résultat opérationnel ont bondi respectivement de 18 et 33 %. Le bénéfice par action a, lui, également progressé de  33 %. En dépit de ces bons chiffres, le titre a clôturé en baisse de 2,6 % au cours de la séance suivante, à cause d’une prévision 2024 jugée prudente.

Mais que les actionnaires se rassurent, le titre progresse de plus de  7 % depuis le début de l’année et de 53 % sur un an !

Amazon et Meta ont réalisé un sans-faute, avec de belles publications, qui ont dépassé les attentes et des titres en nette progression en préouverture de la bourse du 2 février. Amazon affiche une progression de 14 % de ses revenus, mais a impressionné par son résultat opérationnel de 13,2 milliards, soit plus de 24 % au-dessus du consensus. Si les prévisions de la société sont en-dessous des attentes, l’amélioration du résultat opérationnel cette année devrait se poursuivre au-delà des espérances. Les actionnaires ont particulièrement apprécié le premier flux de trésorerie disponible, positif depuis onze trimestres, de 29 milliards de dollars. 

Meta a remporté sans aucun doute la palme de la plus belle publication, saluée par une flambée de son action de plus de 15 % en préouverture. La société de Zuckerberg publie un bond de 25 % de ses recettes, avec un doublement de la marge opérationnelle, désormais à 41 % contre 20 % l’année précédente.

Les prévisions pour le prochain trimestre sont supérieures aux attentes et la firme californienne de Menlo Park a révélé un programme d’achat d’actions de 50 milliards de dollars, ainsi que le premier dividende de son histoire. Ce versement à ses actionnaires permettra à son fondateur de toucher presque 700 millions de dollars de dividendes par an. La capitalisation boursière bondit de plus de 168 milliards. Décidemment, le ciel est bien bleu sur la côte ouest américaine !

Pas de stress, point de baisse !

La conférence de presse de la BCE est un des évènements les plus redoutés de la part des investisseurs. Et ce, surtout depuis celle du 21 juillet 2022, date de début du cycle de durcissement monétaire actuel.

Cette fois-ci, Mme Christine Lagarde nous est apparue tout de blanc vêtue, en harmonie avec le statu quo en vigueur sur les taux directeurs.

Depuis le dernier relèvement du 14 septembre dernier (de +0,25 %), le refrain reste le même. « Le Conseil des gouverneurs est déterminé à assurer le retour au plus tôt de l’inflation au niveau de son objectif de 2 % à moyen terme. Les taux d’intérêt directeurs de la BCE se situent à des niveaux qui, maintenus pendant une durée suffisamment longue, contribueront fortement à atteindre cet objectif. Les futures décisions du Conseil des gouverneurs feront en sorte que ses taux directeurs soient fixés à des niveaux suffisamment restrictifs, aussi longtemps que nécessaire. ».

Ce discours identique avait provoqué, au cours de la dernière quinzaine de l’année 2023, une hausse de l’euro contre le dollar (de 1,08 à 1,11). Il a également provoqué une légère baisse des indices d’actions européennes, qui contrastait fortement avec la hausse des bourses américaines. 

Après la conférence de la BCE d’hier, l’euro a baissé de 0,5 % et le CAC 40 a progressé de 50 points. Nous pouvons donner deux explications à ces réactions opposées aux précédentes. 

Tout d’abord, la BCE et la Fed ont, avant cette réunion, calmé partiellement les trop fortes anticipations de baisse de taux directeurs sur 2024. Fin 2023, les investisseurs anticipaient une baisse de 1,50 % du taux de dépôt de la BCE, initiée avec une forte probabilité en mars, et sûrement en avril.

Dorénavant, le consensus table sur un abaissement de -0,25 % en avril (avec 90 % de probabilité), suivie d’une autre en juin. Ensuite, la communication n’ayant pas été sensiblement modifiée, les opérateurs n’ont pas été surpris. La porte d’un assouplissement monétaire étant toujours ouverte, ce décalage dans le calendrier d’un mois importe peu. Pourvu qu’il ait bien lieu.

Ce raisonnement est valide, tant que l’économie européenne ne bascule pas plus durement en récession. Pour le moment, le scénario d’une faible contraction de l’activité tient toujours la route.

Les derniers PMI de janvier restent médiocres mais ne montrent pas de détérioration. Outre-Atlantique, la situation est bien différente, avec la publication d’une croissance du PIB pour le 4ème trimestre de 3,3 % et avec une progression de la consommation de 2,8 %.

Les indicateurs PMI sont même tous repassés en territoire positif (soit au-dessus de 50). C’est le cas aussi bien pour celui des services (52,9), que celui du manufacturier (50,3 contre 47,9 précédemment). La Fed ne devrait pas assouplir sa politique monétaire de sitôt.

Toutefois, le marché voit le meilleur des deux mondes. Il a retenu une forte détente du déflateur dans le chiffre du PIB américain (1,5 % pour l’indice nominal et 2 % pour celui  de base). La désinflation persistante permettrait aux banques centrales d’être plus tolérantes sur des indicateurs d’activité moins dynamique certes, mais toujours aussi résiliente. 

Cette situation est idéale pour les obligations (en l’absence de perspectives de forte hausse des taux longs). Elle l’est aussi pour les valeurs de croissance, parmi lesquelles les sociétés technologiques et celles du secteur du luxe.

Les premières, battent régulièrement des records dopées par la flambée des résultats liée à l’intelligence artificielle. Les secondes sont dopées par une activité globalement en expansion. Les résultats de LVMH, démontrent une activité en accélération en Asie-Pacifique et dans les vins et spiritueux (+4 % de croissance organique contre -14 % au 3ème trimestre).

Tous ces éléments expliquent la bonne tenue des marchés. Cependant, il faut noter avec une forte dichotomie. En témoigne la forte baisse de Tesla, comparée au rebond de Volkswagen. Notons également les records battus de Nvidia, avec le récent repli de STMicroelectonics.

La stratégie de forte sélectivité sur les bons vecteurs est donc toujours celle à privilégier.

Revoilà Donald Trump !

On le croyait fini politiquement. Il vient de prouver tout le contraire en remportant haut la main la primaire républicaine de l’Iowa.

Les électeurs de cet État ont majoritairement choisi Donald Trump pour les représenter aux élections présidentielles du 5 novembre prochain.

Les deux autres candidats ont été relégués au second plan. Ils semblent bien loin de pouvoir rivaliser avec le « guerrier solitaire », un de ses surnoms auto attribués.

Contrairement en 2016 où il avait été battu dans ce caucus, Donald Trump apparaît comme le favori au sein de son propre parti. À l’époque, les élus républicains étaient bien loin d’adhérer aux provocations du milliardaire. Aujourd’hui, il est l’homme le mieux placé dans les sondages pour battre Joe Biden aux prochaines élections présidentielles. 

Rien n’est conventionnel avec cet homme. Ce serait la première fois, depuis Grover Cleveland en 1897, qu’un ancien président battu au suffrage précédent serait réélu.

Il faut dire que Donald Trump n’a jamais avoué sa défaite. Il a toujours revendiqué sa victoire au scrutin du 3 novembre 2020, alors qu’il figurait en tête à la fin du décompte physiques des voix.

Ce sont les votes par correspondance, qui ont fait pencher la balance en sa défaveur. Le 6 janvier suivant, des militants «trumpistes » avaient envahi le Capitole. Ils ont interrompu la session parlementaire qui devait valider la victoire de Joe Biden, en tant que 46ème président des États-Unis. Une semaine après cette intrusion illégale, Trump a subi un second vote de condamnation par le Congrès américain au cours de son mandat.

Actuellement, des procédures juridiques sont en cours (4 au pénal), dont deux pour tentative de manipulation de résultats électoraux. La Cour suprême des États-Unis devra statuer le 8 février, en procédure d’urgence, sur l’inéligibilité et l’impunité au moment des faits de l’ancien président, après avoir accepté son recours le 5 janvier dernier. Une question bien épineuse qui pourrait être lourde de conséquences.

Souvenons-nous que, depuis le 6 novembre 2016 et jusqu’à fin septembre 2018, l’indice S&P 500 a surperformé son homologue européen (Stoxx Europe 600) de 20 % en devise locale et dividendes réinvestis.

La devise « America First » s’est avant tout traduite en  « American Market First ! ». Soit le marché américain d’abord !  Il faut dire que l’année 2018 a été la plus violente dans l’épisode de la guerre commerciale menée contre la Chine et l’Europe. Ces zones étaient les plus importantes en matière de déficit commercial – soit respectivement 375 et 119 milliards de dollars en 2017.

Dès janvier 2018 et jusqu’en 2019, toute une série de taxes sur des produits importés, pouvant aller jusqu’à 50 %, ont été adoptées. Rappelons que l’indice du secteur de l’automobile en Europe (Stoxx Europe 600 Automobiles et Parts) a perdu, cette année-là, plus de 26 % (dividendes réinvestis). 

Si son éligibilité est confirmée le 8 février, le marché intègrera une certaine probabilité au scénario d’un retour de Donald Trump aux commandes.

Le slogan de sa nouvelle campagne est : « Je n’arrêterai jamais de me battre pour vous. Ils ne sont pas après moi, mais après vous et je reste debout ». Parmi les cinq thèmes de son programme, figure le volet économique intitulé « Prospérité économique pour tous ». Nous pouvons y lire ses actions passées pour baisser les impôts, déréguler et protéger les travailleurs américains.

On comprend que la lutte s’orientera cette fois-ci contre l’inflation et le « socialisme vert », sans oublier le retour de la chaîne d’approvisionnement aux États-Unis et en finir avec la dépendance à la Chine. On peut donc en conclure qu’il déterrera la hache de la guerre commerciale et combattra la transition écologique.

Sale temps en perspective pour les autres économies et la planète!

Le Bitcoin gagne ses lettres de noblesse

C’est une victoire pour les investisseurs en cryptomonnaies.

La Security Exchange Commission – le gendarme de la bourse américaine – vient d’autoriser, ce 10 janvier, la commercialisation de fonds indiciels cotés en continu (ETF) investis directement dans le Bitcoin.

La principale « monnaie » digitale au monde, dont l’encours détenus atteint désormais 822 milliards de dollars, peut dorénavant être conservée outre-Atlantique sur un compte-titres, comme un simple actif financier.

Acheter un cryptoactif est beaucoup plus compliqué. En effet, il faut ouvrir un compte sur une plateforme d’échange de cryptomonnaies, y effectuer un virement et passer un ordre d’achat.

Une fois la transaction effectuée, se pose la problématique de la sécurité des dépôts. La faillite de FTX en novembre dernier, la troisième plateforme d’échanges de crypto-monnaies, derrière Binance et Coinbase, a semé le doute auprès des investisseurs sur la solidité de ces sociétés, pourtant régulées par la SEC aux États-Unis et par l’AMF en France. On peut également perdre ses Bitcoins. Soit en égarant ses codes d’accès à son portefeuille de cryptomonnaies ou en transférant ses bitcoins avec une clé incorrecte.

Dorénavant dans le pays de l’Oncle Sam, détenir un des 11 fonds autorisés à intervenir directement et uniquement dans le Bitcoin, sera simple.

Ainsi l’actif financier figurera sur le relevé de compte habituel de chaque client, chez son intermédiaire financier. Cet évènement a été salué dès le 11 janvier – premier jour de cotation de ces fonds – puisque l’équivalent de 4,6 milliards de dollars y ont été échangés.

Le lancement commercial s’annonce prometteur. En effet, une période de frais de gestion réduits a été décidée par BlackRock pour son Fonds baptisé IBIT. Par une opération de transformation d’un ancien fonds, Grayscale prend la tête des encours détenus avec 28 milliards de dollars sur son ETF rebaptisé GrayscaleBitcoin Trust. 

Fin décembre 2017, des contrats à terme sur le Bitcoin avaient été lancés sur deux bourses américaines : le CBOE et le CME. Mais l’engouement est assez vite retombé. En juin 2019, plus aucunes autres échéances n’ont été négociées sur le CBOE. Aujourd’hui, la position ouverte sur le CME dépasse les 6 milliards de dollars. En Europe, plusieurs contrats sont négociés sur l’Eurex. Mais les positions ouvertes sont ridicules (moins d’une centaine), pour un total inférieur à 5 millions de dollars.

Ce type d’instruments financiers est négocié et utilisé par une faible minorité d’investisseurs. Il s’agit d’investisseurs dits « avertis » : ce qui explique la faible diffusion auprès du public. À l’inverse, les encours détenus dans les fonds sont colossaux (plusieurs milliers de milliards de dollars), ce qui induit un potentiel énorme en cas d’arbitrages, mêmes infimes, au profit des nouveaux ETF investis sur le Bitcoin. De surcroît, en étant la première cryptomonnaie servant de support dans un fonds, le Bitcoin se différencie des autres. Il gagne une légitimité qui lui est propre.

Toutefois, la SEC émet quelques réserves. Elle met l’accent sur les risques de pertes en capital, à cause d’une forte volatilité. Néanmoins, le gendarme américain reconnaît son caractère d’actif numérique innovant.

Il existe des ETF en Europe investis sur cette thématique. Mais ils sont limités à un type de public ou avec un sous-jacent différent.

Profitant d’une règlementation moins restrictive à Guernesey, le Jacobi FT Wilshire Bitcoin ETF a été lancé en août dernier à Amsterdam. Mais il est réservé uniquement aux professionnels. Son encours reste marginal, car il ne dépasse pas 2 millions de dollars.

Le Melanion Bitcoin Equities UCITS ETF est ouvert à tous, mais investit uniquement dans des actions de sociétés liées à l’écosystème des cryptomonnaies. Tout reste donc à faire.

En attendant, un flux important d’investisseurs américains dans les nouveaux fonds d’Outre-Atlantique peut impacter sensiblement le prix du Bitcoin, car son nombre en circulation ne dépassera pas les 21 millions d’unités en 2040 contre 19,33 aujourd’hui.

L’affaire est donc à suivre…

Faux départ !

Les investisseurs étaient dans les starting-blocks pour ne pas rater la traditionnelle hausse de début d’année, après avoir bien profité du beau rallye de fin 2023.

Ainsi, selon Bloomberg et après les arbitrages massifs de ces dernières semaines vers les actifs risqués, la pondération actions dans les portefeuilles diversifiés est remontée à un niveau des plus élevés depuis la fin de la crise financière de 2008. Mécaniquement, la pondération de la poche trésorerie se situe en bas de la fourchette historique depuis 15 ans. Malheureusement, les arbres ne grimpent pas jusqu’au ciel, du moins en une seule pousse.

Après une hausse respective en devise locale de plus de 11 % et de 15 % des indices CAC 40 et S&P 500, depuis le point bas du 27 octobre dernier, le marché a besoin de nouveaux éléments pour valider le scénario idéal actuellement anticipé. Car les espérances sont élevées pour 2024. A savoir un assouplissement monétaire important de 1,50 % (150 points de base) des taux directeurs de la Fed et de la BCE, cumulé à une croissance des bénéfices par action en 2024 supérieur à 12 % aux États-Unis et à 9 % en Europe, dans un contexte de ralentissement économique. 

Le grain de sable n’est pas venu de la macro-économie, mais de la géopolitique, trop délaissée dernièrement par les opérateurs. Le conflit israélo-palestinien s’étend en mer Rouge et des attaques permanentes sur les navires marchands contraints les armateurs à dévier leur route maritime, en évitant le canal de Suez. Cette déviation exige le contour de toute l’Afrique et rallonge de plusieurs jours le délai de transport nécessaire pour acheminer le fret. La capacité disponible est de facto réduite et le fantôme des tensions sur la chaîne mondiale d’approvisionnement, qui avaient tant sévi en 2021 et en 2022, refait surface.

Certaines sociétés de transport maritime, telle CMA-CGM, ont doublé le tarif d’acheminement d’un conteneur sur la route Asie-Europe le 2 janvier. Cette angoisse d’une nouvelle inflation importée des biens consommés a propulsé les taux longs à 10 ans américain à 4 % et allemands à 2,10 %, après un point bas respectif le 27 décembre à 3,78 % et à 1,89 %. Un malheur n’arrivant jamais seul, une frappe israélienne le 2 janvier au Liban, menace d’embraser toute la région, si le Hezbollah décide de rentrer en guerre frontale avec l’État hébreux. 

Tout dépend de la date du début de l’historique. De 1980 à l’an 2000, l’indice Dow Jones a connu une performance annuelle négative (hors dividendes) seulement 4 fois (1981, 1984, 1990 et 2000). Pourtant, la performance de l’indice au cours de la première semaine de ces quatre années a été toujours positive. Ce qui signifie implicitement que la performance annuelle a été toujours positive, quand celle de la première semaine était négative.

L’indicateur le plus pertinent pour déceler une tendance pour l’année était alors la performance mensuelle, puisque qu’au cours des quatre années concernées, l’indice Dow Jones a toujours terminé le mois de janvier en baisse. En revanche de 2001 à 2023, le marché américain a affiché une performance négative 7 fois (2001, 2002, 2005, 2008, 2015 et 2022) et a baissé 5 fois lors de la première semaine (2001, 2005, 2008, 2015 et 2022). La statistique est donc bien plus défavorable. Si l’on prend l’indice CAC depuis 1990, la performance annuelle (hors dividendes) a été négative 13 fois (1990, 1994, 1995, 2000, 2001, 2002, 2008, 2010, 2011, 2015, 2018, 2020 et 2022) et celle de la première semaine a été négative 7 fois ( 1990, 2001, 2002, 2008, 2015, 2020 et 2022).

Statistiquement, depuis 34 ans, on a donc 54 % de connaître une performance négative en 2024. Ce chiffre nous paraît pas assez probant, pour broyer du noir tout au long de l’année, étant donné le nombre élevé de paramètres qui peuvent influencer les cours. Il nous semble donc plus pertinent de maintenir notre approche prudente et sélective, car ce n’est pas un sprint mais un marathon. Même si les prochaines séances risquent d’être volatiles, on peut connaître une belle année 2024, en dépit des banques centrales qui tardent à baisser leurs taux directeurs. L’essentiel est qu’elles la fassent d’ici l’été. 

Lagarde ne baisse pas la garde

C’est un véritable cadeau de Noël pour les financiers !

Les projections des membres de la Fed du 13 décembre ont révélé une baisse inattendue des taux directeurs de 0,75 % en 2024.

C’est d’autant plus surprenant que cette banque centrale n’a officiellement pas terminé son cycle de durcissement monétaire. Lors de la conférence de presse, son président a d’ailleurs maintenu son discours de vigilance, soulignant les progrès du côté de l’inflation, mais la jugeant encore trop élevée. Jerome Powell a aussi précisé que les projections n’étaient nullement une décision du FOMC (comité fédéral de marché ouvert) et que la Fed était prête à durcir davantage sa politique monétaire, si cela s’avérait être approprié. Cette rhétorique est à l’opposé des anticipations annoncée une demi-heure auparavant.

Entre les deux versions, le marché a choisi son camp. Il a opté pour celui de l’assouplissement monétaire non officialisé. Cette perspective a constitué une brèche dans le rempart contre l’inflation, ouvrant la voie, en séance, à une forte baisse des taux obligataires et une forte hausse des indices actions américains. 

Quand on analyse la décomposition des projections, seuls 2 membres sur 18 anticipent une stabilité des taux directeurs pour 2024. La grande majorité, respectivement cinq et six, prévoit une baisse de 0,50 % et de 0,75 % l’année prochaine. Factuellement, les dissensions au sein de l’organisation sont minimes et l’assouplissement monétaire devrait bien voir le jour en 2024, sauf nouveau choc inflationniste imprévu. Cette perspective contraint les investisseurs à revoir leur copie dans leurs allocations pour plus d’actions et moins de monétaire, dont les rendements sont voués à diminuer au fil du temps. Les plus audacieux effectuent déjà des arbitrages pour plus de valeurs cycliques, et moins de valeurs défensives.

Tout va trop vite. Le marché anticipe des taux courts monétaires américains à 3,81 %, contre 5,33 % aujourd’hui. Soit une baisse de plus de 1,50 % ou le double de celle estimée par les membres de la Fed. Le début du cycle d’assouplissement commencerait le 20 mars, selon les opérateurs. Cela semble prématuré, à la vue d’une inflation sous-jacente encore à 4 % et un taux de chômage à 3,7 %.

Néanmoins, en l’absence de toute éventualité de hausse de taux, les investisseurs peuvent se projeter à moyen terme et nous sommes bel et bien rentrés dans une ère d’expansion des multiples de valorisation, avec à la clé une hausse potentielle des actifs financiers. De plus, la forte baisse des taux longs depuis six semaines provoque une nette amélioration des conditions financières, rendant la politique monétaire moins restrictive, laissant espérer un redémarrage de l’économie plus rapidement. 

Le lendemain, Christine Lagarde tenait également une conférence de presse, à la suite de la réunion du Conseil des gouverneurs.

Les taux directeurs sont restés inchangés et la tonalité du discours était identique à celui de Jerome Powell. Certes l’inflation a ralenti, mais elle devrait rebondir à court terme, avant de refluer à 2,7 % en 2024. L’économie est atone et devrait se redresser graduellement, pour afficher une croissance du PIB de 0,8 % l’année prochaine.

Néanmoins, la BCE a décidé de mettre progressivement fin à ses programmes d’achats d’actifs et de réduire l’encours détenu au sein du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) en limitant ses réinvestissements d’ici mi-2024. Au second semestre, elle réduira de 7,5 milliards d’euros par mois la taille de ce portefeuille.  En conclusion, aucune ouverture n’a été révélée. Lors de la séance des questions et réponses, la présidente de la BCE a déclaré que l’institution agirait selon les données économiques et qu’il était trop tôt pour baisser la garde.  

Cette posture inflexible a fait effacer la quasi-totalité des gains en séance des marchés actions en Europe et a fait grimper l’euro contre le dollar à 1,10. En réalité, la BCE ne pourra plus lutter longtemps, et devrait céder face à la Fed, sinon la monnaie unique flambera, risquant de freiner davantage une économie déjà trop atone.